Nées à l'étranger, en affaires au Québec

Offert par Les Affaires


Édition du 31 Mai 2014

Nées à l'étranger, en affaires au Québec

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Édition du 31 Mai 2014

«Les femmes d’ailleurs souffrent d’un stéréotype double: elles vivent à la fois les stéréotypes liés au sexe et le fait d’être une femme d’ailleurs.»–Hélène Lee-Gosselin, professeure titulaire au Département de management de l’Université Laval

On n'associe pas d'emblée entrepreneuriat et immigration au féminin. Pourtant, les femmes immigrantes qui démarrent une entreprise sont bien là. Elles se lancent, osent, et les services d'aide à l'entrepreneuriat s'adaptent.


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Il suffit d'assister à une rencontre informative d'un organisme de démarrage d'entreprises pour constater que les femmes issues de l'immigration y sont grandement représentées. Elles veulent ouvrir tantôt une garderie, tantôt un service de restauration ou se lancer plutôt dans l'importation, les trois secteurs où elles sont les plus nombreuses.


À l'organisme SAJE accompagnateur d'entrepreneurs, à Montréal, on confirme que les immigrantes sont nombreuses à se lancer dans l'aventure entrepreneuriale. Dans la dernière année, des 541 femmes qui y avaient entrepris des démarches, 169 étaient nées à l'extérieur du pays, soit une proportion de 31 %. Les hommes immigrants, en comparaison, représentaient 25,8 % de la clientèle masculine du SAJE. «Nous voyons clairement une augmentation depuis 2000, ajoute Michel Fortin, directeur général du SAJE, alors que ce groupe de femmes représentait plutôt 5 % des entrepreneures.»


La chercheuse Hélène Lee-Gosselin, professeure titulaire au Département de management de l'Université Laval, a voulu comprendre les motivations et les embûches de ces femmes entrepreneures. Elle publiait en début d'année une étude intitulée «Portrait et réalités des femmes entrepreneures immigrantes à Québec», pour laquelle elle a sondé 25 entrepreneures de la région de Québec, venant principalement d'Amérique latine et d'Afrique.


«Une réalité particulière des femmes issues de l'immigration est que, en arrivant ici, elles affrontent un très grand défi d'insertion professionnelle. Dans bien des cas, leur diplôme n'est pas reconnu. Elles ne peuvent pas faire le même genre de pratiques qu'elles faisaient chez elles, et en plus, elles vivent une discrimination sur le marché du travail, qui est bien documentée», avance Mme Lee-Gosselin pour expliquer le saut entrepreneurial chez ce groupe de femmes. Pour certaines, la mise sur pied de leur propre entreprise serait une façon de se prendre en main, de ne pas se contenter d'un emploi qui sous-utilise leurs compétences.


Michel Fortin fait le même constat. «Le taux de chômage est assez élevé chez les immigrants et, pour certains, l'idée est de créer leur propre emploi.»


Des embûches de taille


Les immigrantes éprouvent généralement plus de difficultés que les autres groupes d'entrepreneurs. Elles ne bénéficient pas du même réseau que les femmes nées ici et, comme tout immigrant, elles doivent mener à bien leur insertion sociale avant de penser à réussir un virage entrepreneurial.


Si les femmes doivent souvent composer avec quelques préjugés défavorables dans le milieu des affaires, celles qui sont nées à l'étranger font face à un double défi. «Les femmes d'ici disent, de façon répétée, qu'elles ont besoin de construire la confiance que les banquiers, les fournisseurs leur témoignent, explique Hélène Lee-Gosselin. Mais les femmes d'ailleurs souffrent d'un stéréotype double : elles vivent à la fois les stéréotypes liés au sexe et le fait d'être une femme d'ailleurs.»


Dans son étude, la chercheuse, également membre du Réseau québécois en études féministes, rapporte le sentiment d'une entrepreneure qui dit «ne pas maîtriser les codes nécessaires pour rassurer les institutions financières».


Ces «codes» culturels jouent parfois aussi contre les femmes immigrantes, dans leur rapport avec la clientèle, comme le souligne Michel Fortin. «Elles ont souvent besoin d'aide relativement à leur plan de commercialisation, à la manière d'approcher la clientèle, aux façons de mieux connaître leur marché.»


Mais les principales difficultés se situent bien souvent, et comme pour beaucoup d'entrepreneures nées au Québec, à l'étape du financement. Plusieurs immigrants ont un dossier de crédit insuffisant ou n'ont pas de garantie à offrir, comme l'explique Michel Fortin.


D'où l'importance, pour les organismes qui oeuvrent auprès de ces clientèles, de bien les connaître.


Un nouveau programme


Chez Femmessor-Montréal, où près de la moitié des demandes d'information (46 %) et de financement (44 %) venaient d'immigrantes dans la dernière année, on a mis sur pied différents programmes de financement consacrés à ces femmes. Après un premier projet réalisé conjointement avec Condition féminine Canada, où 80 femmes ont suivi des ateliers de formation et reçu de l'aide au financement, un nouveau programme est en cours depuis janvier 2014. Le projet «Prospérer ici, venue d'ailleurs» vise à accroître la prospérité des immigrantes.


Si les programmes qui s'adressent spécifiquement aux femmes issues de l'immigration ne manquent pas, la directrice générale de Femmessor-Montréal, Karen Lehrhaupt, est néanmoins d'avis qu'ils gagneraient à être encore mieux adaptés. «Il existe énormément de services, mais ils sont sous-utilisés et on aimerait savoir pourquoi. Il y a un fossé entre le nombre de demandes et ce qu'on réussit concrètement à financer.» Pour Mme Lehrhaupt, les femmes immigrantes entrepreneures ne manquent pas, mais il faut encore travailler à s'adapter à différentes réalités culturelles si on veut leur permettre de vraiment réussir en affaires.


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Présenté par Desjardins
Avec la collaboration de Femmessor, la Caisse de dépôt et placement du Québec et PwC.


Entreprendre au féminin
Dans cette grande série, qui paraît toutes les deux semaines, nous vous présentons le parcours d'entrepreneures de tous horizons, nous examinons des enjeux liés à l'entrepreneuriat féminin, et nous donnons la parole à de grandes personnalités féminines du milieu des affaires québécois.

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