Bien naviguer dans un transfert en solo

Publié le 29/03/2016 à 13:31

Bien naviguer dans un transfert en solo

Publié le 29/03/2016 à 13:31

Par Claudine Hébert

Jean-Louis Poirier serait la 3e génération à diriger l’entreprise de produits nautiques Équipements Poirier et Fils. [Photo: Sébastien Lavallée]

Il a toujours été clair que Jean-Louis Poirier serait la 3e génération à diriger l’entreprise de produits nautiques Équipements Poirier et Fils, à Masson-Angers, en Outaouais. Ce qui restait à clarifier, c’était comment il financerait seul, sans un sou, une pme qui génère plus de 3M$ de chiffres d’affaires par année.


« C’est un processus qui a demandé beaucoup d’énergie et de patience », concède Jean-Louis Poirier, qui depuis l’automne 2013, détient 100% des parts de l’entreprise familiale. Le jeune entrepreneur de 34 ans, qui n’a jamais cru aux partenariats, a dû convaincre et gagner la confiance de trois créanciers, à commencer par la Société d’aide au développement de la collectivité (SADC) de Papineau. Desjardins Capital de risque et la BDC complètent le trio de prêteurs auquel s’est joint également son père Normand.


« On avait devant nous un jeune, qui malgré son âge, présentait une riche expérience dans l’industrie du bateau de pêche et de plaisance », rapporte Jean-Denis Deschênes, analyste financier au SADC de Papineau. L’organisation, qui prête entre 1M$ et 1,7M$ par année à des pme de la région, sert généralement de levier financier dans les transferts d’entreprise. Ce prêt, qui peut varier de 30 000$ jusqu’à 150 000$, permet au repreneur d’aller cogner aux portes des institutions financières. Ce qui a été le cas pour Équipements Poirier.


Les beaux plan d’affaires présentés par les repreneurs ne suffisent pas, tient à souligner M. Deschênes. « Il faut connaître les réelles intentions et le plein potentiel du repreneur avant d’accorder le moindre montant de financement », poursuit-il. Ça prend en général de trois à quatre rencontres pour évaluer si oui ou non l’organisme va l’aider. Il faut, dit-il, pouvoir évaluer son expérience ainsi que ses connaissances pour le produit, son industrie, les fournisseurs et surtout des employés en place. « De rencontrer les repreneurs sur les lieux de leur travail permet de s’enquérir de bons indices -qu’ils soient verbaux ou non-dits- pour évaluer le degré de risque » explique M. Deschênes qui vient en aide aux repreneurs depuis 1999.


Comme son père et son grand-père Jacques qui a fondé l’entreprise en 1962, Jean-Louis a toujours été un passionné de bateaux. Au début des années 2000, alors qu’il avait à peine 18 ans, il s’est expatrié à Toronto pour aller travailler chez Mercurey Marine, le fabricant de moteurs, où il a occupé un poste de conseiller auprès des concessionnaires québécois.


De retour au Québec en 2003, Jean-Louis est revenu travailler pour son père. « Mais notre relation n’était pas encore à son meilleur. Je suis parti pour mieux revenir en 2005 », raconte l’entrepreneur. Deux années plus tard, en 2007, son paternel lui a vendu 10% des parts de la pme qui emploie une vingtaine d’employés. « C’est alors que j’ai réalisé qu’il fallait que je sois drôlement bien préparé pour convaincre les institutions financières de m’aider à acheter le reste », dit l’entrepreneur qui a réellement commencé son travail de séduction en 2010.


Jean-Louis Poirier reconnaît que c’est très exigeant d’avoir eu à trouver plusieurs créanciers. « Mais avec du recul, cette situation me paraît plus sécurisante. Je n’aurais pas aimé être redevable à une seule institution financière », indique le jeune propriétaire qui doit rembourser sa dette d’ici 2022.


Jean-Louis Poirier se réjouit d’avoir reçu un bon soutien de la part de Léon Lajoie, qui était directeur de l’investissement chez Desjardins Capital de risque. M. Lajoie est décédé en 2014. « Il m’a fortement conseillé de ne pas chambarder le modèle d’une entreprise qui va très bien. Ce n’est pas en commençant à vendre d’autres produits à moteur, tels des motoneiges ou des vtt, qui m’aurait permis de rembourser ma dette plus rapidement », raconte l’entrepreneur.


En revanche, Jean-Louis Poirier a dû revoir certains modes de gestion pour assainir les dépenses de la pme. Ce qui lui a permis de réduire d’au moins 25% ses coûts. « J’ai revu à la baisse les frais de publicité. L’entreprise se sert davantage de l’internet et des réseaux sociaux qui sont devenus nos principaux outils de promotion », indique M. Poirier.


Jean-Louis Poirier a également consolidé son personnel pour réduire le nombre d’employés de 15 à 7 personnes en basse saison. L’entreprise a aussi renouvelé sa flotte de trois camions qui coûte maintenant moins cher en essence et en réparation. Ces réductions de coûts, ajoute M. Poirier, vont permettre à la pme de mieux s’ajuster au cours de la prochaine haute saison. Ce dernier songe à réintroduire un quart de soirée de mai à juillet, quart de travail qui avait disparu depuis trois ans.


Enfin, si le nouveau propriétaire n’a pas l’intention de diversifier le type de produits, il a tout de même introduit de nouvelles collections de bateaux de plaisance plus abordables afin d’attirer la clientèle de la tranche des 20-35 ans. Une initiative qui s’est soldée par une augmentation de près de 10% de nouveaux clients au cours des deux dernières années.


 

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