PILI : Des bactéries qui produisent de l’encre bio

Publié le 18/11/2015 à 00:01

PILI : Des bactéries qui produisent de l’encre bio

Publié le 18/11/2015 à 00:01

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« Aujourd’hui, la majorité des colorants sont d’origine pétrochimique, et ont un impact environnemental désastreux. Or, on peut choisir un autre procédé, celui de la synthèse biologique par fermentation », explique Thomas Landrain, un des trois cofondateu

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Par Denis Fainsilber, Les Échos (France)


PROCÉDÉS DURABLES – Faire « pousser » de l’encre à partir de bactéries naturelles, et non plus la fabriquer à partir de dérivés de la pétrochimie, avec des pigments toxiques et difficiles à recycler : PILI


Biotech, une jeune start-up qui a réalisé ses « preuves de concept », tente ce pari. Elle s’affaire maintenant à boucler une collecte de fonds de 700 000 euros (1 M$ CA), pour pouvoir s’éloigner des prototypes et préparer la phase plus industrielle.


« Aujourd’hui, la grande majorité des colorants sont d’origine pétrochimique, et ont un impact environnemental désastreux. Or, on peut choisir un autre procédé, celui de la synthèse biologique par fermentation », explique Thomas Landrain, 30 ans, un des trois cofondateurs de PILI.


« Le vivant est doué pour synthétiser des molécules complexes, ajoute-t-il. Un peu comme pour la bière, où les levures vont se nourrir sur un substrat, on peut faire appel aux bactéries qui sont des organismes naturels, en particulier les streptomyces. On utilise la capacité des micro-organismes à sécréter des colorants, ce qui se passe en quelques jours, à une température de 25 à 30 degrés, sans même avoir besoin de chauffer. »


À l’étape des premiers produits


D’ores et déjà, les trois associés (Thomas Landrain, Jérémie Blache et Marie-Sarah Adenis) maîtrisent ainsi cinq colorants, des couleurs primaires qui peuvent ensuite être mélangées entre elles pour étoffer l’éventail de couleurs. Lauréats de la dernière édition du concours


Fin 2014, la petite équipe a quitté son labo communautaire parisien, La Paillasse, pour s’installer provisoirement à Evry afin de bénéficier du bioparc du Génopole, de ses équipements et expertises. Elle devrait ensuite déménager à Londres, pour se rapprocher de ses nouveaux investisseurs, en particulier un fonds britannique financé par des fonds publics.


Objectif : sortir des produits en « pré-pilote », avec une qualité commerciale avérée, fin 2016. C’en est donc presque fini avec la « biologie de garage » des débuts : le procédé défendu par Thomas Landrain avant la constitution de la biotech a fait ses premiers pas non dans des salles blanches mais... dans un squat de Vitry-sur-Seine.


Divers débouchés


Quels seraient les utilisateurs potentiels pour ce procédé biodégradable ? Un premier partenariat de R-D a été pris avec un grand fabricant de stylos-bille, pour qui ce serait le premier instrument d’écriture à encre « bio ». Cet été, la biotech a réalisé des tests à partir d’une imprimante Epson standard, avec de l’encre liquide « fait maison » ayant donné de bons résultats, « une première mondiale ».


D’autres tests sont menés en parallèle pour imprimer sur du textile, en faisant pousser cette fois les bactéries directement sur le tissu, ce qui crée des motifs assez originaux et reproductibles.


D’autres secteurs potentiels pour l’encre biodégradable pourraient être l’imprimerie ou l’emballage, sachant que les études de marché restent encore à affiner. « L’enjeu est de pouvoir utiliser notre procédé à grande échelle et à des coûts raisonnables », ajoute Jérémie Blache, un ancien de l’école de commerce de Toulouse et d’une banque d’investissement.


Mais là, l’enjeu est de taille. La cible commerciale de PILI : produire des encres naturelles à 1 000 euros (1 430 CA) le kilo, soit 4 à 10 fois moins qu’actuellement.


Or, pour le moment, les colorants de synthèse d’origine pétrochimiques se vendent plutôt dans une fourchette de 10 et 50 euros (43 à 71 $ CA) du kilo. Quant à la propriété industrielle, pas question de tout verrouiller par des brevets : « Pour nous, l’open source est vraiment clé, insiste le biohacker Thomas Landrain. Nous voulons garder une stratégie de partage avec la communauté, développer la compréhension de notre technologie et les partenariats avec des acteurs extérieurs. »


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