Capital-risqueurs : les PME en veulent (surtout) à leur argent

Publié le 04/08/2012 à 00:00, mis à jour le 13/09/2012 à 11:01

Capital-risqueurs : les PME en veulent (surtout) à leur argent

Publié le 04/08/2012 à 00:00, mis à jour le 13/09/2012 à 11:01

Pourquoi les PME québécoises font-elles appel aux sociétés de capital de risque ? Quels types de relations tissent-elles avec ces investisseurs ? Comment les perçoivent-elles ? Pour répondre à ces questions, nous avons réalisé une étude auprès de petites et moyennes entreprises qui font ou qui ont fait affaire avec au moins un capital-risqueur.

Principal résultat : contrairement à ce que nous croyions initialement, les dirigeants de PME se tournent vers les capital-risqueurs avant tout pour obtenir les fonds nécessaires au développement de leur entreprise, et ce, en raison d'un financement bancaire inaccessible. Les sociétés de capital de risque constituent ici leur dernière avenue pour assurer la croissance de leur entreprise.

Autrement dit, l'étude révèle que les dirigeants de PME québécoises ne solliciteraient pas principalement les capital-risqueurs pour les autres attraits qu'ils peuvent présenter : des conseils, un accès à leur réseau de contacts, une aide pour obtenir un financement supplémentaire auprès d'autres bailleurs de fonds, des informations sur les activités d'innovation ou encore un soutien à la mise en marché de produits. En fait, ces motivations occupent presque le dernier rang sur la liste de celles que nous leur avons proposées.

Et c'est justement cette réalité qui peut parfois engendrer certains irritants dans la relation que l'entreprise entretiendra avec son investisseur, car si le dirigeant est davantage intéressé par l'argent que par les conseils, il percevra le soutien non monétaire des capital-risqueurs comme une véritable intrusion, voire une ingérence dans sa prise de décision. Il lui sera alors difficile de créer une véritable relation de confiance et de bénéficier pleinement des avantages offerts par ces investisseurs. Le partenariat ne pourra porter ses fruits que si chacun comprend et accepte le rôle et les motivations de l'autre.

Clarifier les attentes dès le départ

À la lumière de ces résultats, il nous paraît essentiel que la société de capital de risque exprime clairement, et ce, dès le départ, ses attentes envers l'entrepreneur. Exigera-t-elle la formation d'un conseil d'administration ? La direction devra-t-elle lui présenter des rapports trimestriels ou encore acquérir une nouvelle expertise ? Par définition, un entrepreneur aime avoir les coudées franches et agir sans contrainte. D'où l'importance qu'il comprenne, d'entrée de jeu, la valeur ajoutée que cette alliance peut lui procurer et en quoi consistera exactement la contribution non financière de l'investisseur.

Cette meilleure compréhension lui évitera bien des frustrations et l'incitera à faire preuve de cette transparence essentielle à la réussite de tout partenariat. Car ce n'est qu'en considérant les capital-risqueurs comme de vrais associés qu'il pourra tirer pleinement profit de cette association.

Le marché canadien du capital de risque représentait 276 M $ en 2010, dont 99 M $ destinés au démarrage d'entreprises. Source : Théophile Serge Nomo

Professeur en finance et directeur du programme MBA à l'Université du Québec à Trois-Rivières, Théophile Serge Nomo est chercheur à l'Institut de recherche sur les PME, qui a pour mission d'aider au développement des entreprises et d'éclairer les gouvernements en matière de politiques publiques. (www.uqtr.ca/inrpme)

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