Quand les poubelles des uns font le bonheur des autres


Édition du 24 Mars 2018

Quand les poubelles des uns font le bonheur des autres


Édition du 24 Mars 2018

Par Claudine Hébert

Dans la MRC de Drummond, Recyc PHP démantèle des couches de SCA présentant des défauts afin que Hy-Industrie s’en serve pour fabriquer des matières antibactériennes.

Économie circulaire, meilleure efficacité énergétique, adoption de pratiques inspirantes : le développement durable fait plus que s'inviter dans les parcs industriels et technologiques de la province. Il y prend désormais sa place.

Palettes de bois, emballages de plastique, styromousse, vapeurs d'eau, matières organiques, huiles et produits chimiques usés... et si vos poubelles devenaient des ressources en puissance pour les entreprises voisines ?

Depuis que le plus grand parc industriel de la province, celui de Bécancour, a emboîté le pas il y a dix ans, les programmes d'économie circulaire qui favorisent les échanges de matières résiduelles entre entreprises se multiplient au Québec. On en compte aujourd'hui près d'une quinzaine répartis un peu partout en province, au-delà des parcs industriels. De plus en plus de MRC, et même de régions administratives, invitent en effet les entreprises à la grandeur de leur territoire à joindre leur programme d'économie circulaire.

« La clé de ces programmes, c'est la diversité des matières. Plus il y a de joueurs, plus on augmente les chances de synergies industrielles », signale Claude Maheux-Picard, directrice générale par intérim du Centre de transfert technologique en écologie industrielle (CTTEI) à Sorel-Tracy.

Depuis 2008, le CTTEI aide au développement et à la mise en place des différents programmes. Au départ, c'était le CTTEI qui effectuait le recensement des entreprises intéressées et la création de synergies entre elles. « Rapidement, on a réalisé que le succès de ces programmes repose davantage sur les forces locales qui agissent à titre de catalyseur. Ça prend des gens du milieu, des gens capables de convaincre que les matières résiduelles de l'un feront réaliser des économies à l'autre. D'ailleurs, la plupart de ces programmes relèvent d'organismes économiques régionaux », indique M Maheux-Picard.

Car le gain économique demeure encore le principal élément qui suscite l'adhésion des entreprises. « Ne leur parlez pas d'exemples qui proviennent d'outre-mer pour les persuader d'embarquer, avertit-elle. Ça prend des exemples locaux et tangibles au sein desquelles les entreprises d'ici peuvent se reconnaître. »

Des exemples locaux

Dans la MRC de Drummond, la Société de développement économique de Drummondville (SDED) se sert justement de l'exemple de synergie industrielle qui rassemble un producteur de couches d'incontinence SCA, Recyc PHP, qui démantèle, entre autres, les couches présentant des défauts, et Hy-Industrie, qui réutilise le matériau super-absorbant des couches pour fabriquer des matières antibactériennes. « Ce modèle aide à faire la promotion du programme Symbiose industrielle Drummond lancé l'an dernier », indique Julie Biron, commissaire industrielle à la SDED. Un agent de développement durable a été embauché l'été dernier afin de recenser les intrants et les extrants des quelque 650 entreprises de la MRC, afin de créer d'autres synergies.

Dans la MRC de Brome-Missisquoi, on cite régulièrement l'exemple tripartite qui réunit le fabricant de composantes électriques Thomas & Betts, à Bromont, le recycleur de plastique M4P ainsi que le fabricant de pièces moulées en caoutchouc Delta Gomma, tous deux de Cowansville. M4P récupère les quelque trois tonnes métriques de palettes de plastique de Thomas & Betts afin de les donner à Delta Gomma, qui utilise la matière pour la confection de ses tapis de caoutchouc. « Depuis la création de notre programme, en 2014, nous sommes passés d'une quinzaine d'entreprises à plus d'une soixantaine. On recense déjà plus de 150 différentes synergies de matières résiduelles entre elles. Selon nos estimations, la valeur de ces échanges de matières résiduelles frôle déjà les 500 000 $ en seulement trois ans », soulève fièrement Oriana Familiar, conseillère en développement durable pour le CLD Brome-Missisquoi.

Dans l'Outaouais, où la grande majorité des matières résiduelles prennent le chemin du site d'enfouissement de Lachute, l'économie circulaire a rapidement recruté des adeptes. Plus de 150 entreprises ont été approchées par le Conseil régional de l'environnement et du développement durable de l'Outaouais (CREDDO) depuis 2016. Plus de 70 % d'entre elles ont montré de l'intérêt, soutient Nicolas Greugny, coordonnateur de Synergie Outaouais. Une cinquantaine de synergies ont jusqu'à maintenant été instaurées ou sont sur le point de l'être. L'an dernier, ces échanges se sont soldés par plus de 60 000 $ d'économie pour les entreprises participantes. L'une d'elles, signale M. Greugny, une PME d'une vingtaine d'employés dont il ne peut pas encore divulguer le nom, est parvenue à réduire sa facture annuelle de gestion de matières résiduelles d'au moins 20 %.

Autonomie ciblée

Remarquez, la plupart de ces programmes d'économie circulaire bénéficient actuellement d'un important apport financier de Recyc-Québec, indique Mme Maheux-Picard. L'organisme, poursuit-elle, est le principal bailleur de fonds pour plusieurs d'entre eux. Toutefois, certaines organisations, notamment celle du CREDDO, en Outaouais, ou encore Synergie économique Laurentides, parviennent déjà à obtenir près de 30 % de leur financement auprès des entreprises privées et de leurs MRC.

Le programme laurentien peut justement compter sur l'aide financière des huit MRC du territoire et celle de la ville de Saint-Eustache. « Une aide qui sert de levier majeur pour le recrutement d'entreprises dans tout le territoire », soutient Karine Bourgeois, directrice générale de Synergie économique Laurentides. Depuis deux ans, cet organisme a communiqué avec plus de 650 entreprises manufacturières, agricoles, de distribution, y compris du secteur de la santé, afin d'en recenser les intrants et les extrants. Plus d'une quarantaine d'entre elles sont actuellement accompagnées pour tester des projets de synergie. Plus d'une dizaine d'autres devraient s'ajouter au décompte au cours de l'année. L'organisation, qui veut devenir autonome d'ici 10 ans, promet un premier bilan économique au début de l'année 2019.

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