Planifier pour déjouer les émotions

Offert par les affaires.com

Publié le 23/12/2021 à 16:00

Planifier pour déjouer les émotions

Offert par les affaires.com

Publié le 23/12/2021 à 16:00

Par Richard Cloutier

(Photo: Scott Graham pour Unsplash)

COMPTABLE ET LITTÉRATIE FINANCIÈRE.  « Investisseurs, vos décisions sont biaisées », écrivait récemment le planificateur financier David Truong, conseiller au Centre d’expertise de Banque Nationale Gestion privée 1859, dans un billet pour l’Institut québécois de planification financière.    

Il y signale que « les biais comportementaux affectent le processus de prise de décision en nous amenant par exemple à décider en fonction d’un jugement erroné, de nos émotions, de notre intuition ou de notre humeur ». Selon lui, la meilleure façon d’éviter de commettre des erreurs à cause de ces biais, « c’est d’avoir un plan et de le suivre ».

Craig Basinger, chef de la stratégie de marché à Purpose Investments, abonde dans le même sens. « L’adoption d’une approche systématique en matière d’investissement peut aider à éliminer l’émotion du processus. Cela peut aider à compenser de nombreux pièges comportementaux », souligne-t-il dans un billet diffusé par l’Organisme canadien de réglementation du commerce des valeurs mobilières.

Plus facile à dire qu’à faire, toutefois. « Le risque de panique – ou le risque que les épargnants sapent leurs propres objectifs en allant à l’encontre de leurs plans d’investissement – est intrinsèquement lié au comportement des épargnants », estime Steve Wendel, directeur des sciences comportementales à la firme Morningstar, cité dans la « Trousse du conseiller sur l’économie comportementale » de Gestions de placement Manuvie (GPM). 

L’expert est d’avis que ce « n’est pas le portefeuille qu’il faut aider, mais plutôt l’épargnant ». Il précise toutefois que pour aider l’épargnant, « les planificateurs financiers peuvent utiliser des outils inspirés de la science comportementale ».

À cet égard, GPM a conclu un partenariat avec le BEworks Research Institute, une société d’experts-conseils ontarienne en économie comportementale, afin de l’aider à transformer la relation entre l’investisseur et le professionnel des services financiers, tout en renforçant la probabilité qu’un investisseur suive des conseils financiers professionnels.

« Malgré la valeur évidente des conseils financiers professionnels, bon nombre de personnes ne cherchent ni à en obtenir ni à suivre ceux qu’elles reçoivent », concluent ainsi les auteurs de l’Étude de 2021 sur la valeur des conseils financiers fondés sur le comportement, menée par BEworks pour GPM.

Des outils et de la formation ont donc été développés afin que les conseillers « comprennent mieux et puissent contrer l’incidence négative des émotions humaines, surtout lorsque les marchés sont volatils ». La « Trousse du conseiller sur l’économie comportementale de Manuvie » propose ainsi aux conseillers une série de stratégies pour combattre les placements émotionnels. Par exemple, « favoriser la cohérence interne », dans le but d’aider leurs clients à respecter leur plan financier.

La série de textes Astuces monétaires a aussi été développée par GPM dans l’objectif d’amener les particuliers à « prendre de meilleures décisions financières » grâce à des techniques destinées à atténuer les biais comportementaux. L’une d’elles étant de les inviter à déterminer les priorités financières réellement importantes pour eux, de manière à éviter les distractions et de mieux tenir compte de leur situation d’ensemble.

 

Un outil pour mieux se connaître

Manuvie n’est pas la seule institution à miser sur l’étude de la finance comportementale et à son application au domaine de la gestion de patrimoine. Le Groupe Banque TD s’est par exemple associé avec le centre de recherche de l’Université de Toronto actif dans cette discipline, le Behavioural Economics in Action at Rotman (BEAR). 

Ainsi, Gestion de patrimoine TD (GPTD) mise sur la science du comportement et la psychologie des investisseurs pour aider ses clients à mieux se comprendre, puis à mieux comprendre ce qui motive leurs choix en matière de finance et de placements. L’institution a développé à l’intention de ses conseillers un outil technologique appelé « Votre personnalité quant à la gestion de patrimoine ». Celui-ci fait « appel aux dernières recherches dans le domaine de la finance comportementale », précise Isabelle Ménard, vice-présidente et cheffe régionale Québec et Atlantique des Services privés à GPTD.

L’outil utilise le modèle des cinq traits de personnalité — conscience, amabilité, réactivité, extraversion et ouverture — pour évaluer les grands traits de personnalité du client à l’aide de 50 énoncés. Ses résultats peuvent servir à prédire ses comportements et à repérer ses motivations sous-jacentes, ce qui permet aux conseillers d’interpréter la manière dont il prend des décisions concernant son argent ou ses investissements.  

L’évaluation de la personnalité effectuée à l’aide de cet outil « permet de générer des conseils et des conversations de planification plus personnalisés », signale Isabelle Ménard.

Au-delà de la relation client conseiller, cet outil a l’ambition d’apporter un éclairage sur les motivations propres à chacun. « Le principe qui sous-tend l’évaluation est que plus vous vous comprenez vous-même, mieux vous pouvez être outillé pour prendre de bonnes décisions en vue d’atteindre vos objectifs financiers », indique la CPA et auteure financière Robin Taub, mandatée par GPTD pour en faire l’essai.

« En renforçant votre conscience de soi, vous pouvez découvrir pourquoi vous prenez certaines décisions et mieux comprendre les “angles morts” financiers inconscients qui peuvent influencer ces décisions », ajoute-t-elle.

 

 Toutes les décisions incluent des préjugés ou des raccourcis mentaux basés sur nos expériences de vie et sur les connaissances accumulées », affirme Craig Basinger, chef de la stratégie de marché à Purpose Investments, dans un billet diffusé en janvier dernier par l’Organisme canadien de réglementation du commerce des valeurs mobilières.
Il ajoute que « la plupart du temps, ces préjugés nous permettent d’arriver rapidement à la “meilleure” décision sans trop d’effort mental, mais ils peuvent parfois nous amener à faire des choix moins optimaux. Lorsqu’il s’agit d’investir, ces préjugés peuvent nous nuire beaucoup plus que nous aider ».
La question liée à l’à-propos de reporter après 60 ans, ou même 65 ans, le moment de commencer à recevoir ses prestations du Régime de rentes du Québec (RRQ) et de la Pension de la sécurité de la vieillesse (PSV), illustre bien l’impact de certains biais comportementaux sur le processus de prise de décision, estime Nathalie Bachand, actuaire, planificatrice financière et cofondatrice de Bachand Lafleur, groupe conseil.
« C’est une question que les clients posent presque toujours, et bien que dans la majorité des cas, un report serait indiqué, il y a malheureusement encore une grande proportion de la population qui demande systématiquement à recevoir ces prestations aussitôt qu’elle y a droit », déplore-t-elle. 
À son avis, il est « relativement aisé » d’illustrer l’aspect logique de cette décision lorsque l’on construit un plan financier. Toutefois, « lorsque vient le temps de l’appliquer, il y a d’autres forces qui viennent contrecarrer cette logique, rappelle-t-elle. Dont des gens qui se disent : “Pourquoi je laisse aller l’argent que le gouvernement pourrait me donner ?” ». 
Une expérience concluante
Les bénéfices pour les investisseurs de consulter un professionnel est un autre aspect influencé par la finance comportementale. 
Évoquant le rapport « Perspective sur le risque comportemental », produit cette année par Gestion de patrimoine TD et le centre de recherche de l’Université de Toronto dans cette discipline, le Behavioural Economics in Action at Rotman (BEAR), la CPA et auteure financière Robin Taub signale pour sa part qu’« élaborer un plan financier axé sur des objectifs avec un conseiller professionnel peut aider à réduire les décisions risquées en période de repli des marchés ».
Elle ajoute que, toujours selon les résultats de cette étude, les investisseurs « qui avaient établi un plan avec leur conseiller étaient deux fois moins susceptibles d’être tentés de s’écarter de leur stratégie de placement que ceux qui n’en avaient pas du tout ».
« Alors, pourquoi moins de la moitié de tous les investisseurs canadiens recherchent-ils des conseils financiers professionnels ? », questionne Gestion de placements Manuvie dans son « Étude sur la valeur 2021 des conseils financiers éclairés par le comportement ».
Dans le cadre de cette dernière, menée par la société d’experts-conseils ontarienne BEworks Research Institute pour Manuvie, une simulation de prise de décision de placement à laquelle ont participé 2 991 personnes visait à trouver des moyens d’atténuer ou d’éliminer certains biais comportementaux. Un groupe témoin a permis d’évaluer l’écart en matière de résultats d’investissement.
Tous les participants, divisés en groupes, ont reçu la somme virtuelle de 250 000 $ à investir sur une période de cinq ans, ainsi que les mêmes conseils concernant l’allocation d’actifs. Toutefois, « le langage utilisé pour fournir les conseils à chaque groupe de participants a été modifié » pour inclure certains biais comportementaux. Cela a permis d’étudier les effets de différents styles de conseils sur le comportement des investisseurs.
L’expérience a montré que les « clients sont plus susceptibles de suivre des conseils financiers axés sur le comportement », résume Gestion de placements Manuvie. Les investisseurs du groupe de contrôle se sont ainsi écartés des conseils reçus de 13 % à 36 % plus souvent que ceux qui ont reçu les conseils adaptés aux biais comportementaux.
Les participants qui ont reçu des conseils adaptés ont aussi construit des portefeuilles de fonds plus diversifiés et optimisés, et ont davantage réparti leur risque que les investisseurs qui ont bénéficié de conseils génériques, précise l’Étude. 
Les portefeuilles du groupe aux conseils adaptés ont ainsi montré des ratios risque/rendement nettement meilleurs, ce qui leur a valu des ratios de Sharpe — une mesure du rendement d’un investissement par rapport à son risque — plus élevés, soit entre 0,63 et 0,61, en comparaison de 0,57 pour le groupe témoin. Habituellement, plus le ratio de Sharpe est élevé, meilleur est le rendement en fonction du risque encouru. 
En fin de compte, l’expérience du BEworks Research Institute a démontré l’importance de la manière dont l’information est fournie. Elle a en outre « révélé que la perception des participants à l’égard des professionnels de la finance s’améliorait chez les participants ayant reçu des conseils adaptés », y indique-t-on. Ce qui, estiment les auteurs de l’étude, est susceptible de « créer de meilleurs résultats pour ces investisseurs ».

 

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