Budget québécois: pas assez pour la main-d’œuvre, la productivité et les PME

Publié le 21/03/2023 à 18:31

Budget québécois: pas assez pour la main-d’œuvre, la productivité et les PME

Publié le 21/03/2023 à 18:31

Par Emmanuel Martinez

François Vincent, vice-président du Québec de la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI). (Photo: courtoisie)

BUDGET DU QUÉBEC. Les groupes patronaux sont restés sur leur faim concernant les mesures annoncées dans le budget québécois pour résoudre la pénurie de main-d’œuvre, accroitre la productivité et soutenir les PME.

«On trouve que c’est un budget qui est très timide, affirme la présidente des Manufacturiers et exportateurs du Québec (MEQ), Véronique Proulx, en entrevue téléphonique. Il y a peu de mesures sur le manque de main-d’œuvre et la hausse de la productivité. Les sommes annoncées sont insuffisantes pour changer la donne.»

Même son de cloche du côté du Conseil du patronat du Québec (CPQ).

«Honnêtement, on reste sur notre appétit pour des mesures plus musclées au niveau de la main-d’œuvre, mentionne Norma Kozhaya, vice-présidente à la recherche et économiste en chef au CPQ, au téléphone. La réponse est faible. On désirait la bonification du crédit d’impôt pour les travailleurs d’expérience, ainsi qu’un rehaussement des seuils d’immigration.»

Véronique Proulx estime que les PME sont prises dans un étau, car elles n’ont ni un coup de pouce pour faire venir davantage de main-d’œuvre immigrante ni se moderniser.

«On demandait de rehausser le taux du crédit d’impôt pour la productivité, affirme-t-elle. Au Québec, on a 13 000 entreprises manufacturières, dont seulement 1000 ont plus de 100 employés. On est donc dans une économie de PME, mais celles-ci ont un retard. En misant sur la technologie, on aura moins besoin de main-d’œuvre, on sera plus productifs et on réduira notre empreinte environnementale. C’est un trois dans un, mais il n’y a aucun signal fort pour dire aux PME d’investir, surtout dans le contexte économique actuel.»

Miser sur la fiscalité

La Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI) aurait aimé que le gouvernement de François Legault en fasse davantage pour améliorer la situation fiscale des PME. «Le cœur économique c’est la PME, soutient François Vincent, vice-président pour le Québec de la FCEI. Le gouvernement parle beaucoup de grands projets, mais il faut s’attaquer à l’environnement fiscal des PME.»

Il souligne notamment que le Québec est l’une des provinces où les PME sont les plus désavantagées fiscalement. Par exemple, les taxes sur la masse salariale sont 32% plus élevées qu’en Ontario, selon la FCEI. Le Québec est la seule province au pays qui empêche ses plus petites PME des secteurs de la construction et des services de se prémunir du taux d’impôt réduit, car pour y avoir droit, elles doivent rémunérer 5 500 heures, soit un peu moins de trois employés à temps plein.

La FCEI estime qu’amoindrir les charges imposées aux entreprises stimulerait la productivité et l’innovation. Elle s’est toutefois réjouie de la réduction des impôts pour les particuliers. «On est content que le ministre Girard maintienne le cap sur ces baisses d’impôts. Cela aura un impact positif pour faire face à l’inflation et rendra le travail plus attrayant», remarque M. Vincent.

L’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques (IRIS) n’est cependant pas d’accord pour dire que les baisses d’impôts stimuleront le nombre d’heures travaillées. Il croit qu’en raison du taux de chômage à un «creux historique», cette mesure, qui priverait l’État de 4,1 milliards de dollars annuellement, risque d’avoir peu d’effet.

«Bien qu’il existe des manières plus équitables d’améliorer le revenu disponible des ménages, le gouvernement choisit d’augmenter le pouvoir d’achat des personnes qui n’en ont pas besoin, a déclaré par communiqué Julia Posca, chercheuse à l’IRIS. Une baisse de certains tarifs, comme les tarifs de garderie ou les frais de scolarité, permettrait d’augmenter le pouvoir d’achat d’un plus grand nombre de Québécois·es, et de cibler les personnes vulnérables pour qui la hausse du coût de la vie a un impact vital.»

L’IRIS dénonce aussi des mesures visant à inciter les ainés à rester sur le marché du travail comme celle de rendre facultative la cotisation à la Régie des rentes du Québec pour les travailleurs de plus de 65 ans et en repoussant l’âge d’admissibilité à une rente de retraite de 70 à 72 ans. Bien accueillies par la FCEI, ces initiatives pour favoriser le taux d’emploi chez les personnes plus âgées sont perçues bien autrement par l’IRIS.

«Le régime des rentes du Québec a été créé pour aider les personnes retraitées à subvenir à leur besoin après avoir quitté le marché du travail, note le chercheur Guillaume Hébert. En instrumentalisant le régime pour remédier à la pénurie de main-d’œuvre, et répondre aux besoins du marché du travail, le gouvernement Legault détourne le régime de sa mission première.»

Tous s’entendent cependant sur deux constats :

1 — le nombre de postes vacants découlant de la pénurie de travailleurs constitue un problème majeur pour l’économie québécoise;

2 — L’intégration de davantage d’immigrants est incontournable pour le surmonter.

 

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