Trouver des fournisseurs malgré la stigmatisation liée au cannabis

Offert par Les Affaires


Édition du 06 Octobre 2018

Trouver des fournisseurs malgré la stigmatisation liée au cannabis

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Édition du 06 Octobre 2018

[Photo: 123RF]

La production de cannabis est enfin légale, mais la légalisation reste encore récente et l’industrie se dit toujours stigmatisée par certaines entreprises du grand milieu des affaires, au point d’avoir parfois de la difficulté à trouver des fournisseurs. Quoi faire ? La situation est-elle sur le point de changer ?

Une chose est sûre, la dernière année s’est montrée compliquée pour Phil Dépault, le directeur général et cofondateur de Maïtri, une marque montréalaise qui fabrique et vend des accessoires de cannabis haut de gamme. « J’ai lancé Maïtri il y a un an, dit-il. On a dû cogner à six portes avant de trouver une banque qui accepterait de nous ouvrir un compte bancaire. J’entends des histoires comme celle-là tout le temps, même aujourd’hui. »

L’acquisition de Maïtri en mai dernier par Hiku, un producteur de cannabis, a également amené son lot de problèmes. Au moment des finaliser les démarches, Maïtri a dû déclarer l’acquisition à sa banque, qui lui a promptement indiqué qu’elle fermerait son compte aussitôt que Maïtri « toucherait à la plante ». Hiku a donc transféré l’argent de Maïtri vers un compte dans une autre banque pour éviter que celle-ci se retrouve une fois de plus sans institution où déposer son argent.

« La loi a été adoptée il y a longtemps, dit Phil Dépault. Nous avons passé le point de non-retour en ce qui a trait à la légalisation. Pourquoi certaines institutions financières ne veulent pas faire affaire avec nous ? Ce genre de décision est purement basé sur la stigmatisation de notre industrie. » 

Pas juste les banques

Maïtri fabrique un pot de céramique muni d’un couvercle de bois destiné aux consommateurs et servant à conserver leur cannabis. Pour rendre le contenant étanche, un joint d’étanchéité de silicone vient se placer entre le pot et son couvercle.

« Il n’y a pas des tonnes de fournisseurs pour des joints du genre au Canada, et le seul que j’ai trouvé nous a complètement coupé l’herbe sous le pied », raconte Phil Dépault. Maïtri dit ainsi avoir réussi à obtenir de ce fournisseur, dont elle ne veut pas nommer le nom, un premier lot de joints d’étanchéité. Sans s’en cacher, elle ne s’était toutefois pas annoncée comme une entreprise de l’industrie du cannabis. C’est au moment de la deuxième commande que les choses se sont gâtées.

« Ils ont dû se mettre à chercher parce qu’ils ont découvert que l’on était dans l’industrie du cannabis », dit M. Dépault. Le fournisseur lui a annoncé par courriel qu’il ne voulait pas faire affaire avec l’industrie du cannabis, qu’il fermerait son compte et qu’il la rembourserait sans traiter sa commander. Phil Dépault a donc demandé à une amie, propriétaire d’une petite entreprise en design industriel, d’acheter les joints d’étanchéité pour lui, dans le dessein de les lui racheter ensuite.

« Ils ont saisi que cette personne nous était associée et ils ont fermé son compte », raconte-t-il. Les choses n’avaient pas beaucoup changé cet été, quelques mois après que se soit passée cette histoire. Maïtri a tenté à ce moment-là de rouvrir un compte avec ce fournisseur, que Phil Dépault considère autrement comme une bonne entreprise « avec un produit incroyable et une excellente boutique en ligne », ce qui lui a été refusé. 

Quels conseils donnerait-il aux autres entrepreneurs du cannabis ? 

« Il n’y a pas de pamphlet, pour l’instant, qui dit avec qui faire affaire, dit-il. Je recommanderais donc de réseauter et de demander conseil aux entrepreneurs établis qui seraient à l’aise de partager ces informations ou de vous aiguiller. » 

Brise de changement

Maïtri estime que l’industrie est lentement mais sûrement en train d’être mieux perçue. Maxime Guérin, un avocat au Groupe SGF, une division de Saraïlis Avocats qui aide les entrepreneurs du cannabis à développer leurs projets, est du même avis.

« Avec la légalisation, les choses changent vite et beaucoup, dit-il. Si on se donne six mois, je suis convaincu qu’il y aura une importante déstigmatisation de l’industrie. »

Selon lui, cette déstigmatisation s’accélérera nettement lorsque les banques commenceront à prêter aux entreprises. Il voit les banques comme des leaders pour débloquer le marché. Si Maxime Guérin estime que ce défi est dans l’ensemble loin d’être le plus gros pour l’industrie, il reconnaît toutefois lui aussi l’existence de certaines difficultés à cet égard, des difficultés qui touchent certains plus que d’autres. Les entreprises du cannabis médical, par exemple, ont sans doute la vie plus facile que celles du domaine récréatif, estime M. Guérin.

« En région, par ailleurs, les projets sont souvent perçus d’un bon œil et vus comme créateurs d’emploi, dit-il. Mais à Montréal et Québec, et même si ce n’est pas si pire que l’on pourrait le croire, ou que ce ne l’était il y a un an, il subsiste encore parfois des craintes éthiques et déontologiques. »

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