Le gouvernement du Québec doit accroître ses revenus, mais de la bonne manière

Publié le 23/03/2023 à 12:09

Le gouvernement du Québec doit accroître ses revenus, mais de la bonne manière

Publié le 23/03/2023 à 12:09

Le ministre des Finances Eric Girard (Photo: La Presse canadienne)

BUDGET DU QUÉBEC. Fidèle à ses promesses, le gouvernement de François Legault nous a présenté mardi un budget ayant comme tête d’affiche une légère réduction d’impôts pour les particuliers québécois. Ce n’est sans grande surprise que le bonhomme sept heures de la diminution du fardeau fiscal s’est pointé le nez sans tarder.

Plusieurs chroniqueurs, politiciens et groupes de pression ont pris la parole pour évoquer leurs craintes de diminution de la qualité des services publics et de pertes de revenus majeurs.

Comme si le fruit du travail des Québécois appartenait à la base à la classe politique de l’Assemblée nationale.

Si la réelle crainte est une chute des services rendus par l’État aux citoyens, pourquoi ne pas s’attaquer à faire augmenter les revenus de façon économiquement viable plutôt que de toujours s’opposer à laisser davantage d’argent dans le portefeuille des familles québécoises?

 

Plus d’activité économique, plus de revenus

Au fil du temps, le Québec est devenu extrêmement dépendant des revenus découlant de l’impôt des particuliers, et de celui des entreprises.

En effet, pendant que d’autres provinces comme l’Alberta et la Saskatchewan ont misé sur des secteurs économiques clés comme l’agriculture et l’énergie pour faire grimper sa cagnotte publique année après année, notre province a plutôt opté pour une approche économiquement myope consistant à prélever une partie non-négligeable de ses revenus directement des contribuables et des créateurs de richesse — les entreprises.

Dans le nouveau budget du gouvernement Legault, près de 40% des revenus autonomes de l’État québécois proviennent de l’impôt des particuliers.

Ce pourcentage grimpe à près de 50% si on y inclut l’impôt des entreprises.

À titre comparatif, dans le récent budget de l’Alberta, l’impôt des particuliers ne représente que 20% des revenus, et la proportion monte à plus ou moins 23% si l’on ajoute l’impôt des entreprises.

La différence s’explique exactement par ce que j’ai expliqué plus haut.

Si on ne prend que les revenus provenant du secteur de l’énergie (redevances, droits, etc.) versés à l’État albertain, ceux-ci représentent plus de 26% du total des revenus autonomes du gouvernement.

 

La stratégie de l’Alberta est payante

Visiblement, la stratégie gouvernementale albertaine voulant à favoriser la création de richesse par les entreprises du secteur de l’énergie est aussi payante pour les contribuables.

Après tout, c’est entre autres ce qui explique leur surplus budgétaire de 2,4 milliards de dollars, alors que le Québec roule sur un déficit d’environ 4G$.

Le Québec aurait tout à gagner à favoriser le développement du secteur de l’énergie dans la province.

Comme je l’expliquais dans un blogue il y a quelques mois, le potentiel économique du gaz naturel s’élèverait à 93G$ pour notre PIB provincial, selon l’Institut canadien de recherche énergétique — associé aujourd’hui à l’école de politiques publiques de l’Université de Calgary.

Les impôts et redevances découlant de ce secteur au Québec seraient très importants. Ils pourraient servir à diminuer le fardeau fiscal et à augmenter la qualité des services publics.

Sans oublier que du gaz naturel produit au Québec contribuerait à la lutte mondiale aux changements climatiques, et ce, en remplaçant des énergies plus polluantes comme le charbon chez nos pays alliés comme l’Allemagne.

Que ce soit le secteur de l’énergie ou tout autre secteur, le Québec se doit d’être plus ouvert aux affaires, et de s’assurer que ses cadres fiscal et réglementaire favorisent la création de richesse et encouragent des entreprises étrangères à s’établir dans la province.

Il s’agit d’une manière économiquement souhaitable de regarnir les coffres de l’État.

 

Moins d’interventions, plus de revenus

Au Québec, un des modus operandi est devenu pour l’État d’intervenir massivement et régulièrement dans l’économie québécoise. Comme si des marchés réglementés et encadrés par le gouvernement nécessitaient en plus une intervention additionnelle de l’État.

Bien que ce soit vrai dans le cas d’une taxe carbone, par exemple, ce n’est pas le cas dans un grand nombre de programmes d’aide financière.

Prenons les nombreux programmes de subventions aux entreprises.

Bien qu’ils puissent paraître comme une bonne idée, ces programmes ont plutôt tendance à favoriser l’allocation de ressources vers des entreprises ou secteurs moins productifs.

Avec la pénurie de main-d’œuvre actuelle, garder artificiellement en vie des entreprises qui ne répondent pas aux besoins des consommateurs tout simplement parce qu’ils créent de l’emploi au Québec n’est pas souhaitable.

Les marchés sont là pour assurer la pérennité des entreprises innovatrices qui augmentent la satisfaction des consommateurs dans leur quotidien. Ce n’est pas à l’État de choisir les gagnants et les perdants sur les marchés.

 

Une économie plus efficace

En éliminant des programmes de subventions aux entreprises, le gouvernement du Québec verrait ses dépenses diminuer tout en contribuant à une plus grande efficacité au sein de l’économie québécoise.

L’idée est la même avec les sociétés d’État désuètes de la province.

Tout comme le gouvernement Legault l’avait pourtant promis, la Société des alcools du Québec (SAQ) ne devrait plus jouir d’un monopole garanti par l’État ; le marché des vins devrait être libéralisé.

Les redevances et impôts générés par la création de nouvelles entreprises de distribution de vin seraient non-négligeables — comme nous le voyons chez certains de nos voisins canadiens et ceux du sud — et les revenus de l’État en seraient gagnants.

C’est aussi le cas de la Société québécoise du cannabis (SQDC) et de Loto-Québec.

Il est tout à fait possible de laisser un marché libre opérer tout en l’encadrant et en le réglementant. Le modèle québécois d’étatisation de l’économie doit cesser pour laisser le champ libre aux entrepreneurs et modèles plus innovants.

Les chicanes de famille sur la réduction du fardeau fiscal doivent faire place à davantage de discussions sur l’accroissement des revenus de la façon la plus économiquement viable et soutenable pour la province.

J’énumère dans ce blogue que quelques pistes de solutions à explorer, mais il en existe plusieurs autres.

Enfin, trop souvent, le gouvernement du Québec perçoit les impôts comme la seule façon d’augmenter les revenus, alors qu’il devrait plutôt se pencher sur l’augmentation de l’activité économique et la diminution de ses interventions dans l’économie.

Nous nous devons de revoir le modèle québécois.

À propos de ce blogue

Passionné de l’analyse des politiques publiques et habile vulgarisateur n’ayant pas la langue dans sa poche, l’économiste Miguel Ouellette offre à travers son blogue sa vision décomplexée de l’actualité économique et politique. En passant par les finances publiques et le rôle des entrepreneurs dans les différentes réformes gouvernementales, il ira jusqu’à déboulonner certains mythes économiques bien répandus. C’est un rendez-vous, tous les jeudis, à ne pas manquer! Miguel Ouellette est détenteur d’une maîtrise en économie de l’Université de Toronto, et d’un baccalauréat «honours» en sciences économiques de l’Université de Montréal. Il travaille actuellement pour la firme Mallette comme directeur en services-conseils, où il accompagne les entreprises et organisations gouvernementales notamment dans leurs plans de développement économique, leurs études de retombées économiques et leurs stratégies d'affaires. Il enseigne aussi l'économie à HEC Montréal.

Miguel Ouellette
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