Le nouveau départ de SNC-Lavalin

Publié le 06/10/2012 à 00:00, mis à jour le 04/10/2012 à 10:59

Le nouveau départ de SNC-Lavalin

Publié le 06/10/2012 à 00:00, mis à jour le 04/10/2012 à 10:59

Par Pierre Théroux

L'Américain Robert Card, le nouveau président de SNC-Lavalin, a du pain sur la planche. En poste depuis le 1er octobre, il prend les rênes de l'une des plus grandes sociétés d'ingénierie du monde, mais dont la réputation a été sérieusement entachée depuis un an.

Il devra aussi améliorer les rendements de l'entreprise, rassurer les investisseurs et composer avec la controverse suscitée par la nomination d'un dirigeant anglophone à la tête d'une firme centenaire devenue un fleuron du Québec Inc.

Recruté pour remplacer son prédécesseur Pierre Duhaime, qui a été forcé de quitter son poste le printemps dernier à la suite d'allégations de malversations financières de la part de l'entreprise, Robert Card dit avoir accepté ce défi en s'assurant de l'appui des administrateurs pour rétablir l'intégrité de l'entreprise.

Redorer le blason

« Le conseil d'administration s'est engagé à faire toute la lumière pour aller de l'avant. Nous voulons nous assurer que de tels événements ne se reproduiront plus jamais, que l'éthique sera au coeur de nos décisions d'affaires », a souligné Robert Card en entrevue avec Les Affaires. Il devra notamment redorer le blason de l'entreprise auprès de la Banque mondiale, qui l'a bannie des nouveaux appels d'offres pour des projets financés par l'institution.

Robert Card a travaillé pendant 35 ans au sein de la société américaine CH2M Hill, un géant mondial qui a rivalisé à plusieurs reprises avec SNC-Lavalin pour l'obtention de contrats majeurs.

Il s'est dit « enthousiaste devant les formidables possibilités de SNC-Lavalin, qui a une solide plateforme, d'importants capitaux et un fort potentiel de croissance. » « Elle doit demeurer une firme de choix pour ses clients », a-t-il ajouté en précisant qu'il voulait d'abord mieux connaître l'entreprise avant de concevoir sa stratégie de développement.

Améliorer la rentabilité

Le nouveau président aura notamment pour tâche d'améliorer la rentabilité. La firme a vu ses profits chuter de 100 millions de dollars en 2011, en passant de 476,7 M$ à 378,8 M$. Les revenus avaient toutefois progressé de 20,3 % pour s'établir à 7,2 milliards de dollars, comparativement à 6 G$ en 2010. Son carnet de commandes avait aussi augmenté, pour s'établir à 10,1 G$ à la fin de décembre 2011, comparativement à 9,7 G$ à la fin de décembre 2010.

La situation ne s'est pas améliorée au premier semestre terminé le 30 juin. Le bénéfice s'est chiffré à 99,6 M$, comparativement à 178,3 M$ pour la période correspondante de 2011. L'entreprise prévoit d'ailleurs une baisse de 11 % du bénéfice pour l'année en cours. Les revenus ont augmenté de 11,5 %, pour s'établir à 3,7 G$ (3,3 G$ au premier semestre de 2011), tandis que les commandes s'élèvent à 10,7 G$.

À l'affût d'acquisitions

Cette baisse des profits de SNC-Lavalin est en grande partie liée à un apport moins élevé des secteurs énergie, hydrocarbures et produits chimiques. Robert Card, pour qui l'énergie est le domaine de prédilection, arrive donc à point nommé.

« J'ai touché à tous les domaines du génie dans ma carrière, et je n'ai donc pas de parti pris pour un secteur ou l'autre. Nous allons travailler sur des projets ou dans des régions du monde qui offrent les meilleures perspectives d'affaires », dit-il.

Robert Card n'écarte aucun scénario quant aux rumeurs concernant la cession d'actifs de l'entreprise, voire sa vente. « Ce n'est jamais approprié d'exclure à l'avance toutes les options », dit-il, en rappelant que le secteur de l'ingénierie est toujours en période de consolidation. De même, SNC-Lavalin pourrait aussi être à l'affût d'acquisitions qui lui permettraient de croître davantage.

L'expérience avant tout

La décision de SNC-Lavalin de nommer cet ingénieur américain à sa tête a été bien reçue par les analystes. Selon Frederick Bastien, de la firme Raymond James, « les actionnaires devraient être ravis de voir que la société a réussi à attirer l'expérience et la réputation de M. Card ».

Hamzah Mazari, de Crédit Suisse, estime que son « expérience dans le secteur de l'énergie, tant du côté gouvernemental que corporatif, augmentera la présence de SNC dans ce domaine ».

D'autres pensent aussi que l'arrivée d'un Américain permettra à la firme québécoise de s'imposer davantage au sud de la frontière.

La nomination de M. Card a néanmoins soulevé certaines inquiétudes du fait qu'il ne parle pas français. Le principal intéressé, qui s'est acheté une propriété dans le Vieux-Montréal, a précisé être « heureux de déménager au Québec et particulièrement d'apprendre le français, afin de conserver vivant un héritage qui fait partie intégrante de cette entreprise mondiale ».

Un spécialiste des projets d'infrastructures

Robert Card n'arrive pas en terre inconnue. Ce titulaire d'une maîtrise en génie civil et environnemental de l'Université Stanford a passé la majeure partie de sa carrière de près de 40 ans au sein de CH2M Hill, une firme d'ingénierie du Colorado qui figure aujourd'hui au cinquième rang mondial. Il y a occupé des postes de direction dans divers domaines : affaires gouvernementales, environnement et énergie nucléaire, infrastructures, énergie...

À son actif, il a entre autres été chef de l'exploitation pour le consortium chargé de préparer les Jeux olympiques de Londres de 2012. Il a aussi supervisé le projet de déclassement de l'usine d'armement nucléaire de Rocky Flats, au Colorado. Pendant trois ans, il a été sous-secrétaire au département américain de l'Énergie, avant de réintégrer CH2M Hill pour en diriger les affaires internationales.

« Son savoir-faire en réalisation de grands projets d'infrastructures et d'énergie dans le monde entier lui sera très utile dans ses fonctions », estime la direction de SNC-Lavalin, qui dit avoir choisi M. Card après avoir songé à des candidats en provenance du Canada et d'ailleurs.

À la une

Bourse: ce que je tente d'ignorer

Il y a 6 minutes | Philippe Leblanc

EXPERT INVITÉ. Parfois, il y a tellement de bruit, qu’on ne peut pas clairement percevoir le signal.

À surveiller: Telus, Descartes Systems Group et Aritzia

Que faire avec les titres de Telus, Descartes Systems Group et Aritzia?

Roots affiche un profit de 2,2 M$ au 3T, mais ses ventes reculent

Il y a 20 minutes | La Presse Canadienne

Toronto — Roots a engrangé un bénéfice d’environ 2,2 millions de dollars (M$) au ...