L'importation pave la voie à l'exportation

Publié le 26/05/2012 à 00:00, mis à jour le 10/09/2012 à 11:57

L'importation pave la voie à l'exportation

Publié le 26/05/2012 à 00:00, mis à jour le 10/09/2012 à 11:57

Par Les Affaires

Lorsque gouvernements et organismes de soutien à l'entreprise parlent d'internationalisation des PME, ils font spontanément référence à l'exportation. Pourtant, importation, sous-traitance et collaborations internationales font aussi partie des stratégies de ces entreprises.

Par Frédéric Laurin

C'est ce que révèle l'étude «Mondialisation et internationalisation des PME : Le comportement des PME manufacturières québécoises», une vaste enquête que nous avons menée récemment auprès de 600 manufacturières québécoises.

Plus spécifiquement, l'étude nous apprend que 68 % des PME manufacturières québécoises importent, 52 % exportent (22 % ailleurs qu'aux États-Unis), 17 % font appel à de la sous-traitance à l'étranger et 14 % collaborent avec des partenaires internationaux.

Trois raisons

Autre révélation : plus une entreprise importe, plus elle est aussi susceptible d'exporter. Trois raisons le justifient :

1. Offrir de la qualité à bon prix : Pour percer les marchés internationaux, une entreprise doit offrir un produit de qualité supérieure ou très abordable. Afin d'atteindre cet objectif, il lui faut trouver des composantes dotées des mêmes caractéristiques. Un défi qui la pousse à ratisser la planète pour dénicher les meilleurs fournisseurs. Donc, à importer pour réussir à exporter.

2. Sortir du cadre : Quand une entreprise importe, elle accroît ses chances de diversifier ses occasions d'affaires (sous-traitance, collaborations internationales) et de sortir du cadre habituel de l'import-export. Par exemple, les connaissances d'un fournisseur (contacts, procédures, références, etc.) situé en France pourront l'aider à développer ce marché.

3. S'internationaliser : Plus une entreprise acquiert de l'expérience à l'étranger, plus elle s'internationalisera.

Ces résultats sont fort importants, car ils nous apprennent que l'importation pave, en fait, la voie à l'exportation. Les PME font ainsi leurs premières armes à l'international. Les décideurs gouvernementaux auraient donc tout intérêt à s'appuyer sur les autres accès à l'internationalisation (importation, sous-traitance, collaborations) pour stimuler l'exportation. Pour ce faire, ils pourraient subventionner l'accès à des foires internationales, encourager le développement de réseaux de fournisseurs potentiels, etc.

Il serait aussi avantageux pour les PME d'embaucher un responsable de l'approvisionnement international. Un professionnel proactif qui se consacrerait à la recherche de fournisseurs étrangers pour mieux répondre aux besoins de l'entreprise. Très peu de PME appliquent cette stratégie qui représente pourtant un véritable atout.

Accès au marché

Enfin, contrairement à ce que l'on peut croire, l'importation et la sous-traitance à l'étranger ne représentent pas invariablement une menace pour notre économie. Bien que la décision de s'approvisionner à l'étranger engendre parfois une délocalisation d'emplois, elle aide les entreprises à accroître leurs parts de marché, ce qui, par conséquent, permet de maintenir les emplois et la richesse du Québec. Une notion que l'on semble avoir de la difficulté à comprendre au Canada, surtout du côté des autorités publiques.

Mettre en place des règles qui ont pour effet de bloquer les importations pourrait donc se révéler plus nuisible pour notre économie.

Professeur en économie à l’Université du Québec à Trois-Rivières, Frédéric Laurin est chercheur à l’Institut de recherche sur les PME. Créé en 1997, cet organisme a pour mission de faire évoluer les connaissances sur les PME, d’aider au développement des entreprises et d'éclairer les gouvernements en matière de politiques publiques. www.uqtr.ca/inrpme

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