Industrie de la mode: oui à l’innovation, non à l'automatisation

Publié le 02/08/2021 à 08:10

Industrie de la mode: oui à l’innovation, non à l'automatisation

Publié le 02/08/2021 à 08:10

Par Emmanuel Martinez

Les trois quarts des répondants de l’industrie de la mode et de l’habillement ont déclaré que leurs entreprises mettent en œuvre des projets innovants, mais seulement 8% de ces initiatives concernent l’automatisation. (Photo : Priscillia du Preez pour Unsplash)

La pandémie de COVID-19 ne semble pas avoir freiné l’innovation au sein de l’industrie de la mode et de l’habillement du Québec, mais l’automatisation est quasiment absente de la table à dessin, selon un récent rapport.

Selon Vestechpro, qui est un centre de recherche et d’innovation en habillement, 54% des répondants de l’industrie ont indiqué que leur entreprise favorisé les projets innovants depuis le début de la crise sanitaire. Seulement 19 % ont affirmé que les projets innovants ont été peu ou pas priorisés, tandis que 27 % ne le savaient pas.

Plus d’une centaine de personnes de l’industrie, soit des créateurs, des détaillants, ainsi que des fabricants de produits et de textiles, ont été interrogées de mai 2020 à février 2021 dans le cadre de l’Étude sur l’investissement et l’adoption de pratiques innovantes et durables pour la relance de l’industrie de la mode et de l’habillement au Québec. Le document a été remis en mai au ministère de l’Économie et l’Innovation du Québec.

Pour les créateurs et les fabricants, «le développement d’équipements de protection individuelle, la diversification des sources d’approvisionnement textile et le développement et l’actualisation des méthodes de production sont des répercussions directes de la crise sur l’industrie».

Du côté des détaillants, le commerce en ligne et de nouvelles stratégies de commercialisations ont été mis à l’avant-plan en raison des mesures de confinement.

Concrètement, les trois quarts des répondants (76%) ont déclaré que leurs entreprises mettent en œuvre des projets innovants. «Nous constatons que ce sont les types de projets innovants avec lesquels les entreprises sont déjà familiarisées qui sont priorisés en période de crise», note le rapport.

Par conséquent, seulement 8 % de ces initiatives concernent l’automatisation et la robotisation, déplore-t-on.

 

Précarité financière

«Malheureusement, l’industrie québécoise accuse un retard considérable à ce sujet, car les savoir-faire considérés jadis comme difficilement automatisables le deviennent chez les fabricants asiatiques et européens. Ce phénomène aura une incidence considérable chez les sous-traitants et pour les marques qui collaborent avec eux.»

Le document souligne que la crise sanitaire a aggravé la précarité financière de nombreux acteurs de l’industrie de la mode. D’ailleurs, le financement est vu comme le principal défi pour innover. Cette variable est citée par 28 % des répondants.

«La compétition est féroce. L’entreprise doit être innovante pour être compétitive. Par contre, elle n’a pas toujours les moyens financiers pour le faire quand les entreprises chinoises produisent à moindre coût», affirme dans le rapport Rita Manouk, directrice de la planification et de l’approvisionnement chez Genfoot qui possède la marque Kamik.

Comme d’autres industries, les ressources humaines constituent le second obstacle au développement le plus mentionné par les répondants (23%).

«C’est devenu très difficile de produire localement, remarque le designer Denis Gagnon dans l’étude. Il n’y a plus de couturières. Le savoir-faire de ce côté est en train de disparaître. Nous formons un très grand nombre de designers chaque année et pourtant, il y a peu de perspectives dans ce métier. On doit valoriser le métier.»

 

Développement durable

La pandémie a propulsé l’achat local. Et les mouvements vers des vêtements produits avec un meilleur respect de l’environnement ont pris de l’élan ces dernières années. Malgré tout, les initiatives à plus grandes échelles se font attendre.

«Nous recevons de plus en plus de demandes de la part des clients pour l’utilisation de fibres recyclées, dit le directeur des ressources humaines chez Vêtement Peerless, Louis Arsenault. Il y a encore beaucoup de choses à améliorer avant de pouvoir dire que Montréal est une ville priorisant le développement durable. Il y a eu des efforts pour le recyclage citoyen, mais peu d’efforts pour favoriser et faciliter le recyclage commercial chez les manufacturiers.»

Le document souligne que l’industrie du textile et de l’habillement génère près de 7 % des émissions de gaz à effet de serre dans le monde. De plus, 40 millions de tonnes de textiles sont enfouies ou incinérées chaque année. De leur côté, les Québécois consomment environ 40 kg de vêtements annuellement chacun, dont plus de 80 % proviennent de l’étranger. Seulement une petite quantité est recyclée, «car l’automatisation du tri des chutes de tissus se heurte à la gestion des mélanges de matériaux difficiles à séparer par effilochage».

«Seulement 50% des résidus de textiles passent par les centres de tri chaque année, sur un potentiel de plus de 300 000 tonnes», ajoute l’étude.

Parmi les solutions pour améliorer la circularité des textiles au Québec, le rembourrage de meubles, la fabrication de partitions rigides, de jetés et de chiffons sont proposés.

Toutefois, l’absence d’équipements de recyclage à grande échelle constitue un obstacle dans la province, même si des entreprises de confection ont acheté des déchiqueteuses de matières textiles tandis que Vestechpro a acquis au printemps une défibreuse, la première en sol canadien

 

L'argent, le nerf de la guerre

Des textiles et des procédés de fabrication plus respectueux de l’environnement, de meilleurs outils pour s’assurer que les clients achètent de produits qui leur font, ce qui évite des retours, ainsi que la vente de fripes sont d’autres avenues pour réduire l’empreinte écologique.

Mais là encore, l’argent est au cœur des débats.

«Les coûts liés à la démarche de développement durable amènent parfois une augmentation de prix sur le produit, souligne la présidente de BonLook, Sophie Boulanger. Nous nous demandons comment intégrer cette augmentation dans nos coûts de façon durable et tout de même profitable pour l’entreprise et si, de l’autre côté, le client est prêt à payer davantage pour une approche plus "verte"».

Ce dilemme entre les finances et la pénurie de main-d’œuvre d’une part, et de l’autre, l’innovation et le développement durable, est d’ailleurs au cœur de l’avenir de la mode québécoise.  

«Ces positions distinctes sont représentatives des grands enjeux de l’industrie et explicitent, en partie, la difficulté de rassembler les acteurs autour d’un projet collectif de revitalisation du secteur», déclare le rapport.

 

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