Électricité zéro émission: le Québec peut aider le Canada


Édition du 21 Septembre 2022

Électricité zéro émission: le Québec peut aider le Canada


Édition du 21 Septembre 2022

Par Katia Tobar

Le rapport de la Fondation David Suzuki parle de construire chaque année en moyenne plus de 2200 nouvelles éoliennes de 4 MW et plus de 160 nouveaux parcs solaires de 10 MW. (Photo: 123RF)

EFFICACITÉ ÉNERGÉTIQUE. En choisissant de harnacher ses grandes rivières, le Québec s’est assuré de produire pour les générations futures une énergie sans émissions. Mais face à la demande croissante en électricité, la province peut-elle contribuer à l’objectif canadien de mettre en place un réseau électrique carboneutre d’ici 2035 afin d’atteindre les cibles climatiques du pays ?

« Il est possible de produire de l’électricité fiable, abordable et sans émissions d’ici 2035 au Canada, et de répondre à la demande d’électricité même si l’économie croît et s’électrifiera davantage d’ici 2050 », conclut un rapport de la Fondation David Suzuki, publié en mai et intitulé « Virage énergétique : de l’électricité zéro émission partout au Canada d’ici 2035 ». Ce rapport s’appuie sur un travail de modélisation du système électrique priorisant les énergies renouvelables solaire et éolienne, le stockage de l’énergie, l’efficacité énergétique et le transport interprovincial pour atteindre les objectifs du gouvernement.

« Une des raisons de la modélisation était de montrer les avantages d’une coopération entre les provinces », indique Tom Green, conseiller senior des politiques climatiques de la Fondation, en entrevue avec Les Affaires. La variabilité des énergies éolienne et solaire, en fonction du climat et de l’emplacement géographique, pourrait être compensée par des « interconnexions » entre l’est et l’ouest du pays, dit-il, comme avec le projet de la boucle de l’Atlantique, qui permet aux électrons verts de voyager entre le Québec, le Nouveau-Brunswick, la Nouvelle-Écosse, l’Île-du-Prince-Édouard et Terre-Neuve-et-Labrador.

Selon le scénario le plus ambitieux de la Fondation David Suzuki, miser sur les énergies renouvelables permettrait d’atteindre « 27 % des réductions totales nécessaires » aux objectifs de carboneutralité du Canada et de créer « 75 000 emplois » par année pour la construction, l’exploitation et l’entretien de nouvelles éoliennes, des panneaux solaires et des lignes de transport d’électricité.

Rappelons qu’en matière d’émissions de gaz à effet de serre (GES), le Canada vise la carboneutralité d’ici 2050 au pays et souhaite rapporter ses émissions de GES de 40 % à 45 % sous les niveaux de 2005 d’ici 2030.

En 2020, le secteur de l’électricité était le sixième poste d’émissions de GES au pays, avec 8,4 % des émissions totales nationales, soit 56 mégatonnes (Mt) d’équivalent CO2, selon la Régie de l’énergie du Canada.

 

« Ça va être dur »

Selon Normand Mousseau, professeur de physique et directeur scientifique de l’Institut de l’énergie Trottier à Polytechnique Montréal, les objectifs de réduction des émissions GES du Canada sont inatteignables.

« Nous, on pense que si on atteignait de 20 % à 25 % au fédéral, ce serait déjà presque miraculeux. »

En ce qui concerne l’objectif d’un réseau électrique carboneutre, le professeur pense que « c’est jouable, mais ça va être dur ».

Plus précisément, le rapport parle de construire chaque année en moyenne plus de 2200 nouvelles éoliennes de 4 MW et plus de 160 nouveaux parcs solaires de 10 MW, soit d’ajouter environ 250 000 MW d’électricité éolienne d’ici 2050, selon le scénario le plus ambitieux.

En comparaison, l’Allemagne prévoit ajouter 10 GW d’énergie éolienne par année, précise le rapport, afin de faire face aux restrictions dans l’approvisionnement en gaz naturel par la Russie.

La situation en Europe offre d’ailleurs des occasions économiques pour les entreprises québécoises, comme l’« exportation de technologies et de savoir-faire », mentionne Tom Green. Quant à la guerre en Ukraine, elle « a démontré les risques d’être dépendants des énergies fossiles et comment les prix peuvent changer drastiquement », note-t-il.

Dans le contexte géopolitique actuel, miser sur les énergies renouvelables serait « une façon de maintenir l’accès à une électricité abordable, car elles sont de moins en moins chères », assure-t-il. Un rapport de l’Agence internationale de l’énergie, datant de 2020, confirme en effet que « les projets solaires offrent désormais une électricité parmi les moins chères jamais vues ».

Mais pour Normand Mousseau, nous serons confrontés à un problème mondial d’approvisionnement.

« Qui va les construire, ces éoliennes-là, s’interroge-t-il ? On a du mal à avoir des pièces pour remplacer des « stores », donc qui va faire les pièces pour les éoliennes, si on double ou triple la demande en quelques années ? »

 

***

De nouveaux barrages hydroélectriques

Au cours de la campagne électorale, François Legault a mis sur la table la possibilité de construire de nouveaux barrages hydroélectriques pour faire face à la demande croissante en électricité, estimée à 12 % selon le dernier plan d’approvisionnement d’Hydro-Québec. Après cette annonce, Maxence Huard-Lefebvre, porte-parole d’Hydro-Québec, a précisé que la société d’État se concentrait sur l’efficacité énergétique, l’augmentation de la puissance de certaines centrales et sur le développement de nouveaux projets éoliens.

À la suite d’appels d’offres, Hydro-Québec étudie d’ailleurs 24 soumissions visant la production de 300 MW d’électricité de source éolienne et de 480 MW provenant de sources renouvelables.

« Nous n’avons actuellement pas de projet de nouvelle centrale hydroélectrique en développement, a-t-il précisé. Cela dit, nous ne pouvons pas exclure tout nouveau projet hydroélectrique à l’avenir. D’ailleurs, nous poursuivrons notre évaluation des sites qui présentent le meilleur potentiel de développement de capacité hydroélectrique. »

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