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Suivez la tendance du financement vert

Camille Robillard|Édition de janvier 2021

Suivez la tendance du financement vert

Depuis son lancement en 2019, 237 projets ont été financés par le Fonds Écoleader. (Photo: RawFilm pour Unsplash)

FINANCEMENT D’ENTREPRISES. Les PME québécoises n’ont d’autre choix que d’entreprendre ou de poursuivre leur transition écologique si elles veulent tenir compte de la crise climatique et s’inscrire dans le mouvement mondial. Par ailleurs, comme les institutions financières suivent les tendances du marché, les programmes de financement visant à soutenir une économie verte se multiplient.

«Il y a beaucoup d’expertises et de programmes, mais l’entreprise manque de ressources, de temps et de connaissances» pour entamer un projet en développement durable, estime Nicolas Girard, directeur général du Fonds d’action québécois pour le développement durable (FAQDD). Il qualifie d’ailleurs le Fonds Écoleader — que son organisme coordonne depuis septembre 2019 — de «porte d’entrée» pour les entreprises qui veulent amorcer une telle démarche.

En plus d’informer les entreprises sur les différentes sources de financement liées aux pratiques d’affaires écoresponsables et aux technologies propres offertes au Québec par l’entremise d’un réseau d’agents régionaux, ce fonds leur propose un ensemble de programmes d’aide financière totalisant 18,5 millions de dollars.

Dans le même esprit, la Banque de développement du Canada (BDC) offre un accompagnement adapté aux entreprises écoresponsables, ainsi qu’à celles qui ont — ou souhaitent obtenir — la certification B Corp (remise à des entreprises qui «génèrent des gains sociaux et environnementaux positifs»). «On tente également d’influencer le milieu des affaires, parce que [l’écoresponsabilité] devient une tendance de marché», souligne Sophie Bazinet, directrice du Centre d’entrepreneurship de Montréal de la BDC.

Même chose du côté d’Investissement Québec, qui travaille à la conception d’une initiative qui aidera les entreprises à être «plus vertes et plus compétitives». Celle-ci devrait voir le jour dans l’année à venir, selon sa première vice-présidente aux stratégies et aux solutions d’affaires, Sylvie Pinsonnault. L’année dernière, la coopérative horticole Groupex, qui réunit des entreprises en jardinage et en aménagement extérieur, a fait ses premiers pas en matière de développement durable en mettant sur pied un inventaire des émissions de gaz à effet de serre pour ses 113 membres, grâce à l’appui du Fonds Écoleader.

 

Complexité des demandes

Myriam Dumont-Breton, responsable du développement durable à Groupex, raconte qu’il lui a fallu beaucoup de temps et de recherche avant de trouver du financement qui répondait aux besoins de la coopérative. «C’est souvent ce qui est difficile avec les différents programmes, fait-elle remarquer. C’est tellement obscur, tellement compliqué et long de monter les dossiers que la plupart du temps, les gens vont abandonner», se désole-t-elle. Elle croit d’ailleurs que la complexité des demandes peut constituer un frein au développement écoresponsable, même auprès des membres de la coop les plus convaincus.

Pour certains, la transition écologique est perçue comme un risque, tout comme une nécessité. «C’est nouveau pour eux, souligne Myriam Dumont-Breton. On est encore à démontrer que ce sont des pratiques qui peuvent être rentables.» Pour réduire les inquiétudes, la coopérative considérait comme nécessaire de se tourner vers des programmes de subventions ciblés plutôt que vers des prêts ouverts à tous.

De son côté, Louis Drouin, président et directeur général de l’entreprise d’emballage et d’impression Lico, a fait appel au cabinet-conseil en responsabilité des organisations Agéco, un partenaire du Fonds Écoleader, pour élaborer un plan stratégique destiné à «se positionner comme manufacturier écoresponsable».

L’objectif du projet de virage vert de l’entreprise de Baie-Saint-Paul est de comprendre comment elle peut «agir de façon pertinente en matière d’environnement» tout en évitant de tomber dans le piège de l’écoblanchiment (green washing). C’est pour cette raison que Louis Drouin s’est tourné vers un fonds axé sur l’écoresponsabilité plutôt que vers du financement général qui pourrait, croit-il, «par ses critères, être beaucoup plus tourné vers des considérations de productivité, par exemple».

 

L’importance de la mise en relation

Au-delà de la compétition entre les acteurs du milieu, Nicolas Girard croit qu’il est essentiel de mettre en relation différents experts en écoresponsabilité pour avoir une réelle incidence, car la valorisation de l’écoresponsabilité passe par la création d’un écosystème axé vers cet objectif. «Ce qu’on veut faire, avec le Fonds Écoleader, résume-t-il, c’est d’aider ces spécialistes à faire connaître leurs expertises et les possibilités pour les entreprises.»

Cette mise en relation est une chance d’«obtenir de la visibilité par rapport à [son] projet», note Louis Drouin. Un coup de pouce qui n’aurait peut-être pas été possible si l’entreprise s’était tournée vers un fonds ouvert à tous pour obtenir du financement.