La transition réussie de l’Allemagne vers les énergies renouvelables

Publié le 18/11/2015 à 00:01

La transition réussie de l’Allemagne vers les énergies renouvelables

Publié le 18/11/2015 à 00:01

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Dans la nuit du 27 au 28 juin 2015, la centrale nucléaire de Grafenrheinfeld (Bavière), dont la construction avait débuté en 1974, a été déconnectée du réseau électrique allemand. Photo : E.ON, press photo.

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Par Jürgen Flauger et Klaus Stratmann, Handelsblatt (Allemagne)

ÉNERGIES RENOUVELABLES – Le 25 juillet 2015 n’était pas une belle journée d’été pour tous les Allemands. Le soleil brillait au sud, l’Ouragan Zelijko se déchaînait dans le nord. Mais pour la transition énergétique en Allemagne, c’était jour de fête : 78 % des besoins en électricité de l’Allemagne étaient couverts par des sources d’énergie renouvelable, du jamais vu jusqu’ici. Sur la côte nord, l’ouragan faisait tourner les éoliennes à plein régime, au sud, les cellules photovoltaïques s’échauffaient sous l’effet du rayonnement solaire. Les énergies renouvelables ont atteint un pic de puissance d’environ 48 gigawatts, un rendement que même 50 centrales à charbon ont peine à fournir.

La transition énergétique allemande s’opère inexorablement. Un mois plus tôt, dans la nuit du 27 au 28 juin, à 23 h 59 précises, la centrale nucléaire de Grafenrheinfeld (Bavière) a été déconnectée du réseau. Pour toujours. Le réacteur a fonctionné pendant 33 ans et, d’un point de vue technique, la centrale aurait pu encore produire de l’électricité pendant une vingtaine d’années. Mais elle était la prochaine victime visée par la politique du gouvernement de la Chancelière Angela Merkel concernant la sortie définitive du nucléaire civil. « Nous demandons depuis des années l’abandon de la technologie nucléaire qui représente une menace mortelle. La fermeture définitive de la centrale de Grafenrheinfeld est une victoire et une occasion de se réjouir », avait déclaré Hubert Weiger, président de l’Union pour l’environnement et la protection de la nature en Allemagne.

L’Allemagne prouve ainsi que même l’une des plus grandes économies du monde peut maîtriser la transition vers les énergies renouvelables. Mais l’exemple de l’Allemagne montre également à quel point cette transition énergétique est épineuse et complexe. Les coûts associés sont difficilement contrôlables et les réseaux commencent à atteindre leurs limites de charge.

Une loi sur les énergies renouvelables

Éolien, solaire, biomasse et hydraulique : dès 2014, 28 % des besoins énergétiques de l’Allemagne étaient couverts par ces sources d’énergie renouvelable. L’objectif du gouvernement d’élever cette proportion à 35 % d’ici 2020 est donc parfaitement réalisable.

En 2000, lors de l’adoption de la loi allemande sur les énergies renouvelables (EEG) et du lancement de la transition énergétique, seuls 7 % étaient couverts. Cette loi a fait connaître un boom aux énergies solaires et éoliennes, car elle garantit à toute personne qui investit dans la production d’électricité de remplacement une rémunération fixe pour chaque kilowattheure d’électricité verte, couvrant davantage que les coûts encourus. Et non seulement les fournisseurs d’électricité ont construit des éoliennes à grande échelle, mais des centaines de milliers de résidences privées ont également installé des équipements solaires.

L’Allemagne est encore capable de maîtriser ce boom des énergies solaires et éoliennes. Si l’on ramène les interruptions locales d’électricité à tous les consommateurs d’électricité, la durée moyenne des interruptions s’élevait de 12,28 minutes en 2014. « La fiabilité de l’alimentation électrique en Allemagne continue d’être largement supérieure à celles des autres pays européens », souligne Jochen Homann, président de l’Agence fédérale allemande responsable des réseaux énergétiques. À titre de comparaison : la moyenne du Royaume-Uni est de plus de 80 minutes, celle de la France de plus de 100 minutes et celle de l’Italie monte même jusqu’à plus de 150 minutes.

La crainte d’un blackout était cependant élevée, lorsque, à la suite de l’accident nucléaire de Fukushima de 2011, l’Allemagne a accéléré sa transition énergétique et immédiatement fermé huit des 17 centrales nucléaires restantes. La Chancelière Angela Merkel met néanmoins en garde : « Nous sommes actuellement dans une phase critique, au cours de laquelle les énergies renouvelables, autrefois marginales, sont devenues notre principale source d’alimentation énergétique ». Ce qui l’inquiète en particulier sont les coûts énergétiques de plus en plus élevés.Dès 2014, 28 % des besoins énergétiques de l’Allemagne étaient couverts par des sources d’énergie renouvelable (éolien, solaire, biomasse et hydraulique). Le gouvernement souhaite faire passer cette proportion à 35 % d’ici 2020. Une transition coûteuse

La transition énergétique coûte cher à l’Allemagne et la stabilisation de son réseau électrique nécessite des efforts considérables. Et ce sont les consommateurs qui en payent le prix. Les exploitants du réseau reportent sur les consommateurs la différence entre les tarifs élevés liés à l’électricité verte et les prix de l’électricité fixés sur le marché global. En conséquence de la forte croissance de ces constructions, un système de prélèvement uniforme a été établi dans le cadre de la loi EEG : chaque consommateur doit maintenant reverser 6,17 cents par kilowattheure utilisé, soit plus d’un quart du prix total de l’électricité.

Ces prélèvements répartis sur l’ensemble des consommateurs s’élèvent à 21,8 milliards d’euros au total cette année.

L’augmentation rapide des installations solaires et éoliennes entraîne également d’énormes difficultés pour les exploitants du réseau. Lors de pics d’utilisation, les énergies renouvelables couvrent certes déjà plus de 70 % des besoins, comme en ce 25 juillet.

Les jours sombres d’hiver, lorsque le ciel est couvert et qu’il n’y a pratiquement pas de vent, ce pourcentage tombe rapidement à environ 5 %. Et plus l’approvisionnement en électricité fluctue en fonction des conditions météorologiques, plus il est difficile d’éviter les coupures de courant. Les exploitants du réseau doivent en même temps redistribuer l’électricité. Tandis que dans le sud de l’Allemagne, où le secteur industriel consomme beaucoup d’électricité, les centrales nucléaires sont fermées, des parcs éoliens offshore apparaissent le long des côtes du nord.

Quatre mille kilomètres de lignes à haute tension devraient être construits au cours des dix prochaines années, ce qui nécessitera un investissement d’au moins 20 milliards d’euros. Trois principaux tracés sont planifiés pour distribuer l’électricité de manière suprarégionale. Südlink, le plus grand, traverse l’Allemagne du nord au sud sur plus de 800 kilomètres. Il faudra près de 10 ans pour la planification et l’achèvement des travaux. Mais la construction de ce réseau est en suspens : certains citoyens locaux s’opposent à l’établissement de ces infrastructures dans leur environnement. « 2015 sera une année décisive pour la réussite de la transition énergétique », déclare Hans-Jürgen Brick directeur d’Amprion, grand exploitant de réseau. « Si le développement du réseau ne s’accélère pas, alors la transition énergétique risque d’en être bloquée ».

Le gouvernement fédéral allemand fait des efforts pour mener le projet de transition énergétique sur la voie du succès, et essaie d’équilibrer le marché énergétique par de nouvelles lois et règlements. La loi allemande sur les énergies renouvelables a été réformée l’année dernière. Avec cette deuxième version, les tarifs d’achat seront réduits si le développement effréné des énergies renouvelables parvient à être maîtrisé. Le gouvernement fédéral travaille actuellement sur la protection des centrales à gaz qui sont exclues du marché par le boom des énergies solaires et éoliennes et la chute des prix de l’électricité du marché global, alors que les centrales à charbon polluantes restent raccordées au réseau. Il reste également un autre gros problème à résoudre : Comment gérer le démantèlement et l’élimination des centrales nucléaires en toute sécurité ?

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