Ces stades qui gangrènent les fonds publics

Publié le 30/07/2016 à 09:00

Ces stades qui gangrènent les fonds publics

Publié le 30/07/2016 à 09:00

Par Matthieu Charest

[123RF]

Fruit d'un nouveau concept, cet article appartient au dossier La Rédaction a repéré pour vous, un catalogue de signets regroupant des histoires qui nous ont particulièrement allumé et qu'on veut vous faire partager.


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Le retour potentiel des Expos et des Nordiques fait vibrer des milliers d’amateurs de sport professionnel au Québec. Le maire de Montréal, notamment, est l’un des plus fervents partisans du retour du baseball dans la métropole. Lors du passage de Les Affaires dans ses bureaux, en avril dernier, nous avons d’ailleurs trouvé des plans du futur stade dont il rêve. Bien sûr, il est permis de rêver. Mais pas aux frais des contribuables, estiment les experts, de gauche comme de droite.


Selon plusieurs articles recensés et experts interviewés, il ne fait aucun doute que l’argent public ne devrait pas être investi dans des infrastructures destinées à des équipes professionnelles. Non seulement les retombées sont marginales, mais le risque est élevé.


Malgré tout, la structure de financement proposée par le Conference Board du Canada et EY dans des documents produits pour la Chambre de commerce du Montréal métropolitain et le Montreal Homerun Project est hybride. C’est-à-dire qu’une partie des fonds requis pour la construction d’un nouveau stade à Montréal proviendrait des contribuables. Une somme estimée à 335 millions de dollars. Soit 33 % du coût d’une équipe et d’un stade, ou 66 % du coût d’un stade.


Les subventions, croit Vincent Geloso, économiste à l’Institut économique de Montréal [IEDM], «ça réduit l’incitation à être discipliné. Dans ces projets-là, il y a souvent des dépassements de coûts. Investir des fonds publics dans des infrastructures sportives professionnelles, ce n’est pas efficace et ce n’est pas une bonne allocation de ressources. Quant aux “retombées économiques”, c’est un concept mal compris. Le fameux dollar qui se multiplie, il n’est plus dans les poches du contribuable».


Les États-Unis comme signal d’alarme


D'après nombre d'articles recensés par Les Affaires, provenant entre autres de CityLab, MinnPost, Al Jazeera et Forbes, les cas où les contribuables américains ont investi dans des infrastructures sportives destinées au privé sont nombreux, mais les retombées, elles, sont faméliques. 


En fait, selon CityLab, plus de 12 milliards de dollars américains auraient été injectés dans des stades au cours des 15 dernières années. Pourtant, explique l’article, la présence d’une équipe sportive dans une ville ne rajouterait à peu près rien à l’économie locale. Quant aux décisions d’engager des fonds publics ou pas, qui reviennent aux autorités publiques, elles sont souvent imprégnées d'opacité. Québec et le Centre Vidéotron en sont un bon exemple.


Selon Al Jazeera America, le consensus est clair: les économistes s’entendent, règle générale, pour s’opposer à l’utilisation de fonds publics dans ces projets. Les politiciens, par contre, tendent à favoriser ce type de projets afin d'affirmer leur leadership.


«Ce n’est pas une bonne idée pour les contribuables, mais c’est profitable pour certaines industries, explique Philip Merrigan, professeur de sciences économiques à l’ESG UQAM. Les entrepreneurs en construction, par exemple, poussent pour ce genre de projet là, car ils sont les premiers bénéficiaires. Et ils sont souvent proches des pouvoirs publics.»


Pire, ajoute un blogue publié par Forbes, le proverbial argument des retombées économiques ne tiendrait pas la route. Les citoyens et spectateurs potentiels ont un budget limité, ce qu’ils ne dépensent pas au baseball, ils peuvent le dépenser ailleurs. Et qui dit retombées ne dit pas revenus de taxes et d’impôts. Souvent, c’est le privé qui va profiter d’investissements publics.


[Denis Brodeur/BanQ/Flickr]


Avis d’experts


Selon Yongjing Zhang, professeur adjoint à l’Université d’Ottawa, «c’est extrêmement difficile de justifier les retombées économiques d’un nouveau stade. La plupart des bénéfices sont imprévisibles et intangibles. Toutefois, la valeur foncière des terrains aux alentours peut augmenter, ce qui serait rentable pour certains». 


«Très difficile de calculer l’impact réel, ajoute Bertrand Schepper, chercheur à l’Institut de recherche et d’informations socio-économiques [IRIS]. En fait, financer ce type de projets avec de l’argent public démontre l’échec du marché. L’arrivée d’un stade sportif n'a aucun effet tangible sur l’économie. Si des taxes sont perçues, c’est très long avant d’être rentable, et rendu là, le stade ne sera peut-être plus fonctionnel. Quant aux emplois créés, ils sont temporaires. Les autres, assez mal payés.»


Bref, pour l'heure, Youppi devrait sans doute rester auprès du Canadien de Montréal.


Quelques cas d’espèce américains



  • Le U.S. Bank Stadium des Vikings du Minnesota doit coûter 1,1 G$US, le public payera 498 M $US.

  • Le SunTrust Park des Braves d’Atlanta obtiendra 397 M$US du public;

  • Le nouveau stade du D.C. United de Washington devrait recevoir 150 M$ du district, dont une partie proviendrait d’un fonds de rénovation destiné aux écoles;

  •  En 2012, Glendale, en Arizona, a décidé de verser 324 M$US pour les Coyotes, alors que la Ville connaissait un déficit budgétaire.


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