Renoncer aux avantages de la fonction publique pour devenir entrepreneur


Édition du 07 Avril 2018

Renoncer aux avantages de la fonction publique pour devenir entrepreneur


Édition du 07 Avril 2018

Par René Vézina

Les Brasseurs du Temps produisent leur bière sur place, à Gatineau. [Photo: BDT]

Gatineau — Il existe toutes sortes de parcours entrepreneuriaux, certains plus compliqués que d’autres. Et celui qu’a suivi Alain Geoffroy se situe certainement dans cette dernière catégorie. Avant de devenir président des Brasseurs du Temps (BDT), il a été graphiste, directeur d’un orchestre de chambre, coordonnateur de l’information et de la publicité à l’Université d’Ottawa, dont il a ensuite dirigé le service de la vie étudiante, il est allé après au Collège de l’Outaouais avant de joindre la fonction publique fédérale comme évaluateur des compétences en langue seconde…

Et, entre autres formations, il est détenteur d’une maîtrise en éducation, volet leadership, ce qui n’a certainement pas nui à la suite des choses.

« Au début, la microbrasserie, c’était davantage un passe-temps qu’autre chose », dit-il. Il était au Collège de l’Outaouais quand il s’est associé à Dominique Gosselin, qui brassait de la bière chez lui. Marc Godin, alors rattaché au Centre local de développement de Gatineau, s’est joint à eux et c’est toujours le même trio d’origine qui gère l’entreprise. Et c’est avec fierté qu’il souligne que l’un de leurs produits fétiches, la DumDuminator, est devenue en février 2014 la première bière embouteillée à Gatineau depuis 100 ans !

Même s’il se plaît manifestement dans son nouveau métier, son passage à l’entrepreneuriat n’a pas été instantané. « J’ai conservé pendant quelques années mon travail de fonctionnaire, poursuit Alain Geoffroy, même en m’occupant de la brasserie ». Mais à l’approche de la cinquantaine, il s’est dit que le métier d’entrepreneur à temps plein constituerait un beau projet de pré-retraite. Ses cinq enfants étaient plus vieux, pourquoi ne pas tenter l’expérience ?

Un peu d'histoire

Depuis 2013, il préside donc les Brasseurs du Temps tout en occupant le poste de directeur du service à la clientèle et du restaurant.

Ce bistrot demeure la plus belle vitrine de l’entreprise.

Il est situé dans un bâtiment patrimonial dont l’histoire remonte à 1820, situé juste au bord d’un petit cours d’eau justement appelé le ruisseau de la brasserie.

En fait, à l’époque, l’édifice de pierres abritait une distillerie. Ottawa, alias Bytown, était alors en plein développement et on avait entrepris de creuser le canal Rideau avec des ouvriers venus en bonne partie d’Irlande. Flairant la bonne affaire, le propriétaire de la distillerie, Philémon Wright, a alors décidé de la transformer en brasserie pour se gagner ces nouveaux consommateurs.

Par après, un peu comme Alain Geoffroy lui-même, le bâtiment a connu différentes vocations. Château d’eau, usine de fabrication de haches, écomusée de sciences naturelles… Il était cependant à l’abandon, couvert de graffitis, quand les Brasseurs du Temps s’y sont installés en 2009. Et depuis, il est redevenu populaire tout en changeant la dynamique de ce secteur de la ville qui reprend des forces.

Projets d'avenir

Avec le restaurant, l’entreprise génère des revenus annuels de 4 millions de dollars et emploie 70 personnes. Et les projets d’expansion ne manquent pas.

Il songe, par exemple, à l’ouverture de pubs de quartier, portant la marque BDT. Pour y arriver, il faudrait augmenter la production, ce qui entraîne des frais, et tout doit être bien calculé. Mais le potentiel existe, au point où l’entreprise a été incluse dans le programme PerforME, du gouvernement du Québec, qui vise à soutenir la croissance de PME jugées prometteuses.

Cinq ans après avoir définitivement tourné le dos à la fonction publique pour plonger à plein temps dans son métier d’entrepreneur, arrive-t-il à Alain Geoffroy de regretter la sécurité et le filet d’avantages sociaux dont il bénéficiait autrefois ? À noter, en passant, que BDT en offre à ses employés.

« Sincèrement, je ne me suis jamais attaché à ce fameux filet, donc ça ne me dérange pas, dit-il. En plus, comme entrepreneur, je peux me rendre compte de l’impact de mes décisions. Oui, des fois, ça peut être troublant, mais c’est également stimulant ! »

 

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