Quand la communauté se mobilise pour la diversité

Offert par Les Affaires


Édition du 29 Septembre 2018

Quand la communauté se mobilise pour la diversité

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Édition du 29 Septembre 2018

Olymel se fait un point d’honneur de traiter ses employés sur un même pied d’égalité. [Photo: Olymel]

Il faut tout un village pour accueillir un travailleur étranger. C’est du moins le pari qu’a pris Olymel lorsqu’elle a fait venir directement de Madagascar et de l’île Maurice 119 employés temporaires pour pallier la pénurie de travailleurs dans son usine de Valley-Jonction, en mars dernier. 

Ainsi, quand Olymel a décidé de se tourner vers l’étranger pour combler ses besoins de main-d’œuvre, l’entreprise a mis toute la communauté dans le coup. L’épicier du coin a commandé des bananes plantain. Les organismes locaux, de concert avec les propriétaires d’immeubles, ont déniché des logements pour ces nouveaux arrivants. Même leurs frigos étaient pleins quand ils sont débarqués de l’avion. Sans compter que chacun était jumelé avec un résidant de la région disponible pour répondre à toutes leurs questions.  

« C’était important pour nous, car, si ces employés passent huit heures par jour à travailler, ils feront aussi faire partie de nos communautés », explique Louis Banville, vice-président aux ressources humaines dans cette entreprise qui compte plus de 12 500 employés. Il fallait donc les aider à atterrir en douceur, tout en préparant une intégration harmonieuse. 

Bien préparer le terrain

Une stratégie gagnante pour l’intégration de la main-d’œuvre immigrante et étrangère, estime Neal Santamaria, chercheur à l’Institut de recherche sur l’intégration professionnelle des immigrants (IRIPI) du Collège de Maisonneuve. « L’un des gros obstacles à la régionalisation, c’est que les différents acteurs travaillent en silo », explique-t-il. Il peut devenir extrêmement complexe pour un nouvel arrivant de s’y retrouver. Mais si commissions scolaires, municipalités, propriétaires de logement et organismes communautaires travaillent de pair pour faciliter cette arrivée, on multiplie les chances de réussite. « Et cela favorise un meilleur accueil de la communauté. »

Mais pour y arriver, il faut bien préparer le terrain. L’équipe d’Olymel avait, entre autres, mis au fait les différents acteurs de la situation, notamment avec une séance d’information publique organisée avec la municipalité.  « C’est important de faire bien comprendre à tout le monde, que ce soit les citoyens, la municipalité, le syndicat et les autres employés, les raisons qui nous poussent à recruter vers l’étranger », explique Louis Banville. 

Une « solution de dernier recours » pour cette entreprise qui, l’an dernier seulement, a embauché plus de 1300 personnes et compte en recruter près de 500 dans les six à huit prochains mois. « Avec les taux de chômage qui sont extrêmement bas en ce moment dans nos régions, on arrive rapidement à notre point de rupture. Et il faut élargir notre bassin de recrutement », affirme Louis Banville. Ainsi, si 70 % de la main-d’œuvre vit dans un rayon de 50 km de son lieu de travail, Olymel compte aussi 20 % de nouveaux arrivants, recrutés via des organismes d’aide à l’immigration. Les 10 % restants sont constitués de travailleurs étrangers temporaires, dont le statut est renouvelable jusqu’à l’obtention de la citoyenneté, comme les travailleurs de l’île Maurice et de Madagascar recrutés en 2018.

Car, comme ils sont formés selon leurs besoins, l’objectif est de conserver cette main-d’œuvre à long terme, explique Louis Banville. D’où l’importance qu’ils soient bien accueillis dès le départ. Ce qui demande une bonne dose d’ouverture d’esprit. « Nous misons beaucoup sur la formation, la sensibilisation et la vigilance de nos superviseurs, de nos conseillers et de nos employés. Le processus se passe relativement bien, même si nous sommes en train de bâtir un protocole plus affiné d’intégration. »

Car, même si tout le monde est de bonne foi, il peut être difficile de se comprendre, estime Neal Santamaria, qui rappelle l’importance de former les employés aux différences culturelles. Une façon notamment d’avoir des outils concrets, et parfois très simples, pour éviter les imbroglios. « Par exemple, il est conseillé de poser des questions ouvertes, pour faire parler la personne. Ainsi, on s’assure que le message a été bien compris et on évite les erreurs d’interprétation ! »

Une valeur ajoutée pour l’entreprise

Olymel se fait également un point d’honneur de traiter ses employés sur un même pied d’égalité, précise Louis Banville. Ainsi, peu importe leur origine, les travailleurs sont tous syndiqués et reçoivent le même traitement, assure-t-il. De plus, chaque nouvel employé, qu’il est né ici ou ailleurs, est accompagné d’un conseiller à l’intégration. « Mais il faut savoir doser pour éviter les inégalités et ne pas infantiliser ces nouveaux employés. »  Un défi pour toute entreprise qui jongle avec l’immigration, estime Neal Santamaria. « Les candidats à l’immigration sont sélectionnés en fonction de leurs compétences et la plupart sont surqualifiés pour les emplois qu’ils occupent. » Il faut donc s’assurer de leur offrir un défi à leur mesure ou les capacités d’évoluer dans l’entreprise, en leur offrant des formations à l’interne ou autre. 

Si la diversité constitue un excellent remède pour contrer la pénurie de main-d’œuvre, c’est également l’occasion d’élargir la palette de ses services, estime la Banque de développement du Canada, qui offre financement et conseils aux entrepreneurs. « C’est important pour nous d’avoir des employés qui reflètent la réalité du Canada, pour offrir de meilleurs services à nos clients », indique Annie Martineau, vice-présidente aux ressources humaines.

Cette institution, qui regroupe des bureaux partout au pays, a d’ailleurs été reconnue comme l’un des meilleurs employeurs pour la diversité au Canada depuis plusieurs années.  Une philosophie qui touche huit catégories de personnes au sein de l’entreprise, soit autant la parité hommes-femmes que la représentation des personnes LGBT, les employés issus des premières nations ou encore nouveaux arrivants, explique Annie Martineau. 

Partenariats

Une philosophie primordiale pour attirer — et fidéliser — la main-d’œuvre. « Pour ce qui est des Néo-Canadiens, nous avons aussi développé plusieurs partenariats avec des organismes d’aide à l’intégration.  Nous offrons également des conseils pour les entrepreneurs issus de l’immigration. Par exemple, nous avons traduit en arabe une formation pour ces derniers, en plus d’offrir des prêts aux entrepreneurs néo-canadiens », souligne-t-elle.

Pour favoriser cette intégration, l’entreprise a également mis en place un programme de stages pour les réfugiés, notamment syriens, à Toronto. Une excellente façon pour ses nouveaux arrivants d’avoir une première expérience canadienne à ajouter dans leur CV. « Et plusieurs d’entre eux ont ensuite été embauchés par la BDC », ajoute la vice-présidente. Toute une valeur ajoutée pour l’entreprise, qui compte 2200 employés et 120 bureaux à travers le pays.

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