Quand le motel vient à la rescousse


Édition du 10 Avril 2024

Quand le motel vient à la rescousse


Édition du 10 Avril 2024

Par Claudine Hébert

Selon Joëlle Ross, directrice générale de Tourisme Gaspésie, ces transformations n’ont pas nui à l’industrie touristique de sa région. (Photo: 123RF)

IMMOBILIER RÉSIDENTIEL. Aux grands maux, les grands moyens. Afin de pallier la crise du logement, investir dans l’hôtellerie est devenu une solution que préconisent quelques dizaines d’entreprises au Québec.

Ainsi, il est de plus en plus fréquent de voir des concessionnaires d’automobiles, des PME manufacturières et agroalimentaires ainsi que des services de santé acquérir un motel pour y loger leurs employés temporaires ou saisonniers.

C’est ce qu’a fait Hervé Gagnon, PDG de la concession automobile Tardif GM, à Amos, pour loger une partie de ses 26 employés originaires des Philippines et de l’Algérie. En 2019, il a fait l’acquisition du motel Le rêve d’or, voisin immédiat de son entreprise.

Le concessionnaire, qui détient également Abitibi Mitsubishi, à Amos, et Rouyn Mitsubishi, a payé un peu plus de 850 000 $ pour mettre la main sur l’établissement d’une vingtaine de chambres (incluant l’achat d’un duplex à Amos, ajoute-t-il). « C’est un risque que nous avons pris, mais on ne regrette pas du tout d’avoir mis en place cette formule d’hébergement transitoire », explique le PDG qui n’utilise que 10 des 20 chambres. Une d’elles a été transformée en cuisine pour ses employés.

Mentionnons qu’Hervé Gagnon n’est pas devenu un hôtelier pour autant. « Bien que le bâtiment appartienne aux actifs de la concession, rapidement, je suis devenu locataire des espaces dont j’ai besoin pour mon personnel », raconte le concessionnaire d’automobiles.

Il mentionne que les opérations du motel, dont au moins dix chambres ont conservé leur vocation initiale pour loger les touristes de passage dans la région, appartiennent à l’entrepreneuse Sylvie Pineault. L’hôtelière dirige également le dépanneur, la billetterie d’autobus ainsi que le service de colis (Fedex-Purolator-Expédibus) qui se trouvent sous le toit du bâtiment. « Elle peut même louer les chambres qui sont réservées à la concession lorsqu’elles ne sont pas occupées », ajoute Hervé Gagnon. Ce qui arrive plus d’une dizaine de fois par année, soulève le concessionnaire.

 

D’autres exemples

À Chibougamau, ne tentez plus de louer une des 64 chambres du motel Harricana. Depuis sa réouverture en décembre 2021, l’établissement accueille exclusivement les travailleurs de l’entreprise Chantiers Chibougamau. La scierie, qui emploie plus de 600 personnes, y loge près de 75 travailleurs à la fois. « Les chambres affichent complet au moins six mois par année, particulièrement à l’hiver et au printemps », fait part Isabelle Boissonneault, gestionnaire de l’hébergement pour l’entreprise.

Et les autres mois de l’année ? « Bien que l’on pourrait louer des dizaines de chambres en période estivale, nous préférons préserver l’exclusivité et la tranquillité des lieux par respect pour nos employés, dont les heures de levée et de coucher ne sont pas très compatibles avec celles des touristes », répond la gestionnaire.

Mentionnons que la société Chantiers Chibougamau, qui détient déjà une trentaine de logements en plus d’en faire construire une vingtaine d’autres pour loger ses employés, n’est pas propriétaire du motel. Elle en est locataire. L’établissement, qui a été fermé pendant quatre longues années, appartient à deux propriétaires hôteliers chibougamois qui détiennent chacun l’hôtel Chibougamau et le motel Nordic. Avant de rouvrir le motel Harricana, les deux hôteliers ont investi plus de 1 million de dollars (M $) pour rafraîchir l’endroit.

D’autres motels, notamment dans l’est de la province, ont, eux aussi, changé de vocation pour loger le personnel étranger ou d’ici à l’année. C’est le cas, entre autres, du motel Le cordon rouge, à Saint-Ulric. En 2021, l’établissement d’une dizaine de chambres est devenu la propriété de Vignoble Carpinteri, à Matane, qui détient l’usine de transformation alimentaire Cuisines gaspésiennes.

En mars 2022, le Centre intégré de santé et services sociaux (CISSS) Îles-de-la-Madeleine a fait l’acquisition de l’auberge Madeli pour un montant avoisinant les 4,2 M $. En plus de transformer une partie du bâtiment de 30 chambres en 15 lofts et deux logements pour accueillir des médecins et autres professionnels de la santé de passage aux îles, le CISSS en a profité pour aménager une soixantaine de bureaux.

 

Des acquisitions qui ne nuisent pas au tourisme

Selon Joëlle Ross, directrice générale de Tourisme Gaspésie, ces transformations n’ont pas nui à l’industrie touristique de sa région. « Si nous avions un taux d’occupation hôtelier de plus de 90 %, ce serait une autre histoire. Mais actuellement, ce taux, même en saison forte, se maintient entre 80 % et 85 %. » De plus, conclut-elle, ces acquisitions touchent principalement de petits établissements qui avaient besoin d’investissement. « Qu’ils deviennent des solutions d’hébergement pour travailleurs dans la région constitue, en soi, une bonne nouvelle pour notre économie. »

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