Start-up: les conseilleurs ne sont pas les payeurs

Offert par Les Affaires


Édition du 26 Janvier 2019

Start-up: les conseilleurs ne sont pas les payeurs

Offert par Les Affaires


Édition du 26 Janvier 2019

Selon Claude Ananou, professeur à HEC Montréal, c'est en entreprenant qu'on devient entrepreneur. Pour accélérer le processus, certains n'hésitent pas à faire appel à des personnes extérieures.


C'est le cas de Dominic Gagnon, cofondateur de Connect&Go, un entrepreneur autodidacte qui a toujours appris en ligne ou dans les livres. «Rapidement, par contre, rendu à une autre étape, j'ai cherché à m'entourer de personnes de différents réseaux d'affaires. Cela m'aide à mieux comprendre les choses et à me remettre en cause.»


Paradoxalement, les conseils extérieurs sont parfois un cadeau empoisonné. «Le meilleur conseil, c'est n'écoute personne, mais écoute tout le monde !» résume Jean-François Ouellet, professeur à HEC Montréal.


Ce qu'illustre la cofondatrice de Unsplash, Stephanie Liverani, à qui on a conseillé à de multiples reprises de faire une version payante de son site. «Quand on entreprend, il y a beaucoup de gens pour vous donner des conseils. Au final, toutefois, si vous les prenez tous, votre start-up ne ressemblera plus à votre vision ni à ce que vous croyez au fond de vous. Dans notre cas, nous voulons garder l'expérience la plus simple possible et nous écoutons avant tout nos utilisateurs.»


«Je crois plus au mentorat qui va aider à se poser les bonnes questions plutôt qu'à donner des réponses», enchaîne Claude Ananou. La Fondation de l'entrepreneurship a d'ailleurs créé le Réseau M, pour mentorat, à cette fin. Liette Lamonde, la directrice générale de la Fondation Montréal inc., plaide également pour la mise en place d'un comité aviseur dès la première année : «Il s'agit de réunir de quatre à six fois par année un groupe bénévole aux expertises complémentaires, qui pourra ponctuellement suivre notre progression, nous faire sortir la tête de l'eau, voire nous remettre sur la bonne route, grâce à un échange collectif.»


Dans la masse de conseils reçus, certains entrepreneurs ont tout de même trouvé des devises qui les ont profondément marqués. Frédéric Lalonde, cofondateur de Hopper, cite par exemple Richard Barton, fondateur d'Expedia, avec qui il a travaillé et qui répétait : «Il faut trouver le wow.» «L'erreur de plusieurs personnes, c'est de se laisser distraire par un tas d'éléments : la croissance, les objectifs, la rétention... mais il ne faut pas oublier que tout part de l'émerveillement fondamental de l'utilisateur, le moment où il va dire ou penser "wow !" en utilisant votre produit. Je me le rappelle quotidiennement.»


«Brûle tes vaisseaux», tel est le conseil d'un ami qu'a retenu, lui, le cofondateur de l'application de transport Netlift, Marc-Antoine Ducas, en référence notamment à Hernán Cortés lors de son arrivée au Mexique. Sous-entendu : faire en sorte qu'il soit impossible de revenir en arrière. «Je refuse en effet d'envisager autre chose qu'un succès. Le corollaire, c'est si tu échoues, alors fais-le vite pour apprendre et rectifier le tir rapidement.»


«Pour ma part, on m'a conseillé de dormir suffisamment et de ne pas laisser mon entreprise dominer ma vie entière», se rappelle Julien Smith, qui continue à faire du surf ou à jouer à Donjons et Dragons avec ses amis d'enfance. «Si tu n'es pas bien personnellement, je parle de santé mentale ou physique, tu ne peux pas être un bon entrepreneur, c'est ce que m'a appris l'École d'entrepreneurship de Beauce», confirme M. Gagnon.


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