Nous ne sommes vraiment pas à la fin de l'âge de bière

Offert par Les Affaires


Édition du 16 Juin 2021

Nous ne sommes vraiment pas à la fin de l'âge de bière

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Édition du 16 Juin 2021

Par Denis Lalonde
bières

L’industrie québécoise des microbrasseries regroupe 5000 emplois dans toute la province. (Photo: Tatiana Rodriguez pour Unsplash)

INDUSTRIE DE L'ALCOOL. L’industrie québécoise des microbrasseries est toujours en pleine effervescence, malgré des hauts et les bas depuis le début de la pandémie. Ce qui n’empêche pas qu’elle doit faire face à quelques défis. 

Pénurie simultanée de canettes et de main-d’œuvre, élargissement de la consigne aux bouteilles de vin, de spiritueux et d’eau (ainsi qu’aux contenants de boissons en plastique et aux canettes en aluminium actuellement non consignés) en 2022 : des défis viennent s’ajouter à ceux qui existent déjà dans une industrie « hyperréglementée », estime Marie-Ève Myrand, directrice générale de l’Association des microbrasseries du Québec (AMBQ). 

Quoi qu’il en soit, la demande pour de nouveaux permis de brasseurs industriels et de producteurs artisanaux de bière ne diminue pas. La Régie des alcools, des courses et des jeux recensait, à la fin mai, 279 de ces permis en vigueur, soit plus du double d’il y a cinq ans. 

En 2020, malgré l’environnement économique incertain, 28 nouvelles entreprises brassicoles ont vu le jour, comparativement à 24 en 2019 et à 28 en 2018. « De plus, on ne voit aucun signe de ralentissement pour les demandes des permis depuis le début de l’année. Après, est-ce que toutes ces microbrasseries trouveront leur place au soleil ? C’est difficile à dire », observe Marie-Ève Myrand. 

Chose certaine, une éventuelle sursaturation du marché ne semble pas inquiéter l’industrie pour le moment. « Au Québec, 97 % des volumes produits proviennent des 10 plus grosses microbrasseries. Donc, même s’il y a 30 joueurs de plus dans la province, on parle de volumes beaucoup plus petits et de production locale », ajoute la dirigeante. 

« Il y a encore de la place pour de nouveaux joueurs, affirme Jean-François Nellis, coactionnaire de la microbrasserie gaspésienne Pit Caribou. Éventuellement, il y a une certaine consolidation qui va se faire, mais si on parle de "broue pubs", qui vendent leurs produits sur place, il n’y en aura jamais trop. » 

Même son de cloche du côté de Philippe Dumais, cofondateur et propriétaire de la coopérative de travail À la Fût, de Saint-Tite, en Mauricie. « Des "broue pubs", tu peux en ouvrir à l’infini. Dans les milieux urbains, ils sont en train de remplacer les bars. Mais pour la mise en marché sur les tablettes, il ne pourra pas y avoir d’expansion à l’infini, car les espaces n’agrandissent pas », note-t-il. 

Philippe Dumais soutient d’ailleurs que les épiceries, dépanneurs et boutiques spécialisées sont de moins en moins patients avec des produits qui mettent du temps à se vendre.

 

Une industrie en quête de repères

L’industrie locale aimerait par contre savoir où elle se situe par rapport aux multinationales de ce monde. En 2016, les microbrasseries détenaient 11 % des parts du marché de la bière au Québec, selon l’Étude économique et fiscale portant sur l’industrie microbrassicole au Québec, publiée en août 2018. Depuis ce temps, les chiffres ne sont plus disponibles. 

« Dans certains États américains, les microbrasseries vont chercher plus de 20 % de parts de marché. Nous, on évalue qu’on est à 16 % ou 17 % en ce moment, mais ça reste une estimation », explique Marie-Ève Myrand. Elle souligne que dans certains États américains, comme le Vermont et l’Oregon, les parts de marché peuvent atteindre jusqu’à 25 %. « Est-ce que l’industrie québécoise a atteint le point de rupture ? Je ne pense pas. Par contre, est-ce que j’aimerais savoir où l’on se situe ? Oui, clairement », dit-elle. 

Si l’octroi de nouveaux permis de brasseurs n’est pas une préoccupation pour le secteur, reste qu’il est plus difficile de se différencier actuellement qu’il y a une vingtaine d’années, alors que le Québec comptait une trentaine de microbrasseries. 

Dans le cas de Pit Caribou, l’attachement régional y est pour beaucoup. « Les Gaspésiens, avant d’être Québécois, ils sont Gaspésiens, et ils vendent notre marque comme tu n’auras jamais vu ça de ta vie, raconte Jean-François Nellis. On utilise la Gaspésie pour vendre Pit Caribou et la Gaspésie utilise Pit Caribou pour se vendre. » 

Il rappelle que son entreprise a manqué de plusieurs produits l’été dernier, quand la région a été prise d’assaut par de nombreux touristes en manque de grands espaces. « Tu viens nous voir avec des paysages de cartes postales, et quand tu es de retour à Montréal, au coin de la Métropolitaine et de Papineau et que tu t’ennuies de la Gaspésie, tu te prends une Pit. C’est comme ça qu’on fait notre marketing », dit-il. 

Pour Philippe Dumais, la clientèle la plus fidèle à ses bières sera toujours locale. « Rendus à Montréal, on est un parmi tant d’autres, mais on est un peu plus cowboys, par contre », observe-t-il en riant. 

À la Fût travaille ainsi depuis un an à une refonte de l’apparence de ses contenants, en collaboration avec des illustrateurs spécialisés dans les bandes dessinées westerns. « Le visuel est important pour se différencier, mais c’est avant tout le type de bière qui compte, précise le cofondateur. Les gens s’arrachent les IPA, et les bières aux fruits sont aussi populaires. Après, on se démarque en faisant des collaborations avec d’autres brasseurs, ce qui donne des produits en quantité limitée qui sont très recherchés. » 

Il ajoute que les brasseurs doivent aussi savoir conserver leur identité et résister à l’envie de suivre toutes les tendances. « Une bière au gâteau, ce n’est plus de la bière », illustre-t-il.

 

Des défis réglementaires

L’industrie québécoise des microbrasseries, qui regroupe 5000 emplois dans toute la province, dit aussi être préoccupée par quelques questions réglementaires, dont l’élargissement de la consigne, qui devrait entrer en vigueur à la fin de 2022. 

Selon ce qui est prévu dans la Loi modifiant principalement la Loi sur la qualité de l’environnement en matière de consigne et de collecte sélective — adoptée à l’unanimité à l’Assemblée nationale le 11 mars dernier —, la collecte des contenants vides ne se fera alors plus dans les épiceries et les dépanneurs, mais plutôt dans des centres prévus à cet effet. 

L’AMBQ est préoccupée par les changements proposés. « Comme producteurs de bière, nous vivons avec la consigne depuis 1984. Le système fonctionne bien et on a optimisé le processus de cueillette sélective », rappelle Marie-Ève Myrand. 

Selon elle, les microbrasseurs craignent, lorsque le nouveau système de collecte aura été mis en place, d’avoir plus de difficulté à remettre la main sur des bouteilles de verre, qui peuvent être réutilisées de 10 à 15 fois. 

Quant à la pénurie de canettes liée à la pandémie, la directrice générale estime qu’avec la réouverture des bars et des restaurants, le redémarrage de la demande pour les fûts entraînera un rééquilibre de la demande qui profitera à l’industrie. Elle souhaiterait pouvoir compter sur une usine de fabrication canadienne, alors que les brasseurs du pays doivent en ce moment commander leurs contenants aux États-Unis.

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