Une nouvelle approche de la démolition

Publié le 27/10/2017 à 05:00

Une nouvelle approche de la démolition

Publié le 27/10/2017 à 05:00

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ÉCONOMIE CIRCULAIRE - Effervescente start-up belge, Rotor Deconstruction bouscule le statu quo des déchets du bâtiment.

par Daniel Finnan pour Sparknews

Connaissez-vous le point commun entre un faux plafond translucide, des sièges de métro en fibre de verre et une épaisse porte en chêne finement sculpté ? Tous ont été « sauvés » et proposés à la vente par Rotor Deconstruction, une petite entreprise belge qui cherche à changer les pratiques de traitement des déchets de démolition dans le secteur de la construction.

En Belgique et au-delà, Rotor Deconstruction démantèle des édifices commerciaux, évalue le potentiel de réemploi des matériaux et revend les pièces sauvées de la benne à ordures au grand public, par le biais de sa boutique en ligne et de son magasin à Bruxelles.

« Nous ne sommes pas une enseigne de matériaux de construction », confie le responsable du projet Lionel Billiet. « Nous proposons un florilège d’éléments récoltés dans les bâtiments. »

Émanation de Rotor, une coopérative sociale, à but non lucratif, créée en 2005, la start-up et ses cinq collaborateurs ont notamment pour objectif de promouvoir et de favoriser le réemploi d’éléments architecturaux issus de bâtiments promis à la destruction.

Forte de son expertise collective dans les domaines de la démolition et de la rénovation, elle a su identifier un besoin sur le marché. En général, les revendeurs de matériaux de seconde main s’intéressent aux antiquités d’avant-guerre échouées dans les intérieurs des particuliers. Ils sont peu nombreux à tenter d’écouler des pièces issues des vastes immeubles de bureaux construits après-guerre. Conséquence : celles-ci atterrissent dans les conteneurs à ordures.

L’Union européenne a fixé un objectif de réutilisation ou de recyclage d’au moins 70 % des déchets de construction et de démolition non dangereux à l’horizon 2020. Lourds et volumineux, ils représentent plus de 30 % des déchets produits sur le continent. Aujourd’hui, les pays européens en recyclent ou réutilisent à peine 10 %.

Même si les matériaux de construction et de démolition inertes, comme le béton, se taillent la part du lion parmi ces déchets, une entreprise de niche telle que Rotor Deconstruction a incontestablement une carte à jouer. D’autant plus qu’une ville comme Bruxelles « s’inscrit dans une tendance toujours plus forte de rénovation des bâtiments plutôt que de démolition », selon Ambroise Romnée du Centre scientifique et technique de la construction belge. Entreprise à but lucratif depuis l’an dernier, Rotor Deconstruction a pris de l’ampleur : de quatre chantiers de récupération en 2013 à quelque 31 appels d’offres en 2016, elle espère en décrocher une quarantaine d’ici la fin de l’année 2017.

Rotor Deconstruction a déshabillé certains bâtiments de l’Université de Gand, déposé des éléments de banques belges, récupéré des matériaux de l’entreprise chimique Solvay, de l’opérateur immobilier Befimmo, et même de la mairie d’Anvers. La start-up réalise un petit bénéfice dont Lionel Billiet préfère taire le montant. Les chantiers de démolition (prix par tonne) et la vente des marchandises récupérées font tourner l’affaire.

L’entreprise agit depuis une ancienne chocolaterie située dans la commune d’Anderlecht, un bâtiment qui sera démoli dans quatre ans et réhabilité par un promoteur — ironie qui n’a pas échappé à ces entrepreneurs du recyclage.

L’usine de réemploi abrite également le showroom de Rotor Deconstruction. Cette authentique boutique de curiosités réunit du mobilier et des installations éclectiques datant d’à partir des années 1930. L’un des rayons contient des lampes et des systèmes d’éclairage, un autre expose des dalles de plafond, tandis qu’à l’extérieur, des étagères supportent des casiers remplis de dizaines de lavabos. Des sacs plastiques arborant le logo de Rotor Deconstruction − l’entreprise projette d’apposer sa marque sur certains objets pour les écouler dans des quincailleries −, contiennent des poignées de porte, des patères et des charnières. Parmi les marchandises, on trouve quelques trésors, tels qu’un portemanteau de l’architecte Joseph Moutschen ou un meuble bas du designer Christophe Gevers.

Chaque objet subit un examen minutieux destiné à contrôler sa qualité et son degré d’usure — un seul éclat sur un lavabo suffit à l’exclure de la sélection. Rotor Deconstruction nettoie tous les spécimens et remet les vieux appareils électriques aux normes en les équipant de prises et câbles neufs. En général, l’entreprise privilégie les éléments non structurels ou mécaniques qui présentent peu de risques, excluant certains dispositifs comme les gicleurs d’incendie.

Les marchandises de Rotor Deconstruction plaisent aux architectes et aux designers, attentifs à les intégrer habilement à leurs projets de petite ou moyenne envergure. Ils se sont fait une place dans les bureaux, les logements de particuliers, les centres culturels, les restaurants et les cafés. Comme ils sont disponibles à l’unité, ils sont également accessibles aux particuliers.

Selon les estimations de Lionel Billiet, Rotor Deconstruction écoule 85 % des pièces amassées, au moyen d’un processus de sélection extrêmement exigeant. « Nous utilisons une matrice de critères pour désigner les matériaux candidats au réemploi, mais de temps en temps, nous avons un coup de cœur. », — comme pour ce faux plafond à lames verticales de la taille de billets de 200 francs belges, extrait du siège d’une banque. Les invendus sont envoyés au recyclage.

Emblématique de l’esprit « industriel chic », le siège de Rotor doit son style harmonieux à du mobilier entièrement récupéré. « Tout ce que vous voyez ici », ajoute Lionel Billiet, « jusqu’aux portes et aux équipements de la cuisine provient d’autres bâtiments. »

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