Kinova a conçu l'autre bras canadien

Publié le 09/02/2012 à 00:00, mis à jour le 09/02/2012 à 14:27

Kinova a conçu l'autre bras canadien

Publié le 09/02/2012 à 00:00, mis à jour le 09/02/2012 à 14:27

Par Dominique Froment

Charles Deguire ne compte plus les membres de sa famille qui sont ou ont été dans les affaires... ni ceux qui souffrent de dystrophie musculaire. 1 + 1 = Kinova, une PME qui donne des bras aux personnes qui en ont perdu l'usage.

Il restait un an d'études à M. Deguire et à Louis-Joseph Caron-L'Écuyer, deux ingénieurs en électricité de 28 ans, quand ils ont lancé en 2006 leur entreprise dans le sous-sol du Centech, l'incubateur technologique de l'ÉTS.

«Les gens ayant perdu l'usage de leurs membres inférieurs sont bien servis par les fauteuils roulants sur le marché. Mais il n'existe à peu près rien pour ceux qui ont perdu l'usage de leurs membres supérieurs», explique M. Deguire, dont la carte d'affaires ne mentionne pas qu'il est ingénieur, car «quand tu parles à des financiers, c'est mieux qu'ils ne sachent pas que t'es ingénieur».

Son bras robotisé a été baptisé Jaco, le surnom de son oncle Jacques Forest. Ce dernier avait développé un bras mécanique qui n'a jamais été commercialisé et, avec son frère Jean-Marc, il avait créé le transporteur adapté Minibus Forest. Tous deux souffraient de dystrophie musculaire. «C'est leur soeur Martine qui m'a dit : «Tu serais capable de faire ça, toi !»» raconte le jeune pdg.

Le bras robotisé Jaco pèse cinq kilos. Il s'installe sur un fauteuil roulant (ce n'est pas une prothèse) et peut être actionné par la partie du corps qui conduit le fauteuil roulant : le menton, un doigt, un pied, etc. Il permet à une personne qui n'a plus l'usage de ses bras de manger, de se verser un verre d'eau, d'ouvrir une porte, etc.

Kinova, de Montréal, a fait fabriquer 70 exemplaires de son bras. Elle en a vendu 55 jusqu'à maintenant, dont 38 aux Pays-Bas, un pays qui prend très au sérieux la cause des personnes handicapées. Le gouvernement néerlandais rembourse le bras de 35 000 $ de Kinova. Au Québec, le gouvernement payera seulement une prothèse.

La stratégie de Kinova, qui emploie 14 personnes, consiste à présenter son bras comme un avantage concurrentiel aux fabricants de fauteuils roulants. Elle leur offre par ailleurs l'exclusivité du territoire, comme elle l'a fait aux Pays-Bas, en France, en Australie, en Angleterre, en Norvège et en Belgique. Son chiffre d'affaires devrait passer de 1,1 M$ en 2011 à 2,4 M$ en 2012.

Juste pour se faire un nom

À l'Hôpital général de Montréal, un anesthésiste a utilisé Jaco pour intuber un patient à distance. En plus de l'avantage de pouvoir opérer à distance, le bras permet de gagner en précision : un mouvement de 10 centimètres d'amplitude de la main du chirurgien qui manipule Jaco peut se traduire, au bout des doigts du robot, par un mouvement d'un millimètre.

C'est ce marché qui intéresse les dirigeants de Kinova. «Jaco, c'est juste pour nous faire un nom», précise M. Deguire. L'intubation, la chirurgie à distance, l'assistance en salle opératoire, l'échographie à distance, etc. Voilà les cibles de la PME sur un horizon de quatre à cinq ans.

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