Une femme de promesse

Publié le 23/06/2021 à 16:21

Une femme de promesse

Publié le 23/06/2021 à 16:21

Par Emmanuel Martinez
Lyne Blanchette avec ses deux garçons, Alex, 16 ans, à gauche, et Francis, 19 ans, à droite.

Lyne Blanchette avec ses deux garçons, Alex, 16 ans, à gauche, et Francis, 19 ans, à droite. (photo courtoisie)

GROS PLAN SUR LE REPRENEURIAT. Il y a de ces promesses qu’on voudrait ne jamais avoir à tenir. Lyne Blanchette l’a vécu lorsque son mari Louis est décédé sans avertissement d’un cancer généralisé non diagnostiqué en 2014.

«Un soir à la maison, il ne se sentait pas bien, puis trois semaines plus tard, il était mort», confie la pharmacienne en entrevue à Les Affaires. Ses deux garçons étaient seulement âgés de 9 et 12 ans.

«Je lui avais fait la promesse que s’il survenait un malheur, je m’occuperais des deux enfants et du Ranch, raconte Lyne Blanchette. Et je suis une fille de promesse. Je vais au bout des choses.»

Elle a donc repris l’entreprise de son conjoint, le Ranch cunicole, qui se spécialise dans la fabrication de cages pour des poules, des lapins et autres petits animaux, ainsi que d’abreuvoirs et de matériel destinés à ceux qui veulent avoir de petits amis à la maison. La PME de Saint-Hyacinthe distribue aussi des incubateurs, des trappes pour la vermine et des produits connexes.

«Pour mon mari, la priorité, c’était ses garçons, le Ranch cunicole et puis moi, dit-elle en riant. Son commerce c’était son bébé. Il l’avait dans la peau.»

 

Saut dans le vide

Malgré l’avis de ses proches, la veuve a décidé de prendre la tête de l’entreprise tout en continuant de travailler comme pharmacienne.

«Je voulais faire cela pour mes gars. Pour qu’ils puissent avoir la possibilité de reprendre l’œuvre de leur père s’ils en avaient envie une fois adulte. Toutefois, je n’allais pas me rendre malade avec ça.»

Loin d’être abattue, celle qui a aussi perdu son père à l’âge de 3 ans s’est investie dans l’entrepreneuriat.

«Je ne connaissais rien de son entreprise. Au début, je n’étais même pas capable d’ouvrir l’ordi. Plusieurs personnes de mon entourage me disaient que j’étais folle de me lancer là-dedans», s’exclame-t-elle.

Lyne Blanchette s’est retroussé les manches. «La réussite n’arrive pas seule, dit-elle. Je travaille 100 heures par semaine.» Elle a aussi su s’entourer et s’outiller : «les employés m’ont tout appris et j’ai suivi des cours et des formations.»

Le résultat? «À l’usine, je n’ai pas l’impression de travailler. Je me sens comme si je faisais du bénévolat, mentionne-t-elle. J’ai l’impression d’aider mes enfants. Le pire, c’est que j’aime ça!»

Son fils aîné de 19 ans veut vraiment poursuivre ce projet. Le plus jeune est aussi très impliqué. Ils se complètent bien. L’aîné est plus attiré par les aspects liés à la production, tandis que le benjamin s’intéresse davantage à la mise en marché. Malgré leur âge, ils sont partie prenante des décisions.

«Depuis le début, je leur dis que s’ils ne veulent plus faire cela, il n’y a pas de problème. Je ne veux pas qu’il y ait de la pression», nous confie Lyne Blanchette.

 

Un confinement réussi

Au-delà de cette réussite familiale, l’entreprise qui emploie huit personnes se porte bien financièrement. Ses ventes ont explosé durant la pandémie. Le confinement a créé un engouement pour l’élevage de poule, de cailles, de chinchilla et d’autres petites bêtes de compagnie. «Notre site web a explosé», selon la patronne.

«On vend aux particuliers sur place et en ligne, mais le gros de nos revenus vient des 450 magasins au Québec et dans les Maritimes qu’on dessert, mentionne-t-elle. C’est environ 90% de notre chiffre d’affaires.»

Des commandes d’Ontario et de l’Ouest du pays ont aussi commencé et un distributeur exporte un de ses produits aux États-Unis. La PME est présente sur Amazon depuis mars.

Elle aimerait bien développer ces marchés et automatiser ses processus de fabrication. «C’est très artisanal pour le moment», remarque Lyne Blanchette.

Mais au-delà de tous ces projets, la femme d’affaires savoure les moments passés avec ses enfants à poursuivre l’œuvre de son défunt mari. Cette cohésion, elle ne l’aurait jamais vécu si le malheur n’avait pas cogné à sa porte.

«Cela m’a aidé à vivre mon deuil, dit-elle. Ma belle-mère et ma belle-sœur travaillent ici. On n’est pas triste. On se sert du négatif pour faire du positif. On est fier. C’est comme si on prouvait à Louis qu’on est capable de mettre à terme son bébé.»

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