La remontée de l'or suscite de l'espoir

Offert par Les Affaires


Édition du 23 Avril 2016

La remontée de l'or suscite de l'espoir

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Édition du 23 Avril 2016

La mine LaRonde d'AgnicoEagle, en Abitibi. [Photo : Valérian Mazataud]

Après avoir suivi dans leur chute les métaux de base et perdu le tiers de sa valeur depuis 2013, l'or a de nouveau démontré qu'il a sa logique propre au début de 2016. En effet, son prix est remonté de 15 % en seulement deux mois et demi, à 1 255 $ l'once. Un regain d'optimisme dû à la forte volatilité sur les marchés, mais qui pourrait être tempéré par la perspective d'une hausse des taux d'intérêt aux États-Unis.


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En février, une fenêtre de financement inespérée s'est ouverte dans la filière aurifère. Coup sur coup, Franco-Nevada (19 février) et Redevances aurifères Osisko (26 février) ont bouclé respectivement des financements de 920 et de 173 millions de dollars. La prise ferme a permis à Franco- Nevada de conclure une entente d'achat de production de 500 M$ d'or et d'argent avec une mine de Glencore, au Pérou. L'or venait tout juste de grimper de 13 % en quelques semaines, et un vent d'optimisme soufflait sur toute la filière.


Pour Nochane Rousseau, leader secteur minier à PwC Canada, il y a un terme, sur toutes les bouches, qui pourrait bien expliquer en partie cet engouement : les taux d'intérêt négatifs. En effet, la nouvelle s'est répandue selon laquelle des investisseurs ont récemment acheté des bons du Trésor à taux d'intérêt négatif.


«Que des banques centrales adoptent des taux de dépôt négatifs, c'est une chose, dit-il. Qu'il y ait des acheteurs pour ça, c'est autre chose.» Selon lui, la perspective de devoir payer pour déposer en a convaincu plus d'un de revenir à l'or.


Un élan passager


Le Japon a instauré des taux négatifs à la fin de janvier ; mais avant lui, la Banque centrale européenne, la Suisse, la Suède et le Danemark ont tous expérimenté cet outil dans l'espoir d'encourager les banques à prêter aux entreprises et aux particuliers.


Pour Mathieu D'Anjou, économiste principal chez Desjardins, c'est d'abord la volatilité des marchés et les inquiétudes en début d'année qui expliquent ce regain d'intérêt pour l'or, puis les réactions souvent imprévisibles des banques centrales.


«C'est surtout de voir jusqu'où elles semblent prêtes à aller. Il y en a même qui commencent à dire qu'on pourrait imprimer de l'argent», dit-il, en référence à une récente allusion de la BCE à «l'hélicoptère à monnaie» : la distribution directe d'argent aux ménages et aux entreprises pour créer de l'inflation. «On dirait que l'or profite de tout ça, surtout dans un contexte où le dollar américain est assez faible.»


Cependant, M. D'Anjou ne croit pas que l'or continuera sur sa lancée. «On pense que la Réserve fédérale américaine relèvera ses taux directeurs à deux reprises en 2016. Ça viendrait un peu renverser la poussée de l'or.»


Peu de projets prometteurs


Les producteurs canadiens se sortent plutôt bien du creux de 2015, tant la chute du cours de l'or a été compensée - comme un mouvement de balancier - par celle du dollar canadien. Sans cette bouée de sauvetage, le portrait du secteur aurifère au pays serait nettement plus sombre, assure Christian Provencher, vice-président, Canada, chez Agnico-Eagle. «Avec un dollar à parité, il y a probablement 50 % des sociétés aurifères qui n'existeraient plus», dit-il.


Ce qui l'inquiète par contre, c'est l'absence de réinvestissement dans la filière. «Depuis cinq ans, les dépenses d'exploration sont en chute libre, précise-t-il. Dans 5 ou 10 ans, elle sera où, la prochaine mine ? Nous, nous regardons au niveau international, et au Québec malheureusement, il n'y a pas beaucoup de projets prometteurs pour le futur.»


Agnico-Eagle est l'une des rares sociétés à mener des campagnes exploratoires au Québec, qu'elle finance à même son flux de trésorerie. Non seulement en est-elle à évaluer la portion sous les 3,1 kilomètres à sa mine La Ronde dans l'espoir de prolonger sa durée de vie au-delà de 2024, mais elle a également donné un second souffle à sa mine Goldex, entrée en exploitation en 2013.


«En 2015, on a annoncé un investissement de 160 M$ pour prolonger la durée de vie de Goldex, dit M. Provencher. On a réussi à confirmer les paramètres économiques de la zone profonde. On devait fermer en 2017, mais avec cette campagne d'exploration positive et les résultats opérationnels intéressants, on a pu présenter à notre conseil d'administration un projet pour donner six ou sept ans de plus à Goldex [jusqu'en 2024].»


Le titre d'Agnico-Eagle a profité de la remontée de l'or, s'appréciant de 85 % depuis son creux des 52 dernières semaines, pour clôturer à 51,01 $ le 14 avril.


Les dépenses totales d'exploration au Québec ont encore baissé de 30,6 % en 2015 pour s'établir à 220 M$. Depuis le sommet de 2011, l'effort d'exploration minière a chuté de 74 %.


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