Balado: Le PIB est-il toujours une mesure pertinente?

Publié le 10/10/2018 à 06:12

Balado: Le PIB est-il toujours une mesure pertinente?

Publié le 10/10/2018 à 06:12

Par Stéphane Rolland

Dans le sixième et dernier épisode d'Économie 101, Alain Paquet, professeur d’économie à l’UQAM, répond à la question « Le PIB est-il encore une mesure pertinente? » L'épisode est disponible sur iTune.

 Pour plusieurs, le produit intérieur brut (PIB) est synonyme de la richesse d’un pays. Pourtant, de nombreux experts se questionnent à savoir si cet indicateur, qui mesure la production d’un pays, est le bon indicateur pour jauger du niveau de vie d’une population.

« Le PIB est-il encore une mesure pertinente? » est le thème du sixième et dernier épisode d’Économie 101, une série en baladodiffusion de Les Affaires enregistrée dans les studios de l’Université Concordia, où un expert répond à une question sur l’économie. Nous en avons discuté avec Alain Paquet, professeur d’économie à l’UQAM.

Notre invité reconnaît que le PIB a ses limites, mais l’indicateur transmet des informations pertinentes et nécessaires, selon lui.

« Je pense que ce serait une erreur de ne plus utiliser le PIB. Il mesure des choses qui sont comparables d’un pays à l’autre. D’ailleurs, tous les pays ne s’entendraient pas nécessairement sur ce que sont les angles morts du PIB. On passerait des années à s’entendre là-dessus. On n’améliorera pas la situation du tout en jetant le bébé avec l’eau du bain. Le PIB est un indicateur de création de richesse. L’augmentation du PIB dans un pays, c’est l’augmentation de la richesse du pays. Ça ne veut pas dire de la créer n’importe comment. Ça ne veut pas dire de faire n’importe quoi avec. Si on n’en crée pas, de la richesse, on va être encore plus dans le trouble. »

Le PIB a plusieurs angles morts. Certaines activités génératrices de valeur ne sont pas compilées, comme la valeur créée par le travail domestique ou le bénévolat. Les activités sur le marché noir, elles aussi, passent sous le radar. De plus, le PIB ne prend pas en compte les dommages à l’environnement et les inégalités de richesse.

En avril dernier, le magazine The Economist y allait de sa propre remise en question du PIB. Avec la croissance de l’économie du Web, une grande partie de l’innovation n’est tout simplement pas prise en compte, notent ses auteurs. « Dans un monde où les maisons deviennent des hôtels sur Airbnb, où votre voiture devient un taxi Uber, où Facebook et YouTube procurent des heures de divertissement à des centaines de millions de personnes gratuitement, bien des gens se demandent si le PIB n’est pas une mesure trompeuse. »

La Suisse est un exemple où le PIB semble ne pas tenir compte de tous les attraits de l’économie. L’indicateur mesure mal le niveau de vie de ses habitants, croit Claude Maurer, chef économiste pour la Suisse de Credit Suisse. Il souligne que le pays helvète a connu une croissance inférieure aux autres pays développés de 1871 à 2003. Pourtant, ses habitants jouissent d’un des meilleurs niveaux de vie du monde. M. Maurer en vient à la conclusion qu’une partie des avantages économiques de la Suisse, comme la force de son industrie bancaire et la valeur ajoutée qu’elle tire de ses échanges commerciaux, ne sont pas pris en compte par l’indicateur.

Besoin d’une autre mesure ?

L’autre critique formulée à l’égard du PIB est qu’il ne mesure pas le bien-être de ses habitants. Sontils heureux, en santé, bien éduqués ? Viventils dans un lieu sécuritaire ?

Bien des experts ont tenté de s’attaquer à cette question. Au début des années 1990, l’économiste Amartya Sen a développé l’indice du développement humain dans le cadre du Programme des Nations Unies pour le développement. La mesure combine notamment l’espérance de vie, l’accès à l’instruction et le pouvoir d’achat.

Bien d’autres chercheurs et organismes ont développé des indicateurs : l’OCDE, l’Institut Legatum, les économistes William Nordhaus et James Tobin, entre autres, se sont penchés sur la question.

Ces mesures sont utiles pour compléter les informations que nous procure le PIB, explique M. Paquet. « L’idée n’est pas de remplacer complètement le PIB, mais d’y ajouter des informations additionnelles. »

Le devoir de M. Paquet

M. Paquet plaide que la croissance économique est nécessaire pour améliorer la qualité de vie des gens. Il invite les auditeurs à méditer sur le sujet.

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