Se faire financer : compliqué, mais pas hors de portée

Offert par Les Affaires


Édition du 06 Octobre 2018

Se faire financer : compliqué, mais pas hors de portée

Offert par Les Affaires


Édition du 06 Octobre 2018

[Photo: 123RF]

La production de cannabis sort de l'ombre. Les producteurs sont toutefois confrontés à un grand nombre d'obstacles, du financement limité au recrutement d'une main-d'oeuvre qualifiée en passant par la recherche de fournisseurs. Tour d'horizon des défis des PME du secteur, mais surtout, de ce qu'elles font ou comptent faire pour les relever.

L'industrie du cannabis attire beaucoup d'attention et beaucoup d'entrepreneurs, mais beaucoup moins d'argent qu'elle le voudrait... du moins pour le moment. Pour plusieurs entreprises, trouver des investisseurs demeure en effet un problème majeur. Pourquoi est-ce si difficile ? Comment trouver du financement ?

«L'accès au capital traditionnel est presque absent. Pour l'instant, les entreprises font face à un blocus assez généralisé des grandes institutions financières», explique Mylany David, associée au cabinet d'avocats Langlois. Que faire, alors ? Elle estime que les entrepreneurs devraient continuer de les solliciter, en espérant que les choses changent au cours des prochains mois.

D'ici là, cependant, la solution qu'ont trouvée certaines entreprises est de se tourner plutôt vers les investisseurs privés et le capital de risque. Si cela se révèle plus facile sur le marché de Bay Street, à Toronto, qu'à Montréal ou à Drummondville, il reste au Québec beaucoup d'investisseurs intéressés et de fonds accessibles pour ceux qui savent comment s'y prendre. L'ennui, pour plusieurs producteurs, et surtout les plus petits, est que les conditions ne sont pas toujours satisfaisantes. Certains petits entrepreneurs investissent par exemple toutes leurs économies dans leur projet, mais sont ensuite confrontés à la nécessité, pour survivre, de vendre à des prêteurs une part majoritaire des actions de leur entreprise.

«Évidemment, les entrepreneurs préféreraient garder le contrôle de leur entreprise, dit Mme David. Le défi, pour eux, est donc de trouver des gens qui désirent les financer sans nécessairement prendre le contrôle.»

Est-ce que ça se trouve ? Oui, répond Mme David. Mais la tâche en décourage plusieurs. «J'ai rencontré quelques entrepreneurs qui ont laissé tomber leur projet, et d'autres qui ont vendu leur licence ou leur entreprise à défaut de pouvoir la soutenir financièrement.»

Rentable, un réseau

Devant ces défis, faut-il donc attendre que les banques se mouillent ? Aller à Toronto ? Développer son réseau ? Toutes ces réponses, dit Mme David. Les investisseurs devraient même, selon elle, rester ouverts aux capitaux étrangers.

De façon plus générale, elle suggère aux entrepreneurs de consulter un courtier en financement et de s'impliquer dans des groupes et des associations qui s'intéressent à la question, comme Réseau Capital. Elle leur conseille aussi fortement de faire des vérifications diligentes sur la provenance des fonds qu'ils obtiennent et sur les personnes dont ils s'entourent parce qu'il existe des risques que des criminels désirent recycler dans cette industrie leur argent obtenu illégalement.

«La loi est actuellement telle qu'une personne qui détient un dossier criminel ne peut pas être actionnaire à plus de 25 % d'une entreprise de production de cannabis», dit Mme David. Mal s'entourer dès le départ pourrait donc mener à bien des problèmes au bout du compte.

Pour donner de la crédibilité à leur entreprise auprès des investisseurs, les entrepreneurs devraient s'assurer de mettre en place un conseil d'administration solide constitué de gens d'affaires issus de différents secteurs et ayant connu du succès.

Pour maximiser leurs chances de trouver du financement, les entrepreneurs devraient par ailleurs travailler avec grande rigueur pour monter un dossier ou un plan d'affaires étoffé. Mme David, qui dit avoir vu de nombreux projets tomber à l'eau en raison de plans d'affaires lacunaires, recommande plutôt de mettre beaucoup d'efforts, d'énergie et de ressources à l'élaboration d'un plan persuasif.

«Votre dossier doit absolument tenir la route en plus d'être solide, compréhensible et concret, dit Mme David. C'est ce qui donnera confiance aux investisseurs.»

Qui craint l'incertain n'investit point

Preuve que les investisseurs privés sont ouverts à prêter, l'entreprise Hyasynth Bio a touché 392 000 $ d'Anges Québec, un appui financier qui s'inscrit dans le cadre d'une ronde d'investissement réalisée auprès de multiples partenaires totalisant 1 035 000 $. Le président du fonds d'investissement, François Gilbert, souligne toutefois la qualité du projet.

«Leur équipe est hyperspécialisée, dit-il. Les quatre personnes qui mènent le projet détiennent un doctorat.»

Au-delà de la qualité des projets, l'incertitude est un autre élément qui freine le financement. Si les investisseurs sont frileux, explique M. Gilbert, c'est souvent par manque de connaissance. Combien de producteurs y aura-t-il sur le marché dans un an ? Personne ne le sait. Y aura-t-il une surcapacité de production ? Personne ne le sait non plus. La légalisation fera-t-elle augmenter ou diminuer la consommation ? Personne n'a de réponse définitive.

Pour cette raison, les investisseurs préfèrent souvent les projets ayant des visées médicinales. Puisque ces projets ressemblent à ceux de l'industrie pharmaceutique, les prêteurs sont au final moins frileux parce qu'ils peuvent mieux évaluer les risques dans lesquels ils s'embarquent... même si ces projets requièrent généralement beaucoup de temps et d'argent.

«L'investisseur doit donc arriver à montrer que son projet n'est pas si risqué», dit M. Gilbert. Son mot d'ordre ? Montrer une bonne connaissance du marché, faire preuve d'une juste compréhension des risques qui y sont liés, et surtout, afficher une expertise des plus pertinentes.

Les sages ont parlé. À vos carnets de notes !

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