La Bourse brésilienne tombe de 9%: ce que vous devez savoir

Publié le 18/05/2017 à 13:31

La Bourse brésilienne tombe de 9%: ce que vous devez savoir

Publié le 18/05/2017 à 13:31

Par AFP

Photo: 123rf.com

Les graves accusations de corruption visant le président brésilien Michel Temer ont provoqué jeudi une chute brutale des marchés, alors que les appels à la démission se multiplient contre le chef de l'Etat, qui devrait s'exprimer en fin de journée.

Négociations suspendues

La séance de Bourse a été suspendue après une chute de plus de 10% du principal indice brésilien et de quasiment 6% du réal. À la réouverture des marchés, environ une demi-heure plus tard, la Bourse cédait 8,7%, dans ce pays frappé par une récession historique.

Démission du président demandée

Plusieurs perquisitions ont été lancées dès les premières heures de la journée à Brasilia, Rio de Janeiro et Belo Horizonte (sud-est), après des révélations explosives publiées la veille sur le site du quotidien O Globo.

De nombreux partis d'opposition ont aussitôt demandé la démission du président conservateur et des dizaines de manifestants défilaient dans la rue aux cris de «Temer dehors».

À Brasilia, les réunions à portes closes se multipliaient jeudi au Congrès, avec de fortes rumeurs de divisions au sein de la base parlementaire du gouvernement.

«La démission est le chemin le plus facile pour résoudre ce problème, mais la décision revient exclusivement au président de la République», a affirmé à des journalistes Ana Amélia, sénatrice du PP (centre-droit) qui se définit comme «indépendante» même si sa formation fait partie de cette base parlementaire.

M. Temer a annulé tous ses rendez-vous prévus dans la journée pour se réunir avec ses conseillers, dans l'attente d'une éventuel discours à la Nation.

Enregistré à son insu, il parle de pots-de-vin

Le président aurait été enregistré par un chef d'entreprise en train de donner son accord pour le versement de pots-de-vin pour acheter le silence d'Eduardo Cunha, ancien patron de la chambre des députés, aujourd'hui en prison pour son implication dans le méga-scandale de corruption Petrobras.

Le journal O Globo révèle que M. Temer a rencontré le 7 mars Joesley Batista, un des propriétaires du groupe J&F, qui contrôle notamment le géant de la viande JBS.

M. Batista s'est enregistré secrètement alors qu'il expliquait au chef de l'Etat qu'il versait des sommes d'argent à Eduardo Cunha pour acheter son silence.

«Tu dois maintenir ça (les pots-de-vin)», a alors répondu le président Temer, sans savoir qu'il était en train d'être piégé par l'enregistrement de son interlocuteur. 

L'onde de choc a aussi atteint un allié politique clé de M. Temer, l'influent sénateur Aécio Neves (centre-droit) et candidat malheureux de la dernière élection présidentielle. 

O Globo révèle que Joesley Batista a aussi remis aux autorités un autre enregistrement compromettant, dans lequel M. Neves aurait demandé 2 millions de réais (environ 570.000 euros) de pots-de-vins. 

Les perquisitions de jeudi matin ont ciblé plusieurs propriétés du sénateur, dont le mandat a été suspendu par la Cour Suprême. Selon les médias brésiliens, le procureur général a demandé son arrestation, alors que sa sœur a déjà été interpellée à Belo Horizonte.

En 2014, M. Neves a perdu d'une courte marge au second tour de l'élection présidentielle face à Dilma Rousseff, réélue pour un second mandat avant d'être destituée en août 2016, pour maquillage des comptes publics.

Dauphine de l'icône de la gauche Luiz Inacio Lula da Silva (2003-2010), lui-même visé par cinq procédures judiciaires dans le cadre du scandale Petrobras, Mme Rousseff  a été remplacée, jusqu'à la fin du mandat fin 2018, par Michel Temer, qui était son vice-président et s'est depuis lancé dans une série de réformes d'austérité.

Les militants de gauche accusent d'avoir orchestré un « coup d'État », notamment avec Eduardo Cunha, pour prendre le pouvoir.

C'est justement l'ancien chef des députés, parfois comparé à Frank Underwood, héros manipulateur de la série américaine « House of Cards », qui risque de le précipiter indirectement dans sa chute.

Le journaliste qui a obtenu le scoop, Lauro Jardim, a expliqué à la radio CBN qu'il n'avait pas entendu personnellement les enregistrements, mais qu'il avait eu accès à « une description la plus détaillée possible ». Selon lui, ils ont été présentés aux autorités dans le cadre d'un accord avec la justice en échange d'une remise de peine.

L'entreprise JBS avait déjà défrayé la chronique en mars, pour son implication dans un scandale de viande avariée. 

Premier exportateur mondial de viande, le Brésil avait alors dû faire face à un embargo total ou partiel de la part d'une vingtaine de pays, avec de dures négociations à la clé pour obtenir la réouverture progressive des marchés. 

 

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