Un lien terrestre qui dérange

Publié le 11/02/2012 à 00:00, mis à jour le 09/02/2012 à 10:07

Un lien terrestre qui dérange

Publié le 11/02/2012 à 00:00, mis à jour le 09/02/2012 à 10:07

Par Suzanne Dansereau

L'idée d'un lien terrestre menant au Nunavik est loin d'être bien reçue par les Inuits, qui craignent de voir leur fragile équilibre bouleversé. Ils l'ont fait savoir au ministère des Transports (MTQ) et aux firmes SNC-Lavalin et Génivar lors des audiences publiques tenues à Kuujjuaq le 25 janvier. Ces audiences portaient sur une étude de préfaisabilité pour un lien ferroviaire. Cependant, le MTQ considère aussi l'option d'une route, qui coûterait trois fois moins cher et serait plus facile à bâtir sur le pergélisol.

«Une route, pas question pour nous, a tranché le maire de Kuujjuaq, Paul Parsons. S'il faut choisir entre les deux, on préfère le chemin de fer. Nous ne sommes pas à l'origine de ces projets et nous ne les avons pas approuvés.»

La route coûterait entre 645 millions de dollars (M$) et 1 milliard (G$), tandis que le coût du chemin de fer s'élèverait à 2,5 G$.

Lors des audiences, les représentants de SNC-Lavalin et du MTQ ont fait miroiter les avantages d'un lien terrestre, notamment la réduction du coût des marchandises, en particulier le pétrole et le mazout, dont dépend le Nunavik. «Cela coûtera moins cher pour alimenter vos motoneiges», ont-ils dit à la salle.

Ils ont aussi parlé de création d'emplois, tant pour la construction et l'entretien du lien terrestre que dans les projets miniers qui pourraient se multiplier si ce lien était réalisé.

Cadeau aux minières

Aux yeux d'Allen Gordon, président de la Corporation foncière Nayumivik de Kuujjuaq et directeur de l'Association touristique du Nunavik, le chemin de fer est «davantage un cadeau aux minières qu'aux Inuits». Le lien risque de créer des pressions sur Kuujjuaq, qui n'est pas prête à absorber une affluence de population alors qu'elle manque déjà d'infrastructures, a expliqué Paul Parsons. «On a besoin d'un collège, d'être branchés sur le réseau électrique, de formation pour nos jeunes, tout cela bien avant un lien terrestre», a-t-il précisé.

Les gens de Kuujjuaq, a-t-il poursuivi, «ne veulent pas que leur ville ressemble à Fermont», cette ville minière de la Côte-Nord qui accueille une nouvelle population en raison du boum minier.

Au cours des audiences, plusieurs ont exprimé leur crainte de se faire «envahir» par le Sud. «Nous avons déjà du mal à digérer ce que les Blancs nous ont fait, comme les pensionnats et l'abattage de nos chiens», a dit une dame. D'autres ont plaidé que les caribous qui, avec les poissons, sont le principal moyen de subsistance des Inuits, seraient perturbés par un lien terrestre. Ils considèrent que les transporteurs aériens et maritimes, dans certains cas propriétés des Inuits, suffisent à combler leurs besoins. «Une fois la route construite, rien ne sera plus pareil», a dit Allen Gordon.

LE CHEMIN DE FER COMPARÉ À LA ROUTE

COÛT TOTAL DE CONSTRUCTION

CHEMIN DE FER 2,5 G$

ROUTE 645 M$

POUR UN KILOMÈTRE

CHEMIN DE FER 4,3 M$

ROUTE 1,5 M$

POUR L'ENTRETIEN

CHEMIN DE FER 18 M$

ROUTE 4 M$

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