Quand l'avocat doit aussi se faire psy

Publié le 28/10/2023 à 18:00

Quand l'avocat doit aussi se faire psy

Publié le 28/10/2023 à 18:00

Les avocats en droit des affaires doivent parfois rassurer et épauler émotionnellement leurs clients, particulièrement dans un climat d’inertitude comme celui que nous connaissons. (Photo: 123RF)

DROIT DES AFFAIRES. Dans un contexte économique où règne l’incertitude et dans lequel les risques augmentent, les émotions et l’anxiété sont plus présentes. Les avocats en droit des affaires doivent donc parfois jouer les psychologues avec leurs clients.

Entre l’émergence fulgurante de l’intelligence artificielle (IA), la nouvelle hausse des taux d’intérêt, l’inflation, la crise climatique, les tensions géopolitiques et la perspective d’une récession, les dirigeants d’entreprises ne manquent pas de raisons de s’inquiéter.

«Il y a une part de psychologie dans le droit des affaires, car nous avons une relation de conseiller avec des entrepreneurs qui subissent les changements de contexte qui affectent leurs entreprises, confie Me Marie-Ève Ferland, associée et cheffe de la Division du droit des affaires au cabinet Novalex. Donc oui, on le sent quand le stress et l’inquiétude augmentent.»

Ce qu’elle remarque le plus actuellement, c’est une certaine aversion au risque, notamment dans les dossiers de fusions et acquisitions (F&A) et de financement d’entreprises, qui sont sa spécialité. Par pur hasard, elle a reçu un courriel lors de l’entrevue avec Les Affaires de la part d’un entrepreneur qui acceptait, après des mois de discussions, de finalement signer une lettre d’entente sur une F&A.

«Avant, ce genre de document se signait en deux ou trois semaines, note-t-elle. L’inflation, la hausse des taux d’intérêt et la pénurie de main-d’oeuvre rendent les gens plus craintifs devant certaines décisions stratégiques.»

 

Rester rationnel

Quand les parties à une négociation deviennent plus craintives, les discussions s’allongent et se complexifient. Me Marie-Ève Ferland rappelle que contrairement à d’autres domaines du droit, comme le litige ou le droit criminel, le droit des affaires ne vise pas à faire triompher l’une des parties sur l’autre. On y cherche davantage une solution gagnant-gagnant.

«Il y a une grande dimension humaine dans le droit, et donc beaucoup d’émotions, souligne l’avocate. Notre rôle consiste souvent à tempérer les ardeurs quand des frictions apparaissent et à aider les clients à voir la forêt, plutôt que l’arbre.»Il n’est pas rare, dans une négociation tendue, qu’un élément de prime abord pas si important bloque les discussions, ou même risque de les faire capoter.

Me Ferland tente toujours de ramener ses clients à leur objectif primordial. «Je dresse la liste des éléments qu’ils doivent absolument obtenir dans la négociation, de ceux qui seraient intéressants sans être essentiels et de ceux qu’on peut laisser aller, résume-t-elle. Je reste en mode solution et je m’efforce de dédramatiser tout cela.»

 

Agir à titre de guide

Des changements législatifs viennent aussi alourdir le travail des dirigeants d’entreprises, qui comptent alors sur les avocats en droit des affaires pour les aider. Me Éric Bédard, associé directeur du cabinet Fasken pour la région du Québec, cite en particulier le projet de loi 25, qui modernise la protection des renseignements personnels.

«La loi est plus sévère, mais on voit également une augmentation des risques de recours collectifs et des dangers réputationnels en cas d’incident, souligne l’avocat. Les entreprises veulent donc mieux organiser la gouvernance de leurs données et planifier leur réaction en cas de violation de la confidentialité.»

Les entrepreneurs doivent en outre gérer le projet de loi 96. Il élargit l’obligation d’avoir recours au français dans les affaires, notamment en ce qui concerne la langue de travail, la rédaction des contrats, la publicité ou encore l’emballage.

Pour calmer les inquiétudes des dirigeants d’entreprises, Fasken tient régulièrement des colloques et des webinaires. Ces dernières années, le cabinet y a abordé des thèmes tels que le droit de l’environnement et de l’énergie ou les développements et enjeux en matière de valeurs mobilières et de gouvernance. Le cabinet publie aussi beaucoup de textes sur des sujets d’actualité, comme le projet de loi 25 ou encore des guides sur l’effet des fluctuations économiques.

 

Des conseillers d’affaires

De son côté, Me Jean-François Welch, associé au bureau de Québec de DS Avocats, estime que les avocats en droit des affaires doivent démontrer certaines qualités pour aider leur client dans le contexte actuel. «Nous devons avoir une vision à 360 degrés de l’univers dans lequel l’entreprise évolue, nous ne pouvons pas nous concentrer seulement sur les aspects juridiques, avance-t-il. Nous devons devenir de vrais conseillers d’affaires, alors qu’avant, c’était plus les cabinets comptables qui jouaient ce rôle.»

Loin de s’en plaindre, il estime que cela rend son travail plus intéressant. Cela confère aussi une plus grande valeur à l’expérience. «L’expérience sera de plus en plus valorisée, croit-il, car les avocats aguerris ont eu le temps d’apprendre à connaître différentes industries et entreprises plus en profondeur.»

 

 

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