Les nuages se dissipent au-dessus du marché du carbone

Offert par Les Affaires


Édition du 09 Septembre 2017

Les nuages se dissipent au-dessus du marché du carbone

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Édition du 09 Septembre 2017

Jerry Brown

DOSSIER ÉNERGIE - On s'inquiétait de sa survie il y a quelques mois, mais ce n'était qu'une éclipse : le marché du carbone est bel et bien vivant et il est là pour rester. Non seulement les ventes aux enchères du 16 mai sont revenues à des niveaux respectables, mais les observateurs prédisent une ruée lors des deux dernières enchères de 2017, qui signeront la fin de la deuxième période de conformité.


Le faible taux de vente des enchères du 22 février, où seulement 1,5 million d'unités avaient été vendues (18 % du total), avait provoqué un vent de pessimisme chez plusieurs observateurs. Certains allaient même jusqu'à prédire l'effondrement pur et simple du marché.


Le marché du carbone traversait alors une grave période d'incertitude en Californie. Incertitude juridique d'abord, parce qu'il était attaqué en justice par une chambre de commerce qui le décrivait comme une «taxe». Incertitude politique ensuite, puisque la poursuite du marché du carbone au-delà de 2020 devait parallèlement être approuvée par l'assemblée législative de l'État.


Dans ce contexte, les entreprises californiennes ont préféré suspendre leurs achats de droits d'émission. La première incertitude a été partiellement levée en avril, lorsque la Cour d'appel de la Californie a confirmé la légalité du marché du carbone. Cette décision s'est traduite par une augmentation des ventes lors des enchères du 16 mai, où les 8,7 millions d'unités disponibles ont été vendues, à un prix au-dessus du prix plancher.


Depuis, la seconde et dernière incertitude a, elle aussi, été levée. En juillet, le gouverneur californien Jerry Brown a effectivement convaincu les élus de reconduire le marché jusqu'en 2030. Il n'y a donc plus aucun obstacle sur sa route.


La ruée du «last call»


«Maintenant que l'incertitude est levée, il devrait y avoir une ruée aux enchères du 15 août» croit Pierre-Olivier Pineau, titulaire de la Chaire de gestion du secteur de l'énergie de HEC Montréal. «En 2016 et au début de 2017, les entreprises assujetties n'ont pas acheté autant de droits qu'elles auraient dû, donc il y a un gros déficit. C'est moins de la moitié des émissions qui sont actuellement couvertes par les achats.»


Outre celle du 15 août, il ne restera plus aux entreprises qu'une seule vente aux enchères pour couvrir la totalité de leurs émissions. La deuxième période de conformité prendra fin le 31 décembre 2017.


Aux enchères de mai, le prix avait grimpé à 13,80 US $, au-dessus du prix plancher de 13,57 US $. Selon Jean Nolet, président-directeur général de la Coop Carbone, il sera encore plus élevé lors des deux dernières enchères. Pour les entreprises canadiennes, toutefois, cette hausse sera en partie compensée par la force du dollar canadien.


Est-il possible que certains émetteurs québécois aient préféré attendre en pariant sur un possible effondrement du marché du carbone ou, sinon, sur la clémence du gouvernement du Québec en cas de non-conformité ?


«Je crois que c'est possible si on regarde le bas niveau de ventes en 2016 et au début de 2017», dit M. Pineau. «Certains émetteurs peuvent se dire que le gouvernement ne pourra pas se permettre d'imposer des pénalités très sévères s'ils ne couvrent pas leurs émissions. Ceci dit, c'est un pari très risqué pour l'image publique de ces entreprises parce qu'on pourra les connaître.»


Pour la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, l'attentisme de certaines entreprises pourrait s'avérer coûteux. «Parier sur l'effondrement d'un marché, c'est aller à l'extrême», estime Michel Leblanc, président et chef de la direction. «Je crois que la stratégie que les entreprises ont adoptée, c'est de parier qu'on ne paiera pas plus cher si on attend et qu'il vaut mieux vaut garder ses options ouvertes. Si elles découvrent que cette stratégie n'est pas payante, cela lancera un signal qu'à l'avenir, il leur faudra se montrer prudentes.»


Le post-2020


Le marché du carbone devrait subir quelques ajustements dans sa version 2020-2030. Côté québécois, le gouvernement a finalement renoncé à réduire les droits d'émission qu'il accorde gratuitement au secteur industriel, reconnaissant ses efforts passés et soucieux de préserver la compétitivité de ses entreprises.


Côté californien, il est question de réduire la proportion de crédits compensatoires qu'un émetteur peut acheter (de 8 % à 4 %), mais surtout d'imposer un plafond au prix des émissions - une façon d'assurer aux entreprises qu'il n'y aura pas trop de surenchère.


Une mesure qui laisse M. Pineau perplexe : «À partir du moment où on met un prix plafond, on enlève l'idée de dissuader les émetteurs, puisque le prix ne peut pas dépasser un certain point et qu'ils peuvent donc se payer leurs émissions. C'est moins souhaitable du point de vue des émissions de GES.»


Pour M. Nolet, si le prix ne peut plus vraiment fluctuer entre son plancher et son plafond, tout le marché revient ni plus ni moins à une taxe.


Dans un marché où les juridictions mettent dans le même panier tous leurs droits d'émission, Québec peut-il rater son objectif de réduire d'ici 2020 ses émissions de GES de 20 % sous le niveau de 1990 ? «On ne peut pas ne pas atteindre notre objectif, dit M. Nolet. Et ce n'est pas avec des réductions internes qu'on l'atteindra, mais en allant chercher des émissions ailleurs. Cela devient moins ardu d'atteindre les buts fixés quand on joint ses objectifs.»


Encore faut-il que la Californie ait suffisamment de droits d'émission «en trop» pour éponger celles du Québec, note toutefois Pierre-Olivier Pineau.


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