Ces PME qui osent le multilinguisme


Édition du 07 Avril 2018

Ces PME qui osent le multilinguisme


Édition du 07 Avril 2018

Par Claudine Hébert

Le contenu du site d’Objectif Lune peut être lu en sept langues différentes. Le budget alloué à la traduction représente près de 150 000 $ par année.

Lentement mais sûrement, des PME québécoises réalisent que l'anglais ne suffit pas pour conquérir le monde. Traduction, interprétation : chacune développe ses propres recettes pour améliorer ses qualités multilingues.

Disposer d'un site web bilingue français/anglais, c'est bon pour les affaires. Du moins en Amérique du Nord. Lorsqu'on veut percer ailleurs dans le monde, toutefois, ce n'est pas suffisant.

« L'anglais a beau être considéré comme la langue internationale des affaires, il est fallacieux de croire qu'un site web traduit dans la langue de Shakespeare vous ouvre systématiquement toutes les portes de la planète. Ce n'est pas parce qu'un hôtelier ou un restaurateur vous parle en anglais que le reste de la population du pays le parle aussi », fait savoir Didier Gombert, président d'Objectif Lune, une firme montréalaise qui produit des logiciels de communications.

Depuis cinq ans, cette entreprise de 250 employés multiplie les efforts pour rendre son site web le plus accessible possible à ses quelque 25 000 clients dans le monde. Le contenu du site d'Objectif Lune peut ainsi être lu en sept langues différentes (français, anglais, allemand, néerlandais, italien, espagnol et portugais). Les logiciels de l'entreprise sont également traduits dans plus d'une quinzaine de langues. Le budget alloué à la traduction représente près de 150 000 $ par année. Remarquez, c'est à peine 0,5 % du budget de l'entreprise, dit M. Gombert. Grâce à ces investissements, Objectif Lune a quadruplé ses revenus depuis 2013.

Un bon indice pour déterminer la pertinence ou non de traduire dans la langue locale d'un pays ciblé, c'est la télévision. « Les pays qui disposent d'une forte culture télévisuelle sont généralement des territoires où il faut apporter attention à la langue maternelle de la population si on souhaite joindre cette clientèle cible. » En Europe, par exemple, il existe une règle non écrite qui se nomme EFIGS. « Si une entreprise veut atteindre un maximum de la population du vieux continent, elle a intérêt à ce que ses produits et services puissent être offerts en anglais (E-english), français (F), italien (I), allemand (G-German) et espagnol (S-spanish) », soulève M. Gombert.

L’entreprise de 250 employés Jefo souhaite doubler son personnel d’ici 2025. Pour y arriver, le multilinguisme est une condition sine qua non.

Qui traduit les documents ?

Au départ, Objectif Lune faisait principalement affaires avec des firmes de traduction. « Au fil du temps, nous avons mis en place une équipe de traduction qui compte deux personnes aidées par une dizaine de pigistes. Nous avons également développé nos propres lexiques », indique Didier Gombert.

Même chose au sein du Groupe en informatique et recherche opérationnelle (GIRO). Cette entreprise issue de l'Université de Montréal propose depuis 1979 un logiciel qui permet d'établir les horaires et les circuits des services de transport en commun. Le produit est présent dans plus de 25 pays. « On travaille étroitement avec une firme de traduction pour la plupart des documents traduits. Nous avons également créé un service de rédaction technique qui dispose de ses propres lexiques, principalement pour la réalisation des documents en français et en anglais. Cette équipe compte près d'une dizaine de personnes », fait savoir Paul Hamelin, président de GIRO.

Depuis la création de l'entreprise, dit-il, les logiciels de GIRO ont toujours été traduits dans la langue locale des villes auxquelles ils étaient destinés. Depuis 2013, l'entreprise a également ajouté une version allemande et espagnole à son site web qui était déjà bilingue, signale Paul Hamelin.

Ces multiples attentions envers les langues locales des marchés convoités a permis à GIRO d'enregistrer une croissance de près de 10 % par année depuis sa création. « Une croissance qui dépasse même les 15 % annuels depuis les trois dernières années », précise M. Hamelin. L'entreprise, qui compte 400 employés, devrait franchir le cap des 75 millions de dollars de revenus d'ici la fin de 2018.

Pourquoi pas un revenu d'un milliard ?

Bien qu'elle se montre discrète sur son actuel chiffre d'affaires, Jefo, une entreprise spécialisée dans les solutions nutritionnelles non médicamenteuses pour les animaux, compte bien atteindre le milliard de dollars en revenus d'ici 2025. La PME de 250 employés souhaite également doubler son personnel au cours de la même période. Pour y arriver, le multilinguisme est une condition sine qua non.

Présente dans près de 60 pays, l'entreprise de Saint-Hyacinthe procède présentement à une mise à jour de son site web afin d'améliorer l'accès à différentes langues. Le site, dont la page d'accueil est une mappemonde qui dirige les visiteurs vers leur région, est accessible pour le moment en quatre langues (français, anglais, espagnol et mandarin).

« Nous avons également de nombreux documents qui doivent être traduits en portugais, en russe, en arabe ou en turc », indique Luciana Coura Vivia, coordonnatrice aux communications chez Jefo.

La plupart des documents destinés à l'interne, notamment en français, anglais, espagnol et portugais, sont rédigés par des membres de l'équipe des communications et marketing de Jefo. Ils sont ensuite relus par des employés dont c'est la langue maternelle.

Pour les documents officiels et autres langues, l'entreprise utilise systématiquement des agences de traduction. « Un de nos défis, soutient Luciana Coura Vivia, est de trouver des professionnels qui, en plus d'avoir la connaissance linguistique, comprennent aussi l'industrie de la nutrition animale. » Jefo a introduit récemment un système de mémoire et de gestion des traductions en ligne. Un outil qui permet d'avoir encore plus de cohérence et d'agilité.

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