Des assurances collectives trop généreuses nuisent à la productivité

Publié le 16/06/2012 à 00:00, mis à jour le 10/09/2012 à 11:57

Des assurances collectives trop généreuses nuisent à la productivité

Publié le 16/06/2012 à 00:00, mis à jour le 10/09/2012 à 11:57

Par Les Affaires

À une certaine époque, les travailleurs allemands et scandinaves pouvaient s'absenter pendant de longues périodes sans pénalité salariale et sans devoir présenter de justificatif médical. Lorsque les politiques ont été resserrées, le taux d'absentéisme a instantanément et radicalement chuté dans l'ensemble de ces pays.


Par Guy Lacroix


La preuve était alors faite : plus les lois régissant l'absentéisme étaient généreuses, plus les employés s'absentaient. Restait maintenant à déterminer si ce même constat pouvait s'appliquer dans le cas des assurances maladie collectives ?


Pour mieux comprendre le phénomène, nous avons étudié le comportement de travailleurs atteints de migraine chronique chez un manufacturier américain comptant plus de 60 000 employés. Pourquoi la migraine ? Tout d'abord, parce qu'environ 15 % des gens en souffrent aux États-Unis. Ensuite, parce que cette maladie est difficile à diagnostiquer. Il est, par conséquent, plus facile de prolonger un congé de maladie lorsqu'on souffre d'un mal de tête que lorsqu'on a un bras cassé. Nous avons donc analysé tous les dossiers des employés de l'entreprise ayant été diagnostiqués migraineux chroniques sur une période de trois ans. L'entreprise offrait trois différentes assurances collectives et voulait savoir, entre autres, si leur générosité relative avait une incidence sur la durée et la fréquence de l'absentéisme occasionné par cette maladie.


L'entreprise voulait aussi savoir si la prise d'un médicament dispendieux contre la migraine réduisait davantage le taux d'absentéisme qu'un autre moins onéreux.


Nos conclusions : le type de médicament administré a peu d'effets sur l'absentéisme au travail. En conséquence, il est préférable de recourir au médicament moins dispendieux. Par contre, le type de police d'assurance joue un rôle indéniable. Ainsi, nous avons constaté que, plus un régime d'assurances collectives est contraignant, en obligeant par exemple, les travailleurs à consulter un groupe de médecins prédéterminés plutôt qu'un professionnel de leur choix, plus l'absentéisme est faible et les absences, de courte durée.


En connaissant mieux son patient, le médecin évite de prolonger inutilement le congé. Ainsi, les coûts s'en trouvent moins élevés pour l'employeur. Par ailleurs, une relation plus suivie favorise probablement un traitement mieux adapté à l'état de santé du travailleur.


À la lumière de ces résultats, les entreprises québécoises auraient donc tout intérêt à analyser le taux d'absentéisme associé à certaines maladies et à modifier leur régime d'assurances collectives en conséquence. En règle générale, les grandes entreprises détiennent ces données ; toutefois, rares sont celles qui se prêtent à cet exercice. Et pourtant, les gains de productivité peuvent être considérables.


Professeur titulaire au Département d’économique de l’Université Laval, Guy Lacroix est aussi codirecteur du CIRPÉE (Centre interuniversitaire sur le risque, les politiques économiques et l'emploi). Créé en 2002, cet organisme a pour mission d’analyser les avantages et les coûts associés aux politiques publiques par le biais de l'étude des multiples facettes du fonctionnement du marché du travail et des stratégies de financement des entreprises. www.cirpee.org


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