Décrocher pénalise plus qu'avant

Publié le 18/08/2012 à 00:00, mis à jour le 13/09/2012 à 11:04

Décrocher pénalise plus qu'avant

Publié le 18/08/2012 à 00:00, mis à jour le 13/09/2012 à 11:04

À l'heure où le conflit étudiant n'est toujours pas réglé, certains jeunes se demandent sûrement si tous ces efforts en valent vraiment la peine. Ne seraient-ils pas déjà riches s'ils allaient tenter leur chance dans les sables bitumineux ou dans le Grand Nord ?


Malgré les gains rapides que promettent les ressources naturelles, il n'en demeure pas moins que notre économie repose de plus en plus sur le savoir. Les entreprises peinent à recruter de la main-d'oeuvre qualifiée. Résultat : décrocher aujourd'hui pénalise encore bien plus qu'avant. Une récente recherche que nous avons menée nous apprend même que persévérer dans ses études s'avère actuellement l'un des investissements les plus payants.


Pour effectuer cette analyse, nous avons utilisé les données de revenus de travail des quatre recensements canadiens de 1991 à 2006. Nous voulions savoir quel était le rendement de l'éducation au Canada, par niveau de diplôme, pour les travailleurs de 21 à 35 ans (hormis les travailleurs autonomes).


Notre objectif : tenter de dégager des messages pour les jeunes. Doivent-ils poursuivre, ou non, leurs études ? Et jusqu'où doivent-ils se rendre pour s'assurer une vie confortable ?


Plus avantageux


Hors de tout doute, nos analyses montrent que détenir un diplôme postsecondaire au Canada est nettement plus avantageux qu'un diplôme d'études secondaires. Et ce, que l'on soit un homme ou une femme, que l'on habite en Alberta ou au Québec, que l'on parle l'anglais, le français ou les deux langues, que l'on soit immigrant ou non. Ainsi, un bachelier gagne 40 % de plus par semaine qu'une personne qui n'a complété qu'un secondaire V. L'écart grimpe à 80 % lorsqu'on possède un diplôme de deuxième cycle.


Étudier est le meilleur des investissements


Autre constat : les rendements en éducation ont augmenté de près de 20 % entre 1990 et 2005. Autrement dit, il est plus payant de poursuivre ses études aujourd'hui qu'avant. Cette progression s'observe davantage chez les femmes. Ainsi, les revenus hebdomadaires d'une bachelière sont 60 % plus élevés que ceux d'un diplômé d'études secondaires. Il n'y a aucun investissement qui ne rapporte actuellement autant.


En contrepartie, décrocher s'avère vraiment l'une des pires décisions de sa vie. Sans diplôme d'études secondaires, un travailleur gagne en moyenne 20 % de moins que celui qui l'a obtenu (donc 40 % de moins qu'un bachelier).


Et l'écart se creuse depuis 1990 en raison du virage de l'économie vers le savoir. Les décrocheurs d'au-jourd'hui risquent donc de moins bien s'en tirer que ceux qui ont décroché par le passé.


Nous avons également constaté que l'expérience procure une augmentation salariale d'environ 7 % par année chez les 21 à 35 ans. C'est la strate d'âge qui connaît les plus grands gains. Ainsi, persévérer pour obtenir un diplôme postsecondaire rapporte rapidement.


À la lumière de ces résultats, il nous apparaît essentiel que le gouvernement soutienne l'éducation postsecondaire et que notre société mette tout en oeuvre pour éviter le décrochage des jeunes.


L'auteur est professeur de sciences économiques à l'École de gestion de l'UQAM et chercheur au Centre interuniversitaire sur le risque, les politiques économiques et l'emploi. Créé en 2002, le CIRPÉE a pour mission d'analyser les avantages et les coûts associés aux politiques publiques par l'étude des multiples facettes du fonctionnement du marché du travail et des stratégies de financement des entreprises.

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