Économie 101: Pourquoi les économistes ne s'entendent-ils pas entre eux?

Publié le 05/09/2018 à 07:56

Économie 101: Pourquoi les économistes ne s'entendent-ils pas entre eux?

Publié le 05/09/2018 à 07:56

Par Stéphane Rolland

Photo: Université de Montréal et Les Affaires

Le tout premier épisode de notre série balado Économie 101 se penche sur la question : «Pourquoi les économistes ne s’entendent pas entre eux ? ». Nous en discutons avec notre invité Jean-Michel Cousineau, professeur d’économie à l’École de relations industrielles de l’Université de Montréal. La série est également disponible sur iTunes.


Deux professeurs d’économie invitent leur ami ingénieur à casser la croûte. À table, la conversation tombe sur le salaire minimum. Faut-il l’augmenter à 15 $ ? Le premier économiste dit oui ; le second dit non. L’ingénieur les regarde, perplexe. «Mais pourquoi deux scientifiques ne parviennent-ils pas à la même conclusion ? » se demande-t-il.


C’est avec la question « Pourquoi les économistes ne s’entendent pas entre eux » que nous lançons Économie 101, une série en baladodiffusion de Les Affaires, enregistrée dans le studio de l’Université Concordia, où un expert répond à une question sur l’économie. Dans ce premier épisode, Jean-Michel Cousineau, professeur d’économie à l’École de relations industrielles de l’Université de Montréal, en discute avec nous.


Par nature, la démarche scientifique à partir d’une hypothèse économique fonctionne par étapes qui, chacune, peut être source de désaccord, explique notre invité. « On peut ne pas s’entendre sur les hypothèses de contexte. On peut s’opposer sur la qualité des mesures qui sont prises. La méthodologie peut être mise en cause. Si on voit ces oppositions, c’est parce que l’économie est une science intéressante. Elle a de la visibilité, car elle a une portée sur chaque individu. »



Des consensus existent


Malgré cette perception de mésentente, il règne une harmonie plus forte entre les économistes que ce que laissent croire les débats publics qui animent les citoyens, nuance M. Cousineau. « Dans certains cas, on réussit [à trouver des consensus]. Prouver qu’il y a une relation positive entre la scolarité et les salaires, ça, c’est solide. Plusieurs pays, plusieurs périodes, plusieurs circonstances, c’est soutenu. »


Des sondages auprès d’économistes permettent également de confirmer qu’il existe bel et bien des consensus. Robert Whaples, professeur d’économie à l’Université de Wake Forest, a soumis un questionnaire à 210 détenteurs d’un doctorat en économie pour vérifier le degré de consensus dans la profession. Ceux-ci ont été sélectionnés aléatoirement à partir d’une liste de l’American Economic Association. Le coup de sonde a été mené en 2005, mais il est toujours pertinent, car on pose des questions sur les grands principes. La grande majorité des économistes de l’échantillon sont par exemple en faveur du libre-échange, soit 87,5 %. Ils sont même 90,1 % à exprimer leur désaccord avec l’idée que les États-Unis devraient intervenir pour empêcher la sous-traitance d’emplois à l’étranger. Cette préférence marquée pour l’absence de barrières commerciales est donc contraire au penchant protectionniste de l’administration Trump.


Tous les sujets ne sont pas consensuels pour autant. Le salaire minimum en est un bon exemple, car il soulève des débats dans la profession. La Chicago Booth School of Business mène régulièrement un sondage auprès d’une quarantaine d’économistes renommés appartenant à plusieurs écoles de pensées dans différentes universités. En 2015, on a demandé au même panel de dire si l’augmentation du salaire minimum à 15 $ US en 2020 réduirait le nombre d’emplois disponibles pour les travailleurs à faible revenu. Du lot, 26 % étaient en accord avec l’énoncé, 38 % étaient « incertains » et 24 % étaient en désaccord. «Le salaire minimum, les économistes ne réussissent pas [à trouver une réponse qui fasse l’unanimité]. On travaille fort sur cette question. » Mais même avec le salaire minimum, des points communs se cachent derrière les arguments. « Je vous dirais que 95 % des économistes sont pour un salaire minimum, avance M. Cousineau. La question, c’est à quel seuil ? C’est ça qu’il faut régler. »


Un devoir pour nos lecteurs


M. Cousineau invite nos lecteurs à regarder les données du marché de l’emploi en Alberta depuis octobre 2017 pour voir si l’augmentation du salaire minimum a eu un effet sur le travail des jeunes par rapport au chômage en général. Suivez ce lien : https://bit.ly/2PRn8Ql. Dans l’onglet géographie, sélectionnez Alberta, et sélectionnez la bonne période de référence.


 


Prochain épisode : « Les gouvernements ont-ils un impact sur l’économie ? », en ligne à partir du 12 septembre


 

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