L'écologisme supplantera-t-il le capitalisme?

Publié le 28/11/2015 à 10:12

L'écologisme supplantera-t-il le capitalisme?

Publié le 28/11/2015 à 10:12

Par François Normand

Source photo: Shutterstock

ANALYSE DU RISQUE 4de4 (COP21) – Largement inspiré de l'écologisme, ce mode de production représente un compromis entre la décroissance et le capitalisme actuel. Il pourrait même permettre de conjuguer réellement croissance économique et protection de l'environnement. Bienvenue dans l'univers du «capitalisme naturel».


1de4 Climat: il faudra s'adapter



2de4 Les coûts économiques seront majeurs



3de4 Les investisseurs seront à risque



4de4 L'écologisme supplantera-t-il le capitalisme?


Détrompez-vous, on ne parle pas ici de développement durable, mais d'un nouveau modèle de capitalisme qui forcerait les entreprises, les organisations et la société à révolutionner entièrement leur mode de production, et ce, en s'inspirant et en protégeant systématiquement la nature.


Quelle est la différence avec le développement durable?


Depuis des années, le développement durable essaie de limiter les impacts négatifs de la croissance économique sur la planète, et ce, des émissions de gaz à effet de serre (GES) à l'épuisement des ressources naturelles.


Or, même s'il donne des résultats tangibles et que des progrès sont observables (réduction de GES, efficacité énergétique, réduction des déchets), le développement durable n'arrive pas à livrer la marchandise, soulignent les spécialistes.


Les émissions de GES continuent malgré tout de progresser dans le monde.


La planète se réchauffe.


Et l'humanité consomme les ressources de la Terre à un rythme plus rapide que leur taux de renouvellement.


C'est mathématique: l'humanité gruge le capital naturel de la planète (le sol, les minéraux, le pétrole, les arbres, l'eau, les poissons, l'air, etc.), un capital qui a mis des milliards d'années à s'accumuler.


La solution?


Elle résiderait dans le capitalisme naturel.


C'est du moins ce que prétendent Paul Hawken, Amory Lovins et L. Henter Lovins, les auteurs de Natural Capitalism, un essai publié en 1999 qui a fait grand bruit (il n'a pas été traduit en français).


Peter Senge, grand spécialiste des systèmes (dans la nature, la société et les sciences) et auteur de The Fifth Discipline: The Art and Pratice of the Learning Organization, a même écrit à propos de ce livre:


«Si La richesse des nations d'Adam Smith a été la Bible de la première révolution industrielle, le Capitalisme Naturel pourrait bien être celle de la prochaine révolution.»


Comment fonctionne le capitalisme naturel?


Pour le pratiquer, les entreprises, les organisations et la société devront procéder à des mutations majeures dans leurs pratiques industrielles et commerciales, selon Paul Hawken, Amory Lovins et L. Henter Lovins.


1. Accroître radicalement la productivité des matières premières


Une utilisation plus efficace des ressources (de leur extraction jusqu'à la fin de vie des produits de consommation) ralentirait l'appauvrissement des matières premières, diminuerait la pollution et réduirait encore davantage les émissions de GES.


Comment y arriver? En rendant beaucoup plus efficaces les processus industriels, les transports et les immeubles.


Ces gains de productivité réduiraient aussi les coûts des entreprises.


2. Pratiquer le biomimétisme


Aujourd'hui, beaucoup trop de produits se retrouvent (entièrement ou en partie) dans les sites d'enfouissement. Or, si nous imitons la nature, nous pourrions éliminer jusqu'à l'idée même de produire des déchets.


Ainsi, comme dans la nature, tout produit en fin de vie deviendrait un élément nutritif pour l'écosystème ou pour la fabrication d'un autre produit. Ce qui favoriserait la constante réutilisation des matières premières et l'élimination des matières toxiques.


Certaines entreprises pratiquent déjà une forme d'écologie industrielle, où des industries utilisent des rejets d'industries voisines (chaleur et vapeur, eau, gaz issus de la raffinerie, gypse de synthèse, biomasse et engrais liquide, boues d'épuration, etc.).


Par exemple, la ville portuaire de Kalundborg, au Danemark, est aujourd’hui devenue une référence mondiale en termes d’écologie industrielle, selon l'Association industrielle de l'Est de Montréal.


Mais pour y arriver à grande échelle et éliminer à terme les déchets, les entreprises devront inventer des matériaux, des procédés et des produits qui permettront de former systématique des boucles de recyclage.


3. Instaurer une économie de services et de location


Les auteurs de Natural Capitalism proposent une révolution mentale, où l'on migrerait progressivement d'une économie de biens et d'achats à une économie de services et de location.


Bref, au lieu d'acheter des produits, on les louerait systématiquement - on peut déjà le faire du reste avec certains biens.


Par exemple, Paris offre le service de partage Autolib's, qui permet d'utiliser des voitures comme les vélos Bixi à Montréal.


L'idée est d'étendre ce principe à la plupart des biens.


Ainsi, une fois son utilisation par le consommateur terminée, le bien serait repris en charge par l'entreprise qui pourrait alors le louer à une autre personne ou le recycler.


4. Investir dans le capital naturel


Aucune société ne peut prospérer (voir survivre) à terme si son environnement se dégrade. C'est pourquoi il est urgent de réinvestir dans la restauration, le maintien et l'accroissement des écosystèmes de la planète, selon les auteurs de Natural Capitalism.


Pourquoi? Parce qu'ils fournissent des services essentiels (production d'eau et d'oxygène, filtration de l'eau et de l'air, régulation du climat, protection contre l'érosion, etc.) .


Et cette stratégie est payante.


Par exemple, en 2002, la ville de New York a pu éviter de dépenser 5 milliards de dollars américains pour construire une nouvelle station d'épuration.


Comment? En investissant tout simplement dans un programme peu coûteux de restauration écologique du bassin versant des Catskills Mountains, où la ville s'approvisionne en eau.


Les mutations profondes que proposent les auteurs de Natural Capitalism sont-elles réalistes?


Beaucoup de personnes en douteront à coup sûr.


Quoi qu'il en soit, les entreprises, les organisations et les sociétés devront mettre les bouchées doublent pour réduire leurs impacts sur l'environnement, s'entendent pour dire les spécialistes.


Car le statu quo est insoutenable à long terme.


Nous consommons et gaspillons trop de ressources.


Les économies émergentes comme la Chine et l'Inde continueront à se développer.


Et, loin de se stabiliser, la population de la Terre continue d'augmenter. Selon l'Organisation des Nations unies, elle pourrait passer de 7,3 à 11,2 milliards d'habitants d'ici 2100.


Ce qui représente l'ajout de trois Chine.


Et si nous n'avions finalement pas le choix de tous devenir des «capitalistes naturels»?


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