Entreprendre au féminin: Les femmes entreprennent-elles plus en famille?

Offert par Les Affaires


Édition du 13 Septembre 2014

Entreprendre au féminin: Les femmes entreprennent-elles plus en famille?

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Édition du 13 Septembre 2014

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Les entrepreneures sont-elles plus portées que les hommes à se lancer en affaires avec des membres de leur famille ? Si les statistiques appuyant cette théorie sont pratiquement inexistantes, quelques experts confirment le phénomène. Explications.

«Il n'existe aucune statistique qui confirme cette tendance, dit d'emblée le professeur agrégé au Service de l'enseignement du management à HEC Montréal, Luis Cisneros. Mais ce qu'on observe, notamment dans les cas de reprises familiales, c'est que les femmes ont plus tendance à s'entourer des membres de leur famille.» Elles seraient ainsi plus enclines à rallier des membres de la famille actionnaires, qui ne travaillent pas nécessairement au sein de l'entreprise, selon M. Cisneros, également directeur du Centre international des familles en affaires.

Louise Cadieux, professeure titulaire en management à l'Université du Québec à Trois-Rivières et codirectrice de l'Institut de recherche sur les PME, estime pour sa part, toujours dans le cas des reprises, que les femmes sont plus nombreuses que les hommes à reprendre les rênes de l'entreprise familiale.

Elle apporte cependant une nuance dans le cas des démarrages d'entreprises. «La même logique est à l'oeuvre, qu'on soit un homme ou une femme : quand ils démarrent, les entrepreneurs collaborent très étroitement ou s'associent avec des membres de leur famille, puisque ce sont les premières ressources disponibles. La plupart des femmes entrepreneures que j'ai rencontrées fondaient une entreprise avec leur conjoint. Mais l'inverse est souvent vrai.»

Une simple question de perception ?

Le professeur titulaire au Service de l'enseignement du management à HEC Montréal, Louis-Jacques Filion, fournit une explication bien simple à cette perception des entrepreneures nombreuses dans les entreprises familiales. Et si cela était dû au fait que les entrepreneures sont simplement de plus en plus nombreuses au Québec ? Puisque les entreprises de la province sont majoritairement familiales, dans 70 % des cas, et que les femmes investissent de plus en plus le champ des affaires, il est logique qu'elles se trouvent entourées des membres de leur famille.

«Le fait que les entreprises familiales soient en si grand nombre n'est pas un phénomène nouveau, explique Louis-Jacques Filion. Ce qui est nouveau toutefois, c'est que de plus en plus de femmes soient le moteur d'une entreprise, qu'elles assument des rôles plus senior. Il y a de plus en plus de femmes qui jouent des rôles clés.»

«La progression des femmes qui créent une entreprise au Québec est d'environ 1 % par année, alors évidemment le phénomène se répercute sur les projets familiaux», ajoute-t-il.

Dans son rapport «Portrait statistique des femmes entrepreneures» de 2000, le ministère de l'Industrie et du Commerce du Québec indique que le tiers des entrepreneurs du Québec sont des femmes et que le taux de croissance du nombre de femmes entrepreneures est plus important que celui du nombre d'hommes. Les données de 2010 d'Industrie Canada démontrent quant à elles qu'au Québec, 19 % de l'ensemble des petites entreprises appartiennent majoritairement à des femmes. Il est donc tout naturel que les femmes soient de plus en plus visibles au sein des entreprises familiales.

Ce qu'elles en retirent

Pour tenter d'expliquer la plus forte présence des femmes dans le cas des reprises familiales, Louise Cadieux avance l'idée que ces dernières miseraient davantage que les hommes sur la conciliation travail-famille dans leur décision.

Une hypothèse que partage également Luis Cisneros. «Le fait d'intégrer des membres de la famille permet éventuellement aux femmes de partager les responsabilités et le temps pour mieux concilier [vie familiale et vie professionnelle]. C'est une tendance qu'on observe chez les femmes, plus que chez les hommes.»

Les femmes auraient aussi tendance à percevoir davantage l'entreprise familiale comme un patrimoine, qui doit à long terme épauler la famille, ajoute-t-il.

Sylvie Paradis, présidente de l'entreprise d'interventions en ressources humaines Tout de go, incarne bien le modèle d'une entrepreneure qui s'est tournée vers les ressources familiales. Son entreprise étant bien en place depuis 20 ans, elle s'est associée à l'un de ses frères en 2013, alors qu'il entamait un changement de carrière.

«Un des avantages certains était que j'étais en confiance, raconte MmeParadis. Je ne doutais pas de son intégrité, je savais qu'il ne voudrait pas faire les choses différemment de ma vision.»

Évidemment, un partenariat de ce type comporte quelques risques. Le danger avec un membre de sa famille, croit Sylvie Paradis, est qu'il est facile de faire fausse route en croyant connaître son partenaire, alors que ses forces et ses faiblesses ne se révèlent pas de la même manière en affaires. «On pense bien connaître l'autre personne, mais on peut être déçu, ou avoir tendance à le surévaluer ou à le sous-évaluer.»

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