Carmand Normand visait un milliard d'actifs en quatre ans, il y est arrivé en... trois mois !

Offert par Les Affaires


Édition du 05 Décembre 2015

Carmand Normand visait un milliard d'actifs en quatre ans, il y est arrivé en... trois mois !

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Édition du 05 Décembre 2015

« Quand j’ai commencé dans les années 1960, il n’y avait pas beaucoup de francophones dans le placement », explique Carmand Normand.

Pour bien des gestionnaires, il n'y a pas grand-chose d'excitant à faire avec les obligations. Elles sont parfois perçues comme la cinquième roue du carrosse du rendement, presque un mal nécessaire qui sert à stabiliser un portefeuille lorsque les actions vont mal.


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Carmand Normand, lui, en a plutôt fait son pain et son beurre. Sa marque de commerce. «J'avais une certaine facilité avec les mathématiques. Alors j'ai développé un modèle qui misait sur la volatilité du marché obligataire pour en tirer plus de rendement», raconte ce Gaspésien d'origine qui, à 69 ans, s'est retiré dans ses terres près du lac Massawippi, en Estrie.


La société qu'il a fondée, Addenda Capital, s'est déjà classée dans le top 10 des firmes canadiennes de gestion de placement en ne négociant que des titres à revenu fixe. Juste avant la crise financière de 2008, elle avait environ 29 milliards d'actifs sous gestion.


Carmand Normand fait partie des premières cohortes de Québécois qui se sont intéressés à la finance. «Quand j'ai commencé dans les années 1960, il n'y avait pas beaucoup de francophones dans le placement.» Après des études en sciences administratives à l'Université Laval, il est embauché par le Royal Trust pour s'occuper du règlement des successions. Mais cela l'ennuie. «C'est long, régler des successions. Toutefois, cela m'a mis en contact avec la gestion de placements. Et comme j'étais curieux, que j'aimais que ça bouge, c'est devenu une passion, une drogue.»


C'est d'abord avec les marchés boursiers qu'il se fait la main, au Crédit foncier puis chez le courtier Tassé et associés. En 1982, la Caisse de dépôt et placement du Québec veut accroître son portefeuille d'actions pour améliorer les rendements. Elle n'a que 11 % de son actif en actions, et le président d'alors, Jean Campeau, veut porter cette part à 30 %. Il embauche Carmand Normand comme vice-président pour s'en occuper. «J'étais le preneur de risque de la gang. Ça a été une période très mouvementée», se rappelle-t-il. La Caisse acquiert des participations notables dans des fleurons anglo-canadiens, comme le Canadien Pacifique, ce qui déclenche une crise avec Toronto et Ottawa. «Le PQ était au pouvoir. Certains pensaient qu'on faisait cela pour des raisons politiques de contrôle. Mais c'était pour réduire la dépendance aux obligations et obtenir de meilleurs rendements.»


De Groupe Optimum à Addenda Capital


Il quitte la Caisse en 1984 pour fonder les Conseillers financiers du Saint-Laurent avec le Groupe Optimum, une compagnie d'assurances. La firme s'occupe de portefeuilles équilibrés pour divers clients, dont des caisses de retraite. Sa façon de gérer activement les obligations le fait remarquer. Plutôt que de se contenter d'encaisser les intérêts tous les six mois, il cherche à tirer parti de la volatilité des taux. «Avec les coupons détachés, on pouvait faire des rendements de 20 ou 30 % en un an. C'était une époque où les taux étaient élevés et fluctuaient beaucoup. Je m'intéressais à la mathématique de tout cela, au calcul des probabilités.» En plus de la volatilité, il misait sur les écarts de rendement entre les obligations fédérales, provinciales, d'entreprises, etc. Résultat : il battait régulièrement les indices de référence.


Au fil des ans, il développera son modèle. En 1996, il quitte le Groupe Optimum pour fonder Addenda Capital, qui se concentre exclusivement sur les obligations.


«Je partais dans le vide. Mais en trois jours, après quelques téléphones, j'ai réussi à amasser près d'un million de dollars auprès d'une demi-douzaine de personnes», relate-t-il. C'était assez pour payer quelques employés pendant trois ans, le temps de mettre la compagnie sur pied.


Or, après une semaine, il avait déjà un actif sous gestion de... 400 M$. D'anciens clients, comme Bombardier, avaient décidé de le suivre. Puis, il a réussi à décrocher un important mandat de la caisse de retraite des fonctionnaires à Québec. «J'avais promis à mes actionnaires de leur payer un dividende dans trois ou quatre ans, quand on atteindrait un milliard de dollars sous gestion. On l'a eu après trois mois ! Je leur ai payé un dividende, et à moi aussi !» s'exclame-t-il en riant.


Rapidement, Addenda a grandi. La firme a procédé à une émission publique d'actions en 2004. Pour assurer sa pérennité, Carmand Normand a cherché un partenaire du côté des assureurs, estimant que ce serait le meilleur partenariat. Un assureur québécois s'y est un moment intéressé, mais c'est finalement le Groupe Co-operators, de Guelph, en Ontario, qui l'a acquis pour 306 M$, en 2008.


Après la transaction, il laisse la direction quotidienne d'Addenda, mais continue de présider le conseil d'administration jusqu'au printemps 2014. Regrette-t-il d'avoir vendu à des intérêts ontariens ?


«À cause de mon petit côté Québec, j'aurais préféré que ce soit une entreprise d'ici. Mais en y réfléchissant, c'était mieux que ce soit quelqu'un de l'extérieur. D'une part, ça amenait de l'argent ici et, d'autre part, ça évitait les mises à pied. On avait 70 employés, et personne, à ma connaissance, n'a été mis dehors. Co-operators est très respectueuse du personnel», dit-il.


Les grands investisseurs


Série 2 de 5. Qui sont les grands gestionnaires québécois ? Quel a été leur parcours ? Leur recette d'investissement ? Dans une série de reportages, nous vous présentons cinq d'entre eux.


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