COP24 - Les pompes solaires, une solution neutre en carbone pour la pénurie d'eau

Publié le 03/12/2018 à 08:28

COP24 - Les pompes solaires, une solution neutre en carbone pour la pénurie d'eau

Publié le 03/12/2018 à 08:28

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Une personne transportant une pompe solaire.

(Photo: courtoisie)

Trois ans après l’adoption de l’Accord de Paris, les gouvernements du monde se réunissent du 3 au 14 décembre en Pologne, dans l’espoir de combler le fossé entre l’ambition et l’engagement pour la lutte contre les changements climatiques. Or, la participation des entreprises et des investisseurs est primordiale pour atteindre ces objectifs. 

À l’occasion de la COP24, Les Affaires, en partenariat avec Solutions & Co, s’associe à des médias économiques du monde entier dans un projet unique de journalisme d’impact afin de vous présenter des solutions d’affaires mises en place aux quatre coins du globe pour accélérer la transition vers une économie à faible émission de carbone et qui représentent de réelles occasions commerciales.


Par David Thomas, African Business Magazine

En Afrique, les propriétaires des petites exploitations agricoles prient pour la venue de la pluie dont dépend leur avenir économique. Si les pluies arrivent comme prévu, les fermiers sont en mesure de subvenir aux besoins de familles entières, voire de produire en excédent et de gagner un revenu supplémentaire au marché. Si les pluies se font rares, les animaux ne sont pas nourris, les frais de scolarité des enfants deviennent inabordables et la nourriture doit être rationnée pendant des mois.

Bien qu’il subvienne aux besoins de millions d’Africains, le secteur agricole dépend toujours de pluies saisonnières irrégulières. D’après l’Institut International de Gestion de l’Eau, la pratique de l’irrigation ne s’étend que sur 7% de la surface totale cultivée en Afrique sub-Saharienne, soit 183 hectares — le taux d’irrigation le plus bas du monde.

Alors que le continent se trouve en première ligne des ravages du dérèglement climatique, les prévisions indiquent que les pluies deviendront de plus en plus sporadiques. Selon le Groupe d'Experts Intergouvernemental sur l'Évolution du Climat (GIEC), ce changement détériorera davantage les productions de blé, de riz et de maïs en Afrique. Il y un besoin urgent d’initiatives neutres en carbone pour aider les agriculteurs à exploiter jusqu’à la dernière goutte d’eau présente sur leurs terres.

Une entreprise fondée en 2011 a décidé de prendre le problème à bras le corps. FuturePump (la Pompe du futur), avec des équipes au Royaume-Uni, aux Pays-Bas, au Kenya et en Inde, propose des pompes d’irrigation alimentées en énergie solaire à des petits exploitants agricoles; ceux qui disposent d’à peine plus d’un demi hectare d’exploitation.

(Photo: courtoisie)

Cette pompe, assemblée en Inde et conçue en coopération avec la fondation néerlandaise Practica Foundation et l’ONG iDE, permet aux agriculteurs de s’épargner des heures de travail et d’économiser de l’argent qui aurait sinon été dépensé pour l’achat de carburants polluants pour pompes traditionnelles. Le plus important est sans doute que cette technologie permet aux agriculteurs de ne plus dépendre des pluies saisonnières, leur accordant l’opportunité de faire pousser des fruits et légumes en toute saison.

«Environ la moitié de nos clients optait auparavant pour l’irrigation manuelle, donc pour eux, l’intérêt est de ne plus passer des heures à déplacer des seaux d’eau ou à pomper de l’eau en pédalant, et de pouvoir faire pousser leurs récoltes de manière plus sûre et régulière», affirme Toby Hammond, fondateur et directeur général de FuturePump.

«L’autre moitié utilisait des pompes à essence ou à fuel, donc ils économisent de l’argent et rejettent moins de gaz polluants en ne recourant pas aux énergies fossiles. Du point de vue des agriculteurs, le but est d’augmenter leur revenu - nous parlons de communautés à faibles revenus et pour eux, la possibilité de faire pousser des céréales tout au long de l’année, en particulier au cours de la saison sèche ou quand les pluies ne tombent pas, est très attrayante».

FuturePump affirme que certains agriculteurs ont pu faire doubler ou tripler leur revenu en éliminant le coût des énergies fossiles et en cultivant des céréales en dehors de la saison des pluies. Ils estiment également qu’ils rentabilisent leur investissement généralement en moins de deux ans. Bien que le prix de cette technologie soit relativement bas - les pompes à énergie solaire se vendent pour environ 650 dollars l’unité - beaucoup de clients potentiels de l’entreprise n’ont simplement pas cet argent à disposition.

«L’un des gros problèmes des agriculteurs dans le monde entier est qu’ils ont généralement de l’argent au moment des récoltes mais pas entre. Et la grande majorité de nos marchés ont besoin d’un échéancier, une sorte de contribution de la part des consommateurs» explique M. Hammond, qui ajoute que les financements représentent l’obstacle le plus important à une plus vaste distribution du produit.

«L’investissement peut être remboursé en 18 mois grâce aux économies de carburants et par l’accroissement de la productivité, mais ce ne veut pas pour autant dire que l’agriculteur a de l’argent à portée de main.» Son entreprise a mis en place avec succès des échéanciers pour des petits producteurs. L’entreprise prévoit de vendre quelque 4 000 pompes cette année, et espère bien continuer à doubler ses ventes chaque année, conformément à ses performances de ces trois ou quatre dernières années. Cependant, Toby Hammond ne se fait pas d’illusions: les technologies «vertes» ne constituent pas une promesse d’enrichissement.

«L’entreprise se soucie avant tout des impacts sociaux et environnementaux. Nous espérons pouvoir voler de nos propres ailes économiquement et gagner un peu d’argent, mais ce n’est pas le marché le plus lucratif qui soit. Nous vendons des technologies novatrices à des personnes à très, très faibles revenus dans des marchés très compliqués», assure-t-il.

En effet, à ses débuts, l’entreprise dépendait fortement des subventions du Département du Développement International britannique et de l’USAID (Agence des États-Unis pour le Développement International) afin d’accroître sa présence. Mais M. Hammond est convaincu que FuturePump est en bonne voie pour s’assurer une croissance durable.

«Nous sommes beaucoup moins dépendants de ces soutiens financiers aujourd’hui, et je pense qu’à la fin de l’année prochaine, nous ne le serons plus du tout, mais il n’aurait pas été possible de démarrer ces projets, surtout au début, sans ces aides financières» explique Hammond. «Les donateurs prennent conscience qu’il est utile d’investir dans ces projets car si nous arrivons à atteindre notre objectif, nous pouvons avoir un impact positif sans avoir besoin de revenir demander de l’argent».

Alors que les effets du dérèglement climatique se font sentir, les solutions neutres en carbone comme des pompes à énergie solaire sont, quant à elles, de plus en plus attrayantes pour les investisseurs et les consommateurs. À condition que les financements suffisants puissent être alloués, la pompe à énergie solaire pourrait aider à libérer les agriculteurs du monde entier du fléau de la rareté de l’eau.

Cliquez ici pour consulter le dossier «Changements climatiques 2018».

 

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