Énergie: matière à réflexion pour les prochains mois

Publié le 05/07/2023 à 09:47

Énergie: matière à réflexion pour les prochains mois

Publié le 05/07/2023 à 09:47

Pierre-Olivier Pineau, professeur et titulaire de la Chaire de gestion du secteur de l’énergie de HEC Montréal (Photo: courtoisie)

EFFICACITÉ ÉNERGÉTIQUE. Des débats, il y en aura abondamment dans les prochains mois avec le dépôt du projet de loi du gouvernement Legault concernant la réforme du secteur de l’énergie au Québec. Voici un aperçu des questions épineuses à surveiller.

 

Doit-on augmenter les tarifs d’électricité ? 

Considérant l’augmentation de la demande en électricité et la nécessité de faire des choix dont parle le ministre de l’Économie et de l’Énergie, Pierre Fitzgibbon, la réflexion sur les tarifs d’Hydro-Québec est relancée. Selon Pierre-Olivier Pineau, professeur et titulaire de la Chaire de gestion du secteur de l’énergie de HEC Montréal, il est temps d’augmenter les tarifs pour décourager la surconsommation d’électricité et hausser par le fait même la productivité de l’économie québécoise par unité d’énergie consommée. « Nous sommes chanceux d’avoir de bas prix, mais il faut les changer. Ce n’est pas une solution d’avenir de continuer à être improductif », a-t-il lancé lors de l’événement sur l’avenir de l’énergie organisé en mai dernier par Les Affaires, à Montréal. 

Le conseiller stratégique de l’Institut du Québec, Alain Dubuc, est du même avis. « Je ne pense pas qu’on peut amener les Québécois à modifier leurs comportements sans envoyer un signal de prix », a-t-il affirmé, tout en admettant qu’augmenter les tarifs soit à la fois difficile à faire politiquement et ardu à accepter collectivement. « Nous sommes paralysés parce que nous percevons toute augmentation des tarifs comme une taxe », a-t-il ajouté. Je pense qu’une augmentation des tarifs peut tout à fait être modulée pour éviter des impacts négatifs sur les clientèles plus vulnérables. »

 

Le gaz naturel a-t-il encore sa place ?

Quand on pense au bouquet énergétique de demain, le gaz naturel en fait-il partie ? Selon le ministre Fitzgibbon, cela ne fait aucun doute : « il faut arrêter de démoniser le gaz naturel », a-t-il lancé lors de son allocution. Selon lui, ce carburant constitue une énergie de transition, notamment pour plusieurs procédés industriels.

En prenant place sur scène, Renaud Lortie, vice-président clients et approvisionnement gazier chez Énergir, a lui aussi fait valoir que le gaz naturel est une énergie essentielle à la transition énergétique, surtout s’il est de source renouvelable. « Les parts de marché du gaz naturel fossile dans l’ensemble de la consommation du Québec, il faut absolument que ça baisse, tandis que celles du gaz naturel renouvelable (GNR), il faut qu’elles montent », a-t-il affirmé, rappelant que 10 % du gaz naturel injecté dans le réseau d’Énergir devra être renouvelable en 2030, en vertu d’un règlement du gouvernement du Québec. « 10 %, c’est un minimum », a-t-il ajouté. 

Énergir a également annoncé en avril dernier que tous les nouveaux clients résidentiels, commerciaux et institutionnels qui voudront se brancher à son réseau à partir de l’an prochain devront consommer du GNR. 

Présent sur le même panel, le PDG du producteur d’énergie renouvelable Innergex, Michel Letellier, a fait valoir que le gaz naturel et le gaz naturel renouvelable sont tous les deux composés de méthane et que le GNR ne constitue donc pas une solution aussi verte qu’il y paraît. « Nous ne sommes pas dans le même business », a-t-il lancé avec le sourire.

 

Des éoliennes socialement acceptables ?

L’acceptabilité sociale des projets éoliens est un dossier déterminant à mesure que le développement de cette filière s’accélère au Québec, estime le PDG d’Innergex, Michel Letellier. « On va commencer à avoir des éoliennes plus près de centres plus denses. Il y aura des gens qui ne seront pas contents, mais ce sont des choix de société qu’on doit faire », a-t-il affirmé en mêlée de presse, en marge de l’événement organisé par Les Affaires. 

Trois promoteurs, dont Innergex, souhaitent par exemple implanter un parc éolien dans la MRC de Nicolet-Yamaska, au sud de Trois-Rivières, mais des citoyens s’inquiètent notamment du bruit et des conséquences sur le paysage. « À long terme, il faut faire des développements de parcs éoliens en harmonie avec le milieu. On ne fera jamais l’unanimité, ça c’est certain », a ajouté Michel Letellier, en reconnaissant qu’une éolienne à 600 mètres des maisons — un aménagement dénoncé pendant des années par les opposants au parc éolien de l’Érable, dans le Centre-du-Québec —, c’est « trop proche ». À son avis, il est possible d’installer des éoliennes sans créer de « cacophonie visuelle », en les plaçant par exemple en rangées plus ordonnées. « En même temps, on ne peut pas les cacher », a-t-il reconnu.

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