Les firmes sont en ébullition grâce aux contrats à venir dans le secteur public


Édition du 22 Septembre 2018

Les firmes sont en ébullition grâce aux contrats à venir dans le secteur public


Édition du 22 Septembre 2018

Pour la ­quasi-totalité des cabinets de génie-conseil, ce sont les grands contrats en infrastructures publiques et en transports qui ont permis de remettre l’activité en route, par des projets d’envergure tels que le pont ­Champlain. [Photo : Infrastructure Canada]

Après quelques années difficiles, la reprise annoncée pour le marché de l'ingénierie semble bel et bien arrivée, grâce à l'annonce d'importants contrats à venir au sein du secteur public. La plupart des firmes québécoises en ont donc profité pour recommencer à renforcer leur effectif et devraient continuer sur cette lancée, tout en poursuivant, pour certaines, leur politique de croissance externe.

Finies les années de compression et de réorganisation. Une série de grands projets dans le domaine des infrastructures et des transports donnent de l'ouvrage à l'ensemble des firmes présentes sur le marché.

Le palmarès 2018 montre bien à quel point les firmes sont en ébullition : le nombre total d'employés parmi les 25 du classement recommence à grimper avec 1 519 employés supplémentaires dans tout le Québec et 1 945 au pays, alors même que ce nombre avait chuté de 1 600 emplois entre 2016 et 2017.

Pour SNC-Lavalin, la reprise se confirme d'année en année. «Nous avions déjà gagné de gros contrats en 2014 et 2015 avec le nouveau pont Champlain ou la ligne TLR Eglinton Crosstown», indique Chantal Sorel, directrice générale et vice-présidente directrice, Capital, qui note que ce phénomène s'observe à la fois à l'échelle du pays, mais aussi à l'étranger.

Chez Cima+ (3e place de notre classement), l'année 2018 s'annonce elle aussi de bon augure.

«Nous sommes présents dans 14 des projets du top 100, comme le REM, l'échangeur Turcot, le nouveau Pont Champlain, le redéveloppement du CHUM, ou encore le projet de système léger sur rail, à Toronto. Nous prévoyons clôturer l'année 2018 avec un chiffre d'affaires de près de 260 millions de dollars et 2 000 employés, ce qui représente près de 200 embauches dans tout le pays», dit le président et chef de la direction, François Plourde.

Des firmes qui se remplument

Pour une grande partie des firmes, l'année 2018 est donc synonyme d'un retour à la croissance en matière d'embauche, et vient ainsi clore un cycle négatif amorcé en 2012.

«Cela fait des années que nous n'avions pas vu autant de projets en génie civil au Québec. Notre enjeu principal est d'avoir les bonnes personnes pour réaliser ces projets, car le volume de travail est là et nos ressources sont déjà bien occupées», résume Isabelle Jodoin, vice-présidente principale - Québec de Stantec (4e place).

Un enjeu partagé par GHD (13e), qui fait elle aussi face à un enjeu de recrutement. Avec près de 4 000 employés en Amérique du Nord (dont 525 employés au Québec), cette dernière compte actuellement une centaine de postes vacants dans tous les domaines. «Le problème, c'est que lorsqu'on recrute quelqu'un, on perd une autre ressource le lendemain. La concurrence est féroce entre les firmes», affirme Steve Lécuyer, actionnaire- dirigeant régional pour les régions du Québec et de l'Atlantique chez GHD.

Pour André Rainville, PDG de l'Association des firmes de génie-conseil du Québec, l'«ensemble des acteurs est encore en mode recrutement, car les carnets de commandes sont remplis d'un certain nombre d'ouvrages». Tout porte donc à croire que cette vague de recrutement pourrait encore s'étaler sur plusieurs années.

Des voyants au vert

Pour la quasi-totalité des cabinets de génie-conseil, ce sont les grands contrats du domaine des infrastructures publiques et des transports qui ont permis de remettre l'activité en route, par des projets d'envergure tels que le REM et l'échangeur Turcot, le pont Champlain ainsi que le pont-tunnel Louis-Hippolyte Lafontaine.

Isabelle Adjahi, vice- présidente principale aux relations aux investisseurs de WSP Global (2e rang) précise : «La moitié de nos revenus immédiats viennent de projets réalisés dans les secteurs du transport et des infrastructures, et qui sont souvent de longue haleine.» Mais ce ne sont pas les deux seules explications de cette reprise. La firme Cima+ affirme elle-même que sa croissance est stimulée par plusieurs facteurs : infrastructures, transports, hôpitaux, énergie, ou encore sphère publique... L'ensemble des voyants seraient en effet au vert.

«Le gouvernement canadien a investi massivement dans un programme d'infrastructures, avec beaucoup d'aide accordée également aux municipalités pour des projets d'assainissement des eaux, de décongestion des centres-villes», rappelle M. Plourde.

Nicolas Lemire, président de Pageau Morel (20e), note que l'année 2018 s'annonce aussi très favorable au secteur privé, avec l'annonce de dossiers d'envergure, comme la création du nouveau siège de la Banque Nationale, mais aussi tels que le REM, qui pourrait à son tour engendrer le développement de nouveaux pôles commerciaux.

Ce dernier anticipe aussi de gros dossiers de réhabilitation à venir dans le secteur de la santé, «où l'on a laissé des choses s'accumuler pendant plusieurs années et où le secteur public va certainement devoir effectuer un rattrapage».

Un climat favorable aux acquisitions

Grâce à cette belle dynamique, le milieu du génie-conseil poursuit en même temps sa consolidation, pouvant compter sur des acteurs qui cherchent à être toujours plus concurrentiels. Avec ses quelque 50 000 employés dans le monde, à la suite de l'acquisition de l'entreprise de services-conseils britannique WS Atkins (18 000 employés), SNC-Lavalin en est un bon exemple. D'autant plus que cette transaction a été suivie par un autre rachat stratégique, celui de la firme Data Transfer Solutions, en vue d'améliorer la gestion des contenus numériques pour ses clients.

«Aujourd'hui, la taille des projets est telle que les cabinets doivent grossir afin de soutenir l'envergure de ces projets», dit Mme Sorel.

«Contrairement à d'autres secteurs, comme celui des télécoms, où quelques gros acteurs détiennent 90 % du marché, notre industrie reste encore fragmentée, puisque les 4 à 5 plus importants cabinets se partagent environ 40 % des parts de marché», nuance M. Plourde, de Cima +. Sa firme a elle-même racheté un petit bureau de génie-conseil canadien et serait en discussion pour une série de fusions-acquisitions à l'échelle du pays en vue d'atteindre un efectif de 7 000 employés d'ici 7 ans.

Le cabinet Stantec a lui aussi fait une acquisition en mai 2018, la firme Cegertec (16e de notre classement l'an dernier), qui est venue gonfler les effectifs du groupe de 250 salariés. «Cette opération nous permet de compléter nos implantations géographiques et d'être plus présents dans le milieu industriel», explique la vice-présidente. Même tendance chez Englobe, qui a procédé à l'acquisition de la firme Crandall Engineering, début 2018, afin de doubler ses capacités sur les provinces de l'Atlantique. Malgré ce mouvement, les marchés sont encore ouverts aux entreprises spécialisées de plus petite taille, telles que KSH Solutions (24e), spécialisée dans l'industrie forestière, qui affiche un carnet de commandes complet pour les trois prochaines années.

«On voit également apparaître des firmes plus axées sur des niches qui profitent également d'un marché en effervescence», dit Mme Jodoin, de Stantec.

*Le texte a été modifié depuis sa parution.

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