COP24 - Prix interne du carbone: les entreprises prennent le pli

Publié le 07/12/2018 à 08:48

COP24 - Prix interne du carbone: les entreprises prennent le pli

Publié le 07/12/2018 à 08:48

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Des tuyaux industriels

(Photo: courtoisie)

Trois ans après l’adoption de l’Accord de Paris, les gouvernements du monde se réunissent du 3 au 14 décembre en Pologne, dans l’espoir de combler le fossé entre l’ambition et l’engagement pour la lutte contre les changements climatiques. Or, la participation des entreprises et des investisseurs est primordiale pour atteindre ces objectifs. 

À l’occasion de la COP24, Les Affaires, en partenariat avec Solutions & Co, s’associe à des médias économiques du monde entier dans un projet unique de journalisme d’impact afin de vous présenter des solutions d’affaires mises en place aux quatre coins du globe pour accélérer la transition vers une économie à faible émission de carbone et qui représentent de réelles occasions commerciales.

Par Joël Cossardeaux, Les Echos

Ce sont les experts du GIEC qui le disent dans leur dernier rapport, publié le 8 octobre dernier. Il faudra investir la bagatelle de 2 400 milliards de dollars chaque année et jusqu’en 2035 pour empêcher la planète de se réchauffer de plus de 1,5 degré d’ici le prochain siècle.

Une facture astronomique au règlement de laquelle les entreprises ont commencé à contribuer en achetant des quotas d’émission de CO2. Mais ce système, subi et mal accepté, peine à faire la preuve de sa pertinence, en tous cas en Europe.

Rien à voir avec une autre démarche qui, depuis la COP 21, s’est mise à faire florès, celle qui consiste à mettre un prix sur ses propres rejets.

Une initiative 100 % volontaire que de plus en plus d’entreprises indiquent vouloir prendre. L’an dernier, 782 « major companies » dans le monde assuraient vouloir mettre en place un prix interne du carbone, tandis que 607 autres indiquaient avoir franchi le pas, selon une étude de l’ONG internationale CDP.

Elles étaient huit fois moins nombreuses quatre ans plus tôt.

Le besoin de se couvrir

Nécessité fait loi. Les grands groupes internationaux ont pris la mesure des aléas auxquels le changement climatique expose leurs activités où qu’elles les exercent sur la planète.

Les investisseurs, de plus en plus sensibles aux conséquences financières de ce nouveau risque, contribuent à leur ouvrir les yeux. « Cela fait partie des questions qui sont posées dans les dialogues avec les gestionnaires d’actifs et les analystes », explique Claire Tutenuit, déléguée générale de l’Association Française des Entreprises pour l’Environnement (EpE).

Amundi, numéro 1 de la gestion d’actifs, en a fait une pratique courante.

Se doter d’un prix interne du carbone, généralement sous la forme d’un prix de groupe, permet aussi aux entreprises de répondre de façon pratique à la diversité des réglementations et des tarifications du carbone mise en place ou à venir dans les pays où elles opèrent.

Il faut savoir qu’aujourd’hui, 20 % des émissions mondiales de CO2 sont couvertes par un prix du carbone institué, qui par un État, qui par une ville, une province ou un État fédéré.

Au niveau des entreprises, « très peu s’engagent sur cette voie avec pour premier objectif d’améliorer leurs performances », estime Sébastien Postic, chef de projet au think tank français I4CE qui a détecté plusieurs types de motivation différentes.

Pour les banques et les compagnies d’assurance, il s’agit d’abord et avant tout de « se couvrir » par rapport à ses entreprises clientes.

Les groupes industriels, eux, « sont dans une logique de réduction active de leurs émissions de CO2 », poursuit cet expert. « Il s’agit aussi pour eux de se prémunir du risque réglementaire d’apparition et d’augmentation de prix du carbone “externes” — taxes et marchés carbone — lorsqu’ils sont confrontés à des contextes internationaux hétérogènes et fluctuants ».

Leur démarche consiste souvent à ajouter un prix carbone au coût d’un projet d’investissement.

L’apanage des grandes entreprises

Cette technique dite du « shadow price » ou prix virtuel du carbone, qui bénéficie également des faveurs des grandes institutions financières (Banque Mondiale, BERD, BEI, etc.), permet à ces groupes de préserver la viabilité de leurs projets, notamment en améliorant leur efficacité énergétique, dans les pays hautement susceptibles d’instituer un prix du carbone ou — lorsqu’il existe — de le relever.

Un exemple entre mille, celui de la Chine, où ce prix varie de 1 à 10 euros la tonne selon les territoires.

Une fourchette dont il n’est pas interdit de penser qu’elle se mette rapidement à augmenter compte tenu des objectifs ambitieux de réduction des gaz à effet de serre (GES) que ce pays s’est fixé.

Mieux vaut prendre également ses précautions en Australie, où les investissements des entreprises étrangères sont tout aussi massifs. La tarification du carbone s’y applique par éclipses, au gré des alternances, fréquentes, de majorité gouvernementale.

Cas moins fréquent, certaines sociétés en France se facturent en interne le prix du carbone dont elles se sont dotées.

C’est ce que fait la Banque Postale dont le fonds carbone, alimenté par la monétisation de son empreinte carbone à raison de sept euros la tonne de CO2, finance des projets internes de réduction d’émission de CO2.

Même démarche du côté de la Société Générale dont la taxe carbone interne (10 euros la tonne de CO2), finance des initiatives internes d’efficacité environnementale. Ce dispositif, sur ses trois premières années d’existence, a permis de réduire de 1,4 % les émissions du groupe.

Le niveau des prix internes du carbone est extrêmement variable. Il s’échelonne entre 1 et 800 dollars la tonne de CO2, selon le CDP.

« Beaucoup dépend de l’horizon de temps de l’investissement. Plus cet horizon est lointain, plus le prix est élevé », explique Claire Tutenuit. Conséquence logique, ce sont les grandes entreprises, très fortement émettrices, qui s’engagent.

En France, elles sont 67 à s’être dotées d’un prix du carbone dont beaucoup émargent au CAC 40. Cette démarche ne s’impose pas aux PME. Leurs investissements ne le justifient pas et ils sortent rarement des frontières.

 

Cliquez ici pour consulter le dossier «Changements climatiques 2018».

 

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