Le futur façonne-t-il votre présent?

Publié le 24/11/2011 à 09:15, mis à jour le 24/11/2011 à 13:52

Le futur façonne-t-il votre présent?

Publié le 24/11/2011 à 09:15, mis à jour le 24/11/2011 à 13:52

Par Olivier Schmouker

Les voitures de demain ressembleront-elles à ça? Photo : DR.

BLOGUE. Vous êtes-vous déjà demandé ce qui déterminait le présent? Je veux dire, vraiment demandé? Peut-être vous êtes-vous alors contenté de la réponse logique : le passé. Fin de la réflexion. Mais, est-ce là la bonne réponse?


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A priori, il semble que oui. Pour ne parler que de nous-mêmes, ce que nous sommes en ce moment-même est le fruit, entre autres, de notre ADN, c’est-à-dire l’héritage de nos ancêtres, et des événements qui ont marqué notre vie jusqu’à présent. Mais est-ce bien tout? Eh bien non. Notre présent est aussi le fruit… du futur! Non, non, je ne suis pas fou. J’ai bien écrit le mot «futur». Plus précisément, notre présent résulte en grande partie de notre vision du futur.


Cette idée pour le moins originale n’est pas de moi. (Dommage, j’aurais bien aimé…) J’en ai pris conscience la première fois grâce au philosophe allemand Friedrich Nietzche, qui a dit, je cite de mémoire : «L’avenir, comme le passé, influe sur le présent». Que voulait-il signifier? Que nous construisons notre présent, jour après jour, en fonction de nos aspirations. C’est-à-dire que les objectifs que nous nous fixons, à plus ou moins longs termes, orientent notre destin. Par exemple, quelqu’un qui rêve d’écrire, un beau jour, un roman va agir en conséquence : il va décider de prendre des cours d’écriture, il va se documenter sur le thème qui lui tient à cœur, il va nouer des liens avec d’autres personnes qui aiment les livres, etc. C’est aussi simple que cela.


La seconde fois, c’est tout récemment grâce à une étude très sérieuse intitulée How the future shaped the past : The case of the cashless society et signée par trois professeurs d’histoire, soit Bernardo Batiz-Lazo, de la Bangor Business School (Grande-Bretagne), Thomas Haigh, de l’University of Wisconsin (Etats-Unis), et David Stearns, de la Seattle Pacific University (Etats-Unis). Celle-ci montre à quel point le présent peut être influencé par le futur, en décrivant minutieusement comment cela s’est produit dans le cas de l’avènement de la monnaie électronique aux États-Unis. Une histoire passionnante…


Si nous effectuons aujourd’hui un grand nombre de nos transactions financières par carte de crédit et par Internet, et bientôt par cellulaire, c’est parce qu’un homme a été convaincu que cela se produirait dans le futur. Cet homme s’appellait Edmund Berkeley. Il travaillait chez Prudential Insurance, et la monotonie des procédures routinières de son travail l’a mené à penser que des machines évoluées pourraient tout aussi bien le faire à sa place, et peut-être même mieux. Il en a parlé à ses collègues, puis tenté de convaincre son employeur de devenir la toute première entreprise à se doter d’un ordinateur. Il a aussi rédigé un ouvrage sur le sujet, en 1949, Giant brains or machines that think. Enfin, il a lancé le sujet au sein de la Life Office Management Association. Il se disait convaincu que l’avenir appartenait aux robots. «Tout cela a fait beaucoup dans l’avancement de l’idée que le futur de la finance passait par l’utilisation accrue d’ordinateurs», indiquent les trois professeurs d’histoire, en s’appuyant sur le livre de JoAnne Yates, Structuring the information age (2005).


M. Berkeley a donc été l’étincelle. Celle-ci a été suivie par une petite flamme, née en 1958 d’un article de la Harvard Business Review titré Management in the 1980s et signé par Harold Leavitt et Thomas Whisler. Les auteurs y prédisaient, entre autres, que «le travail des managers serait plus abstrait, à savoir moins collé à la réalité du terrain, pour accorder davantage d’importance à l’anticipation des tendances à venir» et que «les rapports au travail seraient moins personnels, la loyauté envers l’entreprise serait plus faible et les décisions de la haute-direction seraient plus rationnelles». Pourquoi? Parce que l’ordinateur était appelé à prendre une place grandissante dans les entreprises, ce qui inévitablement changerait les habitudes de travail.

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