Préparez-vous à affronter des concurrents européens plus efficaces

Publié le 28/10/2022 à 18:00

Préparez-vous à affronter des concurrents européens plus efficaces

Publié le 28/10/2022 à 18:00

Par François Normand

Des employées travaillent sur des pompes à chaleur sur la chaîne de production de l'entreprise allemande de technologie de chauffage, Viessmann, à Allendorf, dans l'ouest de l'Allemagne, le 9 août 2022. (Photo: Yann Schreiber pour Getty Images)

ANALYSE ÉCONOMIQUE. Le réveil pourrait être brutal pour les entreprises qui ne se sentent pas concernées par la crise énergétique en Europe. Depuis des mois, les prix élevés de l’énergie et la rareté de la ressource ont forcé les entreprises européennes à devenir beaucoup plus efficaces. Elles auront ainsi à terme plus de liquidités pour se moderniser et être plus compétitives dans le monde, en Europe et au… Québec.

«Les survivants [les entreprises européennes qui surmonteront cette crise] seront mieux positionnés, il est certain, pour l’avenir», affirme en entrevue Pierre Olivier-Pineau, spécialiste en énergie et titulaire de la Chaire de gestion du secteur de l’énergie à HEC Montréal.

De manière générale, il fait remarquer que les entreprises européennes avaient déjà un contexte beaucoup «plus favorable pour développer leur productivité énergétique», et ce, bien avant cette crise qui pousse certaines d’entre elles à la fermeture.

Cet enjeu de meilleur positionnement en matière d’efficacité énergétique — en grande partie sous l’écran radar des milieux d’affaires québécois — est crucial.

Dans le meilleur des mondes, il serait même avisé de l’intégrer dans la planification stratégique des organisations québécoises qui sont en concurrence avec des entreprises européennes.

C’est aussi un enjeu plus criant pour nos entreprises que pour les entreprises américaines, par exemple, car le Canada a un accord de libre-échange avec l’Union européenne (UE), soit l’Accord économique et commercial global (AECG).

Les États-Unis ont tenté de négocier une entente avec l’UE, mais sans succès.

Ainsi, depuis 2017, les entreprises québécoises peuvent exporter plus facilement dans l’UE (un marché de 447 millions d’habitants). C’est en revanche la même chose pour les sociétés européennes, qui ont meilleur accès au marché québécois.

La progression du déficit commercial du Québec avec l’UE depuis 5 ans (de 11,1 à 13,8 milliards de dollars canadiens, de 2016 à 2021, selon l’Institut de la statistique du Québec) montre d’ailleurs que les Européens profitent davantage de l’AECG que les Québécois.

Malgré le fait que l’euro est une devise plus forte que le dollar canadien…

Plusieurs facteurs peuvent expliquer ce déficit commercial en progression.

Mentionnons la taille des entreprises européennes, la qualité de leurs biens et de leurs services, sans parler de leur productivité et de leur efficacité énergétique — bien avant la crise énergétique qui afflige actuellement l’Europe.

 

Le Québec est une société très énergivore

Sans décortiquer précisément la consommation d’énergie des entreprises, ce graphique montre néanmoins que le Canada et le Québec figurent parmi les sociétés les plus énergivores au monde, selon cette analyse comparative effectuée par la Chaire de gestion du secteur de l’énergie à HEC Montréal.

Par exemple, en 2019, la consommation énergétique moyenne d’un Québécois (225 gigajoules) était deux fois plus importante que celle d’un Allemand (112 gigajoules).

 

Les Québécois consomment en moyenne beaucoup plus d’énergie que les Européens, notamment en Norvège, en Suède et en Allemagne. (Source: État de l’énergie au Québec, édition 2022).

 

Rappelons que ce sont l’invasion de l’Ukraine par la Russie et la rupture des exportations d’hydrocarbures russes en Europe qui ont provoqué la pire crise énergétique sur le vieux continent depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale.

Les conséquences économiques de la COVID-19 et la récente sécheresse en Europe ont aussi aggravé la crise énergétique.

La pandémie, parce qu’au pic de la crise sanitaire, en 2020-2021, les producteurs de pétrole et de gaz naturel ont réduit drastiquement leurs investissements dans la production d’hydrocarbures. Cette situation a déséquilibré l’offre et la demande d’énergie.

La sécheresse, car elle a grandement réduit le niveau des rivières et des lacs en Europe. Cette situation a diminué la production d’hydroélectricité et le fonctionnement des centrales thermiques — elles ont besoin d’eau pour se refroidir ou dépendent des voies navigables pour s’approvisionner en charbon.

Certes, depuis quelques semaines, les entreprises européennes respirent un peu mieux.

 

Les prix des contrats à terme à la baisse

Les prix de l’énergie ont diminué, et il est beaucoup plus facile de se procurer de nouvelles sources de gaz naturel en Europe, notamment en provenance des États-Unis et du Qatar, rapporte la chaîne américaine CNN Business.

Depuis un peu plus d’une semaine, le prix des contrats à terme sur le gaz naturel européen de référence a par exemple chuté de 20%, et de plus de 70% depuis qu’il a atteint un niveau record à la fin août.

Francois Delorme, économiste à l’Université de Sherbrooke, fait remarquer que ces nouveaux approvisionnements gaziers pourraient faire en sorte que l’écart de productivité énergétique ne se creuse pas trop entre les entreprises québécoises et européennes.

«Cet état de fait soulagera la pression des entreprises européennes à devenir rapidement plus productives», souligne-t-il.

Cela dit, les entreprises européennes ne sont pas sorties du bois pour autant.

L’hiver qui s’en vient en Europe fera augmenter la demande énergétique. Cette situation pourrait faire repartir les prix à la hausse et provoquer de nouveaux problèmes sur le plan des approvisionnements gaziers.

Chose certaine, peu importe l’ampleur que cela prendra, il faut s’attendre à ce que les entreprises européennes soient encore plus efficaces et compétitives dans les années à venir.

Aussi, les entreprises du Québec qui n’en tiennent pas compte risquent d’avoir de plus en plus de difficultés à se mesurer à leurs concurrents européens.

Cela pourrait par exemple avoir un impact sur la capacité des entreprises québécoises de décrocher des contrats en raison de prix moins compétitifs.

Comprenez-vous pourquoi il faut s’intéresser bien davantage à la crise énergétique en Europe?

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