«Il n'y a pas une seule façon de faire de l'innovation ouverte»

Publié le 11/09/2019 à 14:08

«Il n'y a pas une seule façon de faire de l'innovation ouverte»

Publié le 11/09/2019 à 14:08

Elsa Bruyère

Elsa Bruyère (Photo: courtoisie)

INNOVATION. Quelles sont les grandes caractéristiques de l’innovation ouverte? Les Affaires a interrogé Elsa Bruyère, entrepreneure, cofondatrice de la Fabrique agile et facilitatrice en innovation ouverte, à ce sujet. Voici ses réponses.

 

Comment peut-on définir le concept d’innovation ouverte?

Personnellement, je me réfère toujours à la définition de Henry Chesbrough, professeur à l’Université Berkeley [en Californie], qui évoque quatre grands principes d’innovation ouverte : les experts ne sont pas toujours à l’intérieur des entreprises, il est moins important d’être premier sur le marché que d’obtenir une adhésion de celui-ci, mieux vaut réutiliser de l’existant que de tout réinventer et, finalement, la propriété intellectuelle peut être partageable.

Toutefois, il n’y a pas une seule façon de faire de l’innovation ouverte. C’est un spectre qui couvre plusieurs degrés. D’ailleurs, on fait souvent référence à l’escargot de l’innovation ouverte : cela commence par la production participative d’idées et cela peut aller jusqu’aux communs technologiques , avec les codes sources ouverts par exemple.

 

Quels sont les avantages principaux de l’innovation ouverte?

Le premier, c’est de diminuer le risque. Surtout pour les entreprises qui n’ont pas une culture très innovante. Celles qui n’ont pas assez d’experts en interne et qui ne savent pas dans quelle direction aller.

Pour les entreprises qui sont très innovantes, l’avantage est au contraire de pouvoir stimuler leurs compétences internes. C’est en effet une façon de former en continu ses équipes en les confrontant avec le meilleur de l’expertise et de la technologie. Ce qui peut également avoir un effet sur la rétention des talents.

Parmi les autres bénéfices, on peut ajouter que l’innovation ouverte évite de devoir commencer un projet de zéro, alors qu’une solution existe déjà. C’est le modèle fréquent des relations entre un grand groupe et une start-up.

C’est aussi une façon d’aller sur le marché très vite, sans sortir de son métier. Par exemple : je suis un diffuseur de contenus, de type Netflix. Au lieu de mettre du temps à développer une plateforme adaptée à chaque pays et contexte, je vais faire une interface de programmation d’application (API) que des développeurs vont pouvoir réutiliser. Je ne maîtrise plus toute la technologie, mais je vais entrer plus vite en marché.

 

Quelles sont les limites de l’innovation ouverte?

Qui dit innovation ouverte, dit collaboration avec d’autres… Il faut donc être structuré pour cela à l’interne, autant sur le plan des compétences, de l’organisation ou des processus juridiques.

Autrement, cela n’a pas vraiment d’impact sur le budget. Mais ce processus nécessite souvent de se faire accompagner par des ressources externes, car ce sont des processus d’innovation un peu différents de ce à quoi bien des entreprises sont habituées.

 

Est-ce que l’innovation ouverte est une pratique très développée au Québec?

C’est plutôt une pratique en émergence. Il faut dire que le sujet de l’innovation n’est pas une nécessité pour beaucoup d’entreprises : la main d’œuvre n’est pas trop chère et il y a moins besoin de se procurer de l’innovation technologique pour faire fonctionner son entreprise, contrairement à certains marchés plus concurrentiels. Rappelons-nous que l’innovation ouverte, à l’origine, a surtout été mise en place par des entreprises qui reposent sur la technologie.

 

Quelles sont selon vous les bonnes pratiques pour mener à bien un projet entre un grand groupe et une start-up?

Je dirais qu’il faut établir à l’avance la mesure de succès ou d’échec, pour qu’il n’y ait pas de surprise. Il peut en effet y avoir des conceptions différentes, car leurs cultures d’entreprise sont en soi différentes.

Ensuite, il faut faire très rapidement les plus petits pas possible à deux. Plus on apprend vite à travailler ensemble, plus le succès va être grand. Mieux vaut y aller de manière itérative et pivoter régulièrement que de tout planifier à l’avance.

 

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Édition du 23 Novembre 2019 | Jean-François Venne

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