Fatih Birol, ou le «héros inattendu» du climat

Publié le 18/09/2023 à 18:26

Fatih Birol, ou le «héros inattendu» du climat

Publié le 18/09/2023 à 18:26

Par AFP

À la tête de l’AIE depuis 2015, après en avoir été économiste en chef, «dr Birol» a entrepris d’en «moderniser la stratégie». (Photo: Getty Images)

Paris — Il est devenu le «héros inattendu» du combat climatique: Fatih Birol, directeur de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), porte dans toutes les grandes arènes mondiales la cause de la sortie du pétrole et de l’essor des énergies propres en faveur du plus grand nombre.

Que de chemin parcouru depuis 1974 et la création de cette institution, installée par l’OCDE après le choc pétrolier pour faciliter l’approvisionnement en or noir des pays riches.

Aujourd’hui, Fatih Birol est partout. À Davos, au G20, à l’ONU… cet homme rond au sourire facile, mais aux messages implacables défend la transition énergétique, rapports chiffrés de l’AIE à l’appui, visiblement sans crainte de déplaire.

«Je suis très franc, et je crois dans les chiffres», résume l’économiste turc de 65 ans, dont 35 à suivre les énergies. Le reste «c’est Parole, parole, parole, la chanson de Dalida».

«Tout le monde n’est pas d’accord avec nous, mais personne ne conteste la rigueur de nos analyses», constate-t-il lors d’un entretien avec l’AFP, au siège de l’AIE, à deux pas de la tour Eiffel.

Le tournant pris par l’AIE est apparu de manière éclatante en mai 2021, avec la publication d’une feuille de route «pour la neutralité carbone en 2050».

Parmi ses préconisations, un message choc: renoncer dès «maintenant» à tout projet d’extraction pétrolière ou gazière. De quoi devenir la bête noire des pétroliers.

Ce rapport a ouvert «la fenêtre des possibles», quant au déploiement rapide des énergies bas-carbone, relève Gernot Wagner, économiste à la Columbia Business School.

 

«Héros inattendu»

Il valut à Fatih Birol d’intégrer le top 100 des personnalités influentes du magazine américain Time.

Pour les défenseurs du climat, l’homme est devenu un «héros inattendu» comme le qualifie une figure du milieu.

«+Héros+ c’est trop, +inattendu+ c’est le moins que l’on puisse dire», commente l’intéressé en riant.

À la tête de l’AIE depuis 2015, après en avoir été économiste en chef, «dr Birol» a entrepris d’en «moderniser la stratégie», raconte-t-il.

«D’abord j’ai ouvert la porte aux pays émergents: Chine, Inde, Mexique, Brésil, Afrique du Sud…»

«Et j’ai souhaité faire de l’AIE le chef de file de la transition vers les énergies propres: parce que 80% des émissions de gaz à effet de serre viennent de l’énergie.»

Le rapport du GIEC détaillant en 2018 les impacts d’un réchauffement à +1,5°C a enfoncé le clou.

Dès lors, «il était temps de sortir une feuille de route sur ce qu’il faut faire et ne pas faire pour transformer l’énergie».

 

«J’adore mon travail»

«Cette feuille est devenue une référence pour les investisseurs, les gouvernements… Ce fut un choc pour l’industrie pétrogazière. Mais c’est mathématique: nous n’avons pas besoin de nouveaux champs de pétrole pour une demande en baisse. Si un producteur dit le contraire, alors il doit dire +je ne suis pas en phase avec l’accord de Paris+» sur le climat».

Les géants pétrogaziers, Fatih Birol les connaît bien, notamment pour avoir travaillé six ans à l’OPEP.

«Je leur dis de se diversifier, car la demande de pétrole va décliner, il suffit de voir la montée des véhicules électriques. Les bons amis disent la vérité».

Le développement est une autre préoccupation du patron de l’Agence.

Électrifier l’Afrique et éliminer les modes de cuisson délétères utilisés par encore un tiers des humains, «ce n’est que 25 milliards de dollars, mais personne ne veut mettre la main au portefeuille».

«L’Europe, la voisine de l’Afrique, en tirerait de grands bénéfices, pour une part infime de ses budgets», remarque-t-il. Quant aux compagnies pétrolières, ce serait 0,1% de leurs revenus record de 2022…

Dans le petit immeuble moderne de l’AIE, près de 300 experts produisent ainsi toute l’année analyses et projections, et du conseil individualisé aux pays. L’AIE, c’est aussi des réunions à haut niveau pour parler concret, financements, métaux critiques, etc.

Son rôle? Celui d’«un arbitre honnête, qui dit ce qui va et ne va pas», poursuit son chef, passionné de foot et qui veut parler à tous.

«J’adore mon travail, je l’adore, parce qu’il fait la différence». Avec un bémol: devoir lui sacrifier bien des matches de Galatasaray, plaisante cet inconditionnel stambouliote qui, dans sa jeunesse, s’est rêvé footballeur puis cinéaste.

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