COP24 - La finance au service de l’environnement

Publié le 10/12/2018 à 06:09

COP24 - La finance au service de l’environnement

Publié le 10/12/2018 à 06:09

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la façade d'un bâtiment où se tenait la conférence, placardée d'affiches

(Photo: courtoisie)

Trois ans après l’adoption de l’Accord de Paris, les gouvernements du monde se réunissent du 3 au 14 décembre en Pologne, dans l’espoir de combler le fossé entre l’ambition et l’engagement pour la lutte contre les changements climatiques. Or, la participation des entreprises et des investisseurs est primordiale pour atteindre ces objectifs. 

À l’occasion de la COP24, Les Affaires, en partenariat avec Solutions & Co, s’associe à des médias économiques du monde entier dans un projet unique de journalisme d’impact afin de vous présenter des solutions d’affaires mises en place aux quatre coins du globe pour accélérer la transition vers une économie à faible émission de carbone et qui représentent de réelles occasions commerciales.

Par Catherine Kurzawa, Lëtzebuerger Journal

En matière d’engagement environnemental, le Luxembourg fait à priori pâle figure. Entre son électricité importée, qui ne représente que 13 % de l’énergie consommée —, et cela avec à peine 9,25 % de sources renouvelables —, et ses volumes élevés de ventes de carburants, dopés par des tarifs plus bas que dans les pays voisins, ce petit pays n’a à priori pas la faveur des défenseurs de l’environnement.

Mais c’est mal connaître le Grand-Duché: il est aussi renommé pour sa place financière et sa propension à innover. Alors, pourquoi ne pas combiner la finance et la protection de l’environnement ?

L’accord de la COP21 de Paris signé fin 2015 prévoit de maintenir le réchauffement climatique en dessous de 2°C. Mais pour y parvenir, il est nécessaire de mobiliser des moyens financiers. Le texte prévoit en effet de mobiliser globalement 100 milliards de dollars par an jusqu’en 2020, totalisant 1 000 milliards de dollars à l’horizon 2030.

Et comme l’argent ne tombe pas des arbres et que les investissements publics ne suffisent pas, le Luxembourg a proposé son expertise à travers une « Climate Finance Task Force » mise en place avant la conférence de Paris.

« Il était impératif que le secteur privé soit impliqué dès le début », se souvient Marc Bichler, ambassadeur itinérant en charge du changement climatique dans ce petit pays de 600 000 habitants.

Partenaires publics et privés se sont donc réunis autour de la table pour créer une boîte à outils verte, qui contient des produits financiers adaptés aux projets de lutte contre le réchauffement climatique.

Floraison d’initiatives

Des obligations vertes aux fonds d’investissement dédiés au développement durable, une véritable gamme de produits thématiques a vu le jour au Luxembourg, qui est devenu rapidement un acteur incontournable de ce nouveau segment de la finance.

Sa part de marché s’élève à 39 % en Europe en matière de fonds d’investissement responsables, et 61 % des actifs sous gestion de ces fonds sont domiciliés au Grand-Duché, selon l’agence de promotion de la place financière luxembourgeoise, « Luxembourg for Finance ».

Une série d’initiatives a vu le jour au Luxembourg dans la foulée de la COP21, avec la création d’un accélérateur de finance climatique, d’une plateforme de financement climatique entre l’État luxembourgeois et la Banque européenne d’investissement (BEI), de labels de qualité pour les produits de finance verte, et surtout une plateforme boursière dédiée à ces instruments.

Désormais, la Bourse de Luxembourg est dotée du « Luxembourg Green Exchange » (LGX) où sont cotées la moitié des obligations vertes de la planète, pour un total de 100 milliards d’euros (116 milliards de dollars) environ.

En deux ans d’activité seulement, le volume en montant des obligations vertes émises a été multiplié par trois et le nombre d’obligations affichées a plus que doublé, avec 220 titres au total.

« On anticipe l’avenir », assure Julie Becker, directrice du LGX, qui ne cache pas son souhait que l’ensemble des produits de finance traditionnelle deviennent responsables. « L’avenir de la finance est nécessairement durable et responsable », insiste-t-elle.

À l’ombre des institutions

Actuellement, la finance verte est surtout un produit de niche. Les émetteurs institutionnels comme les banques de développement dominent le marché, à commencer par ceux en provenance d’Europe, juste devant les Asiatiques et en particulier les Chinois.

Et puis, la finance verte ce n’est pas qu’un nom, c’est aussi des principes. L’agence de labellisation LuxFLAG a lancé en 2016 un label de qualité pour garantir que les fonds d’investissement consacrent réellement les ressources levées pour la protection du climat.

Un an plus tard, LuxFLAG a créé un label identique pour les obligations vertes.

À la Bourse de Luxembourg aussi, la cotation de produits financiers verts passe par une double phase. « On demande à l’émetteur de nous donner de l’information en amont et en aval de l’émission », résume Julie Becker.

En pratique, un tiers indépendant doit remettre un rapport certifiant que les fonds levés serviront à financer un projet climatique. Un autre rapport est demandé à l’issue de l’émission.

De quoi faire fuir les émetteurs ? Non, à en croire Julie Becker qui se félicite d’avoir « placé la barre le plus haut possible ».

« Depuis la crise financière, les investisseurs veulent savoir où va l’argent, dans quoi il est investi et quel impact concret sur l’environnement ou d’un point de vue social il va avoir », souligne la responsable.

Reste qu’aujourd’hui, la cotation d’obligations vertes ne constitue pas une source de revenus complémentaires pour la Bourse de Luxembourg, qui se félicite toutefois d’avoir conforté sa position de pionnier et d’avoir attiré autant d’émetteurs.

« Plus on pousse les critères du vert, plus on s’assure que l’ensemble des critères de l’économie, tout ce qui est en dessous, soit durable », embraie le directeur de l’agence de promotion de la place financière luxembourgeoise, Nicolas Mackel.

Le Grand-Duché entend continuer à croître dans la finance verte et se positionne en tête de la course face aux autres places financières. « Il y a une concurrence en termes de communication, je pense qu’il y a beaucoup de gens qui veulent se positionner sur ce créneau », pointe Nicolas Mackel.

En tout cas, le Luxembourg revendique sa longueur d’avance en la matière. Car outre la finance verte, le pays démontre aussi sa proactivité dans la finance socialement responsable et la microfinance.

Cliquez ici pour consulter le dossier «Changements climatiques 2018».

 


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