Abitibi Géophysique lance le tout premier drone magnétométrique

Publié le 01/06/2015 à 16:25

Abitibi Géophysique lance le tout premier drone magnétométrique

Publié le 01/06/2015 à 16:25

Un tiens vaut mieux que deux tu l’auras, dit l’adage. C’est aussi ce que semblait dire Abitibi Géophysique lorsque, fin avril, elle a présenté à l’industrie le tout premier drone de levés magnétiques, baptisé AéroVision.


« Beaucoup de gens en parlaient, disaient qu’ils étaient en train d’en développer un », mentionne Pierre Bérubé, président d’Abitibi Géophysique. « Nous, on n’en a pas parlé. On attendait qu’il soit prêt et efficace. » Après des années d’attente parsemées de rumeurs, c’est finalement du côté de l’Abitibi que le petit bolide prend son envol sur le marché.


La magnétométrie consiste à mesurer les variations locales du champ magnétique. Elle permet de détecter soit directement des minerais dans le sol, soit indirectement de compléter la cartographie géologique (en révélant des failles géologiques par exemple). Elle occupe une place centrale en exploration minière parce que les structures géologiques sont généralement cachées et affleurent rarement à la surface.


« Le magnétisme est employé, systématiquement ou thématiquement, dans tous les programmes d’exploration », rappelle M. Bérubé. « C’est la méthode la plus utilisée [en exploration] et on est les premiers au monde à lancer un drone. » Les levés magnétiques se font généralement soit au sol, soit en hélicoptère ou en avion.


Mais nul besoin de marcheurs ni de pilotes désormais. Prenant ses levés à tous les deux mètres, AéroVision se dirige grâce à un altimètre laser couplé d’un pilote automatique guidé par GPS. Il ne nécessite ni quadrillage ni coupe de ligne. Fonctionnant à batterie, il ne consomme aucun carburant.


On peut s’étonner qu’il ait fallu tant de temps pour développer un tel appareil. Après tout, ne s’agit-il pas de simplement arrimer un magnétomètre sur un drone quelconque? Que nenni, répond M. Bérubé. « Ce n’est pas comme mettre une caméra sur un drone Radio-Shack », répond-il. « Il faut que tu t’assures que ton aéronef ne produise pas lui-même de champ magnétique qui contamine ta mesure. »


L’engin est le résultat d’une triple collaboration. Le magnétomètre a été développé par la société torontoise de recherche et développement en géophysique GEM Systems. Le drone retenu est, quant à lui, déjà un chouchou de la météorologie américaine : le Tempest a d’abord été commandé en 2008 à UASUSA pour étudier les tornades. Le Naval Research Laboratory l’a d’ailleurs mis à l’essai en le propulsant en ballon à plus de 17 500 mètres d’altitude afin qu’il déploie des sondes –un périple où l’appareil n’a pas eu à utiliser son moteur une seule fois.


« Les drones quadricoptères sont faciles à manipuler, mais ils consomment 90 % de leur énergie à se maintenir dans les airs », dit M. Bérubé. « Le Tempest réduit de deux à quatre fois le coût de ces levés-là, selon l’ampleur des projets. » Un levé qui, au sol, coûte $250 du kilomètre ne coûtera plus, avec AéroVision, que $100 –voire moins, selon lui.


Quant à Abitibi Géophysique, elle jouit de l’exclusivité du service et ce, de manière indéfinie. « On est prêt, on prend les commandes », se réjouit M. Bérubé. « On a déjà plusieurs contrats signés au Canada. À l’étranger, il faut attendre de voir les réglementations. » La société aurait d’ailleurs déjà reçu des appels d’Arabe Saoudite, du Chili, de Turquie et d’Australie. Le drone suscite l’intérêt des sociétés minières pour des questions de coût et d’efficacité, mais également de sécurité –les accidents d’hélicoptère ou d’avion ne sont pas rares dans le domaine.


Ce n’est pas la première fois que la société de Val-d’Or se trouve à parapher des innovations géophysiques. Elle a signé, début mai, une entente avec la Société pour le développement minier de la Côte-d’Ivoire afin que celle-ci puisse utiliser la sonde électromagnétique ARMIT, développée par le Royal Melbourne Institute of Technology (RMIT) mais dont Abitibi Géophysique détient la licence exclusive pour 20 ans.


On lui doit également la technologie de polarisation inversée IPower3D, récemment adaptée à la méthode 2D, ainsi que la distribution de Gravilog, un instrument délicat de gravimétrie d’abord développé en laboratoire par la société ontarienne Scintrex mais adapté au terrain par Abitibi Géophysique.


Bref, à l’image de son tout nouveau joujou, la PME valdorienne a le vent dans les voiles. Elle est présentement à la recherche de partenaires qui puissent offrir ses technologies dans d’autres juridictions minières. Outre la Côte-d’Ivoire, elle a signé une entente au Maroc et mène des négociations dans huit autres pays.

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