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Une nouvelle vocation résidentielle pour le patrimoine religieux

Claudine Hébert|Mis à jour le 13 juin 2024

Une nouvelle vocation résidentielle pour le patrimoine religieux

La municipalité de ­Baie-Saint-Paul a fait l’acquisition de l’ancien couvent des soeurs ­Petites ­Franciscaines de ­Marie en 2017. Le complexe patrimonial de 150 chambres accueille 200 travailleurs employés par le ­Club ­Med de ­Petite-Rivière-­Saint-François. (Photo: courtoisie)

IMMOBILIER RÉSIDENTIEL. Il n’y a pas que les motels qui intéressent les entreprises en quête d’hébergement pour leurs travailleurs étrangers. Plusieurs immeubles du patrimoine religieux québécois font également partie de la solution.

En Gaspésie, l’usine de transformation du homard et du crabe commun, E. Gagnon et Fils, a acheté non pas un ni deux, mais trois presbytères dans un rayon de 20 km autour de l’entreprise. Après avoir acquis les anciennes maisons de curé des paroisses de Percé et de Cap-d’Espoir, l’entreprise de Sainte-Thérèse-de-Gaspé est devenue propriétaire du presbytère de sa municipalité, en juin dernier.

Ces acquisitions, qui totalisent un investissement de plus de 1 million de dollars (M $), permettent de loger une partie de la centaine de travailleurs mexicains qui viennent donner un coup de main de mars à septembre. Ce sont des employés qui travaillent principalement durant les quarts de nuit, précise le dirigeant Bill Sheehan, vice-président de l’usine, qui emploie plus de 500 travailleurs. Le gestionnaire tient à préciser que ces acquisitions coûtaient moins cher que de construire de nouvelles résidences.

 

Pour employés… et travailleurs de passage

Acquis en 2017 par Groupe Rioux, l’ancien presbytère de la fabrique Cœur-Immaculé-de-Marie, à Matane, sert essentiellement à loger des travailleurs de passage dans la région. Grâce à un investissement de 1 M $ (incluant le coût d’acquisition), la structure au toit mansardé a été transformée en huit lofts et sept chambres avec aires communes. « Depuis la fin des travaux au printemps 2022, les sept chambres sont occupées à l’année par une dizaine d’employés de notre hôtel Riotel, à Matane », signale François Rioux, président de Groupe Rioux.

Le dirigeant, qui a supervisé lui-même les travaux de rénovation de l’immeuble, souligne que les huit lofts sont très prisés par la clientèle affaires qui doit prolonger ses séjours dans la région. Notamment lors des mois d’hiver et du printemps. Grâce à cette clientèle, dit-il, le taux d’occupation annuel des lofts dépasse déjà les 75 %.

 

Des couvents qui viennent en renfort

Outre les presbytères, les anciens couvents de religieuses viennent, eux aussi, en renfort. C’est le cas à Saint-Damien-de-Buckland, dans Chaudière-Appalaches, où l’ancienne demeure de la congrégation des Sœurs de Notre-Dame du Perpétuel Secours, située en plein cœur du village, a été transformée en résidence pour travailleurs étrangers et d’ici.

À l’été 2021, la centaine de religieuses qui occupaient les lieux ont été relocalisées dans une résidence pour aînés à Québec. Afin de préserver le patrimoine de sa maison mère, la congrégation a légué cette dernière à la municipalité, en plus d’assortir son don d’un fonds de quelques millions de dollars. Les détails de l’entente demeurent confidentiels, avise le maire de Saint-Damien-de-Buckland, Sébastien Bourget.

Cette enveloppe a permis à la municipalité de revoir l’ensemble des 75 chambres de l’immeuble en plus d’aménager de nouvelles cuisines modernes pour assurer le confort des travailleurs. Depuis juin 2023, l’endroit, rebaptisé Résidence Hana, accueille une bonne soixantaine de travailleurs étrangers issus d’une quinzaine de pays, dont le Mexique, le Guatemala et Madagascar, signale le directeur général de l’endroit, Daniel Trudeau.

En plus d’accueillir ces travailleurs qui sont rattachés à une douzaine d’entreprises de la MRC de Bellechasse, dont Plastique IPL, Les équipements d’érablière CDL et DRB distribution alimentaire, Résidence Hana ouvre également ses portes à des travailleurs du Québec ayant besoin d’un hébergement temporaire dans la région.

« Avec le départ des sœurs, la municipalité a perdu d’un seul coup 6 % de sa population. Grâce à notre service de résidence, on souhaite stimuler l’arrivée d’immigrants au cœur de notre municipalité », raconte le maire Bourget. Une stratégie qui porte ses fruits. Au moins une dizaine de familles venues d’ailleurs ont déjà élu domicile à Saint-Damien-de-Buckland depuis deux ans.

 

Maison Mère Baie-Saint-Paul (BSP)

Dans Charlevoix, la municipalité de Baie-Saint-Paul a, elle aussi, fait l’acquisition d’une maison mère. En 2017, elle est devenue propriétaire de l’ancien couvent des sœurs Petites Franciscaines de Marie. Depuis l’arrivée du Club Med, à Petite-

Rivière-Saint-François, en 2021, le complexe patrimonial de 150 chambres accueille quelque 200 travailleurs employés par l’établissement hôtelier.

En janvier dernier, une entente de 3,6 M $ a même été ratifiée entre Maison Mère BSP et le Club Med Charlevoix afin d’assurer l’hébergement des travailleurs étrangers pour les deux prochaines années. Selon une source de la région, cette entente représenterait tout près de la moitié des revenus nécessaires pour assurer le budget annuel de l’OSBL. Ce que n’a pas voulu confirmer le dirigeant de Maison Mère, Réjean Bernard, ni le maire de Baie-Saint-Paul, Michaël Pilote qui n’a pas rappelé Les Affaires.