Travail forcé : des actionnaires demandent à Loblaw d’être conséquent

Publié le 25/05/2022 à 13:10

Travail forcé : des actionnaires demandent à Loblaw d’être conséquent

Publié le 25/05/2022 à 13:10

Un marché Loblaws en Ontario (Photo: 123RF)

INVESTISSEMENT DURABLE. Des actionnaires indépendants de Loblaw ont fait pression en assemblée générale pour une plus grande clarté dans les pratiques de respect des droits de la personne au sein du processus d’importation du détaillant. 

L’un des points sur lequel s’entendent les deux camps de chaque côté du débat «pro» et «anti» investissement ESG (environnementales, sociales et de gouvernance) est le travail forcé, notamment le traitement des Ouïgours du Xinjiang chinois.

Cette question épineuse est arrivée sur la scène de l’investissement canadien ce printemps. Les actionnaires de la chaîne de supermarchés canadienne Loblaw Companies (L) affirment que la société a importé des textiles de la région du Xinjiang pas plus tard qu’au moins d’août 2021, et une enquête de marché de CBC a aussi montré que Loblaw vendait des tomates cultivées par le travail forcé.

En réaction, les actionnaires du Fonds général du syndicat général des employés de Colombie-Britannique (BCGEU) et du Fonds général de grève des employés de Colombie-Britannique ont demandé à la société de publier tous les ans un résumé annuel des résultats des audits de ses fournisseurs, à la manière de Tesco, Gildan ou Walmart.

Devant les refus de Loblaw d’obtempérer à la requête du BCGEU, la proposition a été soumise à la dernière assemblée générale annuelle de la société, le 5 mai dernier. Malgré les demandes du conseil d’administration de Loblaw de voter contre, la motion a été soutenue par plusieurs actionnaires minoritaires d’importance, dont BMO et Norges Investment Management, le plus grand fonds souverain de Norvège, pour un total de 34% des actionnaires – ce qui équivaut à environ 72 % d'actionnaires indépendants –ayant soutenu cette demande pour plus de transparence.

Un vote majoritaire était presque impossible dans cette affaire, puisque la famille Weston contrôle 53,3% des voix. Toutefois le résultat du vote est suffisant pour que Loblaw ressente une certaine pression à se conformer à ses propres promesses : son code de conduite «interdit le recours au travail des enfants ou au travail forcé».

 

Investisseurs en position délicate

 

Selon BCGEU, le refus de Loblaw, plus gros détaillant alimentaire au Canada, d’aligner ses divulgations de pratiques sur celles d’autres sociétés similaires expose les investisseurs à des risques.

«En ce moment, les investisseurs ne savent pas ce qui se passe dans la chaîne d'approvisionnement de Loblaw. Notre proposition posait une question simple : Loblaw devrait-elle divulguer plus d'informations sur les résultats de ses audits en ligne avec ses pairs? Le vote important d'aujourd'hui indique que les actionnaires de Loblaw conviennent qu'il le faut. Nous avons l'intention de continuer à pousser Loblaw à gérer les risques et à protéger la valeur pour les actionnaires», avait déclaré la présidente du BCGEU, Stephanie Smith, dans la foulée du vote.

Dans le passé, quand la société a été confrontée à des questions de main d’œuvre qui alourdissaient sa chaîne d’approvisionnement, elle avait agi avec rapidité. Dans le dossier du travail forcé et du travail des enfants, Loblaw s’était déjà engagée en 2007 à ne pas recourir au coton produit en Ouzbékistan et au Turkménistan. Elle avait fait la même chose début 2021, concernant la production issue de la région du Xinjiang. Cet engagement serait, selon les résultat d’une enquête, bafoué actuellement par Loblaw.

 

Données sur le travail forcé

 

Selon des données compilées par Laura Murphy, professeure à l’université Hallam de Sheffield au Royaume-Uni et chercheuse en Droits de la personne et esclavage contemporain, Loblaw aurait effectivement importé des textiles de la province chinoise où sont massivement emprisonnés et réduits en esclavage les personnes issues de la minorité ethnique ouïgoure en août 2021.

«Malgré ses efforts, Loblaw est loin d’échapper aux controverses», écrit Laura Murphy dans son rapport. «Dans le cadre des procédures de diligence raisonnable relatives à l’approvisionnement, les détaillants du monde entier (dont Loblaw) se livrent à des audits de leurs fournisseurs. Bien que Loblaw ait commencé à dévoiler le nombre d’audits auxquels elle se livre, ses divulgations n’atteignent pas le niveau d’autres grands détaillants», peut-on lire. «Walmart et Tesco divulguent toutes deux le nombre d’audits auxquels elles se livrent, ainsi que certains détails sur leurs conclusions. Une meilleure information sur ces audits donnerait aux investisseurs des informations essentielles qui leur permettraient de s’assurer que les risques d’entreprise de Loblaw sont bien gérés et atténués.»

 

Loblaw juge qu’elle en fait assez

 

Le conseil d’administration de Loblaw, qui avait demandé de battre la motion du BCGEU, arguait que «Loblaw a une structure de gouvernance robuste qui lui permet de s’assurer que ses programmes, politiques et pratiques sont opérationnelles et efficaces. Une supervision est assurée au niveau de la haute direction, qui comporte un service centralisé de conformité et d’éthique traitant de questions de déontologie et de conformité avec les règlements, ainsi que les services gérant l’impact social, les questions ESG, et la conformité de la chaîne d’approvisionnement. Le conseil d’administration, par le truchement du comité du risque et de la conformité, supervise le processus de gestion de risque de l’entreprise, le programme sur la déontologie et la conformité avec les règlements, les activités ESG, et les politiques et pratiques de l’entreprise.»

 Le conseil d’administration ajoute à cela que le code de conduite des fournisseurs de Loblaw s’applique aux producteurs et fabricants locaux et étrangers, ainsi qu’aux agents, courtiers et autres tierces parties qui font des affaires avec Loblaw.

Loblaw a ajouté qu’elle «reconnaît l’importance d’une plus grande transparence sur sa chaîne d’approvisionnement et le processus d’audit de ses fournisseurs, et y est attachée. Loblaw est une des quelques détaillants canadiens à faire preuve d’une divulgation proactive des noms, adresses et pays de résidence de ses fournisseurs de vêtements et de chaussures. Loblaw dévoile aussi le nombre total d’audits qu’elle a mis en place, et entend fournir plus de transparence et de divulgations à ce sujet dans ses futurs rapports ESG.»

 

La main-d'œuvre migrante reçoit moins de soutien

 

Une autre question, celle des travailleurs migrants, a reçu un soutien moins important lors des votes de l’assemblée générale. Le British Columbia Teachers Federation Salary Indemnity Fund, soutenu par le groupe de défense des actionnaires SHARE, a demandé à Loblaw de s'engager à mener une évaluation indépendante des droits de la personne de l'impact de ses activités commerciales sur les travailleurs migrants – et à publier les résultats de cette évaluation. Cette proposition a reçu 12 % du soutien global. 

«De nombreux concurrents de Loblaw se sont déjà engagés à mener ce type d'évaluation», a expliqué Anthony Schein de SHARE, ajoutant qu’«en tant que l'un des principaux détaillants alimentaires au Canada, Loblaw doit faire preuve d'un leadership plus fort sur cette question».

Ce rapport aiderait Loblaw à comprendre cette question du point de vue des titulaires de droits touchés, comme les travailleurs. Cela aidera également Loblaw à créer de manière proactive des politiques qui respectent et protègent les travailleurs migrants dès maintenant, plutôt que d'avoir à réagir à des pressions externes ou à des incidents imprévus à l'avenir.

 

Par Ruth Saldanha

 


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